Alors que les attaques russes contre l’Ukraine s’intensifient, l’un des drones lancés par Moscou a touché un immeuble résidentiel en Roumanie. Une incursion qui « met en danger non seulement la sécurité des citoyens roumains, mais aussi la sécurité collective de l’Otan ».

Une attaque volontaire contre des civils roumains ? La Roumanie, pays membre de l’Otan, a annoncé ce vendredi 29 mai qu’un drone russe avait chuté sur un immeuble résidentiel dans la ville de Galati, près de la frontière ukrainienne, faisant deux blessés. La Russie a attaqué dans la nuit de jeudi à vendredi « des cibles civiles et des infrastructures en Ukraine, près de la frontière fluviale avec la Roumanie » avec des drones, selon le ministère roumain de la Défense qui dénonce une « grave et irresponsable escalade » qui « met en danger non seulement la sécurité des citoyens roumains mais aussi la sécurité collective de l’Otan », dénonce le ministère.

« Dans la nuit du 28 au 29 mai, la Fédération de Russie a repris ses attaques de drones contre des cibles civiles et des infrastructures en Ukraine […] L’un de ces drones a pénétré dans l’espace aérien roumain, a été suivi par radar jusqu’à la partie sud de la ville de Galati, puis s’est écrasé sur le toit d’un immeuble d’habitation, provoquant un incendie lors de l’impact », a affirmé le ministère dans un communiqué. 

Des « intimidations » contre le soutien à « la résistance ukrainienne »

Le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Noël Barrot, a « condamné cet acte irresponsable » de la Russie au micro de France Inter ce vendredi 29 mai lors de la matinale. Le chef de la diplomatie française a convoqué l’ambassadeur de la Russie en France afin de pouvoir discuter avec lui de ces « frappes massives du week-end dernier contre les civils », des « menaces qui pèsent sur les diplomates français et européens à Moscou » et de ces « nouveaux actes irresponsables », qui sont selon lui autant « d’intimidations » « inconséquentes et vaines car elles ne nous détourneront en aucun cas de notre soutien à la résistance ukrainienne », a-t-il assuré.

Ce n’est pas la première fois que des drones russes parviennent à pénétrer en Roumanie. En effet, à plusieurs reprises depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, des débris de drones ou de frappes sont détectés sur le sol roumain près de la frontière avec l’Ukraine, même si pour la première fois, un engin s’abat sur un immeuble résidentiel. Lorsque le drone est entré dans la zone de radar de l’espace aérien roumain, deux chasseurs F-16 ont immédiatement survolé la zone en partant de la base aérienne de Fetesti dans l’est du pays, et ont été « autorisés à engager le combat avec les cibles pendant toute la durée de l’alerte », souligne le communiqué. 

D’après les informations des services de secours roumains, la totalité de la charge du drone a explosé et les deux résidents roumains de l’appartement touché ont pris en main l’évacuation du bâtiment. Ils ont ensuite été pris en charge sur place par les urgences pour soigner des écorchures. De l’autre côté de la frontière, l’Ukraine a déclenché dans la même nuit une alerte aérienne nationale afin de prévenir de nouveaux raids lancés par la Russie.

Le déclenchement de consultations au sein de l’Otan

À la suite de cette attaque, « la Roumanie a informé ses alliés et le secrétaire général de l’Otan de la situation et a demandé que des mesures soient prises pour accélérer le transfert de moyens de lutte contre les drones » vers son territoire, a fait savoir le ministère roumain de la Défense. La porte-parole de l’Otan, Allison Hart, a exprimé dans un message publié sur le réseau social X que l’organisation transatlantique condamnait « l’irresponsabilité de la Russie ». Elle a ajouté que le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, était en communication avec les autorités roumaines.

Des sources proches de l’Alliance ont indiqué que la Roumanie évaluait actuellement une possible demande pour déclencher l’article 4 du traité de l’Otan. L’article prévoit notamment que les Alliés « se consulteront chaque fois que, de l’avis de l’une d’elles, l’intégrité territoriale, l’indépendance politique ou la sécurité de l’une des parties sera menacée ». Il ne s’agit donc pas d’un déclenchement automatique d’une intervention militaire, mais d’un cadre de consultations entre alliés. L’article a déjà été activé après un incident en Pologne en septembre 2025.

Bucarest a aussi demandé à l’Otan que des mesures soient prises afin d’« accélérer le transfert de moyens de lutte contre les drones » vers son territoire. Une alliance qui doit continuer « de renforcer nos défenses contre toutes les menaces, y compris les drones », a promis Allison Hart. 

Du côté de la Commission européenne, la présidente Ursula von der Leyen a dénoncé une nouvelle fois la guerre « d’agression » que commet la Russie depuis son invasion en 2022. Elle estime également que le Kremlin a dépassé « une nouvelle limite », avec cette chute sur un immeuble résidentiel dans l’espace de l’Otan. « Nous sommes pleinement solidaires de la Roumanie et de son peuple […] nous continuerons d’accentuer la pression sur la Russie » en appliquant un « paquet de sanctions » supplémentaire, a-t-elle déclaré sur X.

Des attaques de déstabilisation russe jusqu’en Finlande

En Ukraine, la marine ukrainienne a pour sa part accusé la Russie d’avoir attaqué avec un drone en mer Noire un cargo turc qui quittait le port ukrainien d’Odessa dans le sud du pays. « Deux membres d’équipage blessés ont été rapidement évacués par des bateaux de la marine des Forces armées ukrainiennes et transportés vers un centre médical », a-t-elle assuré. La Russie commet depuis plusieurs jours une escalade dans les attaques à l’encontre de l’Ukraine pour se venger d’une frappe ukrainienne survenue plus tôt qui aurait fait 21 morts, selon Moscou, dans un lycée en territoire ukrainien occupé par les forces russes.

La diplomatie russe a appelé lundi 25 mai les ressortissants étrangers, dont les personnels diplomatiques vivant dans la capitale, à quitter Kiev avant de nouveaux bombardements. Dans la nuit de jeudi à vendredi 29 mai, des bombardements russes ont fait trois blessés dans la région de Kherson, deux autres blessés dans l’est du pays à Zaporijjia ainsi qu’un autre blessé dans celle de Dnipropetrovsk juste au-dessus, rapportent les autorités. Le week-end précédent, Moscou avait déclenché une vague de frappes, regroupant en tout 600 drones et environ 35 missiles balistiques et une cinquantaine de missiles de croisière contre l’Ukraine.

Enfin, récemment, les pays baltes ont aussi été le théâtre d’incursions de plusieurs drones, mais cette fois en provenance de l’Ukraine. Selon les Européens, Moscou fait délibérément dévier la trajectoire de ces drones ukrainiens afin de frapper des installations industrielles et des terminaux pétroliers dans la région de Saint-Pétersbourg, dans le golfe de Finlande. Des actions de déstabilisation, contre lesquelles les défenses aériennes baltes se retrouvent impuissantes et ne parviennent pas à neutraliser les drones errant dans leur espace aérien.