Tout peut arriver ! C’est ce que nous enseigne l’histoire de la V° République, à un an de la campagne présidentielle – les précédentes ayant toujours vu déjouer tous les pronostics et démentir tous les sondages. Qui aurait dit en effet, à la fin de l’année 1964, que le général de Gaulle, le père fondateur, le héros de 1940, serait mis en ballotage à l’élection présidentielle de décembre 1965 ? Qui aurait prédit que son challenger, François Mitterrand, qui n’avait cessé de critiquer les institutions gaulliennes et notamment l’élection présidentielle, serait alors le candidat de la gauche unie, alors que tout le monde voyait le socialiste Gaston Defferre dans ce rôle ? Les résultats furent une énorme désillusion pour le Général, qui pensait être élu dès le premier tour. C’était le début d’une litanie de surprises, qui depuis, n’ont jamais cessé.
Le besoin de changement a été la première cause des coups de théâtre présidentiels. Ce fut d’abord le cas avec Valéry Giscard d’Estaing, chef des Républicains indépendants, que personne n’imaginait gagner l’élection de 1974, consécutive au décès prématuré de Georges Pompidou. Personne n’aurait pu prévoir qu’il éliminerait du premier tour le candidat désigné par la toute-puissante famille gaulliste, au pouvoir depuis 1958, l’ex-Premier ministre Jacques Chaban-Delmas. De même était-il improbable qu’il puisse triompher de l’expérimenté François Mitterrand, soutenu par l’union de la gauche. Mais la rupture libérale que proposa Giscard parut plus séduisante aux Français que la transformation socialiste portée par Mitterrand.
Sept ans plus tard, au début de l’année 1980, tout indiquait que Giscard serait réélu face à son challenger de gauche, qui cette fois, avait été lâché par le parti communiste. D’ailleurs, on considérait que Michel Rocard, incarnation d’une gauche réformiste qui avait le vent en poupe, serait le candidat naturel du parti socialiste. C’était compter sans l’habileté manœuvrière de Mitterrand, qui laissa Rocard déclarer sa candidature le 19 octobre 1980, avant de le contraindre à la retirer trois semaines plus tard. Et tandis que Giscard, empêtré dans la crise économique, affaibli par l’affaire des diamants et attaqué par ses alliés gaullistes, s’effritait dans les sondages, Mitterrand fut porté à l’Élysée par la vague récurrente de l’alternance et du changement.
Mitterrand, qui avait dû concéder à la droite une situation inédite de cohabitation à la suite des élections législatives de mars 1986, était loin d’être assuré de sa réélection à un an de la présidentielle de 1988. Mais il sut jouer de sa situation de président-candidat pour s’imposer facilement face à son adversaire Jacques Chirac, qui payait au prix fort l’impopularité de sa tache de Premier ministre. Ce dernier, infatigable, tenta une nouvelle fois sa chance en 1995, mais cette fois, ce n’était plus lui qui subissait le handicap d’être à Matignon. Édouard Balladur, son “ami de 30 ans”, était le grand favori des sondages, mais il n’avait pas l’énergie ni l’expérience du candidat Chirac, qui en était à sa troisième candidature. Ce dernier bénéficia par ailleurs du renoncement, en décembre 1994, du socialiste Jacques Delors, figure très appréciée des Français, et il put enfin accéder à l’Élysée.
Cinq ans plus tard, à la suite du premier quinquennat de la V° République, Jacques Chirac allait lui aussi bénéficier de l’avantage d’être à l’Élysée face à son concurrent Lionel Jospin, plus exposé en tant que Premier ministre. Ce dernier était pourtant très en avance dans les sondages, loin devant un président jugé vieillissant et affaibli par les “affaires”. Mais c’était sans compter le trop-plein des candidatures de gauche, qui provoquèrent l’élimination de Lionel Jospin dès le premier tour de 2002. Un an avant l’échéance, personne n’aurait imaginé que Jean-Marie Le Pen, trublion de l’extrême droite, pourrait accéder au second tour. Mais la prégnance des questions d’insécurité et d’immigration dans la campagne fut le marchepied de sa percée électorale, puis de la victoire facile de Jacques Chirac.
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