Au Rassemblement national (RN), le destin de la présidentielle ne tient plus qu’à un fil. « Ça ne dépend plus de moi », a confié Marine Le Pen le 1ᵉʳ juillet, lors d’une interview d’une heure accordée à LCI. Dans l’attente de son jugement en appel, qui tranchera ce 7 juillet sur sa potentielle inéligibilité pour 2027, la présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale fait part d’une impuissance apaisée. Confiante et sereine sur l’issue de cette affaire judiciaire, la députée du Pas-de-Calais veut afficher un esprit conquérant malgré les doutes.
Quand bien même la cour d’appel de Paris écarterait son inéligibilité pour l’élection suprême, Marine Le Pen refuse d’être candidate à n’importe quel prix. La présidente du RN à l’Assemblée nationale affirme réfuter toute ambition à l’Élysée en cas de bracelet électronique : un dispositif requis par le parquet général lors du procès en appel tenu en début d’année, en parallèle d’une amende de 100 000 euros et de cinq ans d’inéligibilité.
Marine Le Pen exclut une campagne sous bracelet
Le jugement du procès en appel de l’affaire des assistants parlementaires des eurodéputés du Front national (devenu Rassemblement national), attendu le 7 juillet, changera en profondeur le visage de la campagne. « Quoi qu’il arrive je ne serai pas morte, quoi qu’il arrive je continuerai à mener le combat pour mes idées », relativise Marine Le Pen, contre laquelle le parquet général a requis, le 3 février 2026, quatre ans d’emprisonnement dont trois avec sursis, un an aménageable sous bracelet électronique, cinq ans d’inéligibilité sans exécution provisoire et 100 000 euros d’amende.
La présidente des députés du Rassemblement national espère briguer une quatrième candidature pour l’élection suprême de 2027, voire accéder au siège tant convoité de l’Élysée. Elle qui avait récolté 41,45 % des voix au second tour de 2022 risque de voir l’œuvre de sa vie coupée net par la cour d’appel de Paris : une sentence décisive qui pourrait priver le RN de sa « candidate naturelle ». En cas de condamnation, Marine Le Pen disposera de dix jours pour se pourvoir en cassation, laissant tout de même entendre qu’elle ne se tournera pas vers ce dispositif. « Si je suis empêchée mais que la Cour de cassation me donne raison trois ou quatre mois après, il sera trop tard pour faire une campagne présidentielle correcte », expliquait-elle au micro de RTL en novembre 2025.
Marine Le Pen écarte également toute candidature si la justice la soumet à porter un bracelet électronique. « S’il s’agit de m’autoriser à être candidate, mais de m’empêcher en réalité de mener une campagne tout à fait librement, vous entendez bien que ça ne sera pas possible », regrette-t-elle avec pragmatisme. Forte de trois campagnes présidentielles depuis sa première candidature en 2012, la présidente des députés RN sait que « quand on est un candidat à la présidentielle, il faut être totalement libre de ses mouvements » et qu’il est impossible de « dépendre d’un magistrat pour [l’]autoriser à aller faire un meeting à Romorantin ou aller sur un marché à Hénin-Beaumont ».
Condamnée en première instance le 31 mars 2025 par le tribunal correctionnel à quatre ans d’emprisonnement dont deux ferme, cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire et 100 000 euros d’amende, Marine Le Pen garde la tête froide. Vantant sa « peau un petit peu dure », l’élue d’extrême droite ne laisse pas de place à l’apitoiement : « Non, je n’ai pas peur. La peur est un sentiment qui ne m’est pas familier. Quand on mène un combat comme je l’ai mené […] et comme je continuerai quoi qu’il arrive à le mener, la peur n’a pas sa place ».
Jordan Bardella lui aussi sous le regard de la justice
L’une des grandes forces du RN à l’aube de la course présidentielle, que le parti répète à l’envi sur les plateaux, réside dans la popularité de ses deux ténors. Marine Le Pen comme son second Jordan Bardella bénéficient d’une réelle poussée de popularité dans les sondages, se hissant l’un comme l’autre au second tour de l’élection suprême. Malgré la crainte d’un désistement de sa « candidate naturelle », le RN demeurerait au sommet avec 40 % d’adhésion pour le président du parti selon le baromètre Odoxa-Mascaret de juin 2026 pour la presse régionale et Public Sénat. Marine Le Pen reste elle aussi à un haut niveau, avec 39 % d’adhésion.
« L’expérience ne fait pas tout, sinon la France ne serait pas dans la situation dans laquelle elle est. Nous sommes gouvernés par un certain nombre de gens très expérimentés, et regardez le résultat ! J’ai l’expérience, mais Jordan a un dynamisme incroyable, la force et le souffle de sa jeunesse : nous sommes complémentaires », loue Marine Le Pen sur le plateau de LCI.
La candidature de Jordan Bardella pourrait toutefois être rattrapée par ses propres dossiers judiciaires. L’association Anticor a demandé qu’un juge d’instruction enquête sur le président du RN, qu’elle accuse d’avoir occupé un emploi fictif d’assistant parlementaire européen et d’avoir participé à la production de faux. En parallèle, des perquisitions ont été menées mardi 30 juin en France et dans plusieurs pays européens, dans le cadre d’une enquête du parquet européen sur des soupçons de détournement de fonds par le groupe Identité et démocratie (ID), où siégeait le RN.
Selon le rapport à l’origine de l’enquête, le RN et ses partenaires de l’ex-groupe ID sont suspectés d’avoir « indûment dépensé » plus de 4,3 millions d’euros versés par le Parlement européen pour assurer son fonctionnement.
L’irruption de cette nouvelle déconvenue dans les rangs du RN n’étonne plus Marine Le Pen, qui y voit une tentative politique visant à décrédibiliser son parti. « Je ne crois plus au hasard. Cela arrive toujours au moment où, potentiellement, ça peut avoir une influence néfaste », explique-t-elle sur LCI. Quand bien même elle se verrait refuser son éligibilité pour 2027, la patronne des députés du RN entend bien tout faire pour porter le représentant de son parti à l’Élysée. « Si je ne peux pas être candidate, je serai une militante », résume-t-elle en attendant la date fatidique du 7 juillet.





