Dans son discours prononcé mardi devant l’Assemblée générale des Nations unies, le président Donald Trump a tissé une toile rhétorique bien connue concernant la politique étrangère américaine, qui met en avant la force comme moyen d’atteindre la paix. Dans un discours qui a abordé tour à tour l’Iran, le Venezuela, Cuba et bien d’autres sujets, il a présenté ce qui s’apparente à une doctrine de politique étrangère : la puissance militaire américaine n’est pas une alternative à la diplomatie, mais le levier qui la rend possible.
David Satterfield, directeur du Baker Institute for Public Policy de l’université Rice, explique à TIME que le discours de mardi illustre une position défendue par le gouvernement Trump selon laquelle « la force est la seule monnaie qui ait de la valeur ». « Les forts font ce qu’ils veulent et les faibles subissent leur sort », ajoute-t-il, caractérisant davantage cette approche.
Selon le président américain, la force n’est pas seulement un moyen de dissuasion. C’est un outil à utiliser, par le biais d’actions militaires et d’un isolement économique, pour forcer la tenue de négociations ou imposer un résultat.
Comment Trump définit la « paix par la force »
Donald Trump a maintes fois résumé sa stratégie de politique étrangère en une phrase simple : « la paix par la force ». Les exemples qu’il a donnés de cette politique en action illustrent la manière dont il pourrait envisager le rôle des États-Unis en tant que gendarme mondial à l’avenir. Sa définition de cette expression avait déjà été suggérée par son utilisation dans des publicités du ministère de la Défense et dans ses soutiens en ligne à des collègues républicains. Il a récemment attribué à cette approche le mérite des frappes conjointes américano-israéliennes qui ont déclenché le conflit actuel avec l’Iran, en publiant sur Truth Social en mars :
« LA PAIX PAR LA FORCE, POUR NE PAS DIRE PLUS !!! »
L’approche de Trump englobe également la coercition économique. Dans le cas de l’Iran, il a déclaré que les États-Unis avaient dans un premier temps proposé une coopération économique, qu’ils s’étaient ensuite tournés vers l’action militaire lorsque Téhéran avait refusé, et qu’ils cherchaient désormais à obtenir son « isolement économique total » afin de le ramener à la table des négociations. Mardi, il a classé Cuba parmi les pays touchés par les campagnes de pression économique américaines. Il a décrit un gouvernement soumis à une pression croissante et prédit un changement politique, déclarant que Cuba était une nation « en échec » mais que « la liberté allait arriver ». Les délégués cubains ont quitté la salle en signe de protestation.
Pourtant, le président a présenté cette coercition comme compatible avec son rôle de pacificateur mondial. Il s’est attribué le mérite d’avoir résolu huit guerres depuis son retour au pouvoir, même si cette affirmation a été largement contestée.
Pris ensemble, ces éléments suggèrent que Donad Trump considère l’action comme un moyen privilégié d’opérer le changement. Il présente ces approches comme presque diamétralement opposées : alors que d’autres se contentent de parler de faire la différence, lui, il agit. « Alors que d’autres ont parlé de paix, j’ai fait la paix. Alors que d’autres ont ignoré les menaces, je les ai affrontées », a-t-il déclaré devant l’Assemblée générale. « Alors que d’autres ont parlé de courage, l’Amérique l’a démontré. »
Selon David Satterfield, ce discours n’est pour l’essentiel que du « vieux vin dans une nouvelle bouteille » pour Trump. Mais il a permis de clarifier la manière dont le président met aujourd’hui en œuvre ses idées de longue date : recourir à l’action militaire et à la coercition économique non seulement pour dissuader ses adversaires, mais aussi pour forcer les négociations et façonner les résultats politiques.
Trump défend le recours à la force militaire contre l’Iran et les cartels de la drogue
S’il considère l’Iran comme un exemple de sa philosophie de « la paix par la force », le conflit se poursuit, et il reste à voir comment il s’inscrit dans le schéma qu’il espère établir. Aborder ce sujet semblait pratiquement inévitable à l’approche de l’Assemblée générale des Nations Unies. Ce faisant, Donald Trump a déclaré qu’il avait un choix à faire : aller de l’avant avec un accord de paix ou « anéantir la République islamique ».
Ces propos ont été tenus alors que les négociations concernant la guerre lancée en février par les États-Unis et Israël sont au point mort. « Un accord sera-t-il conclu avec l’Iran qui lui permettra de se reconstruire et de créer un pays bien plus grand qu’il ne l’a jamais été, peut-être l’un des plus grands du Moyen-Orient, voire du monde ? », a-t-il demandé. « Ou bien dois-je anéantir la République islamique, et le faire rapidement, sans jamais lui donner la possibilité de tuer et de détruire à nouveau des populations et des pays ? » Les membres de la délégation iranienne ont quitté la salle pendant le discours de Trump, illustrant immédiatement le fossé entre son message coercitif et l’adversaire qu’il espère peut-être convaincre par ce moyen.
Dans son discours, il a également proféré des menaces à l’encontre des chefs de cartels, défendant sa campagne de frappes de drones contre des bateaux soupçonnés de trafic de drogue dans les Caraïbes. Ces frappes ont été critiquées par des organisations internationales, des experts juridiques et des groupes de défense des droits de l’homme, qui affirment que ces actions militaires violent le droit international et constituent des exécutions extrajudiciaires. « Les cartels sont l’État islamique de l’hémisphère occidental ; ce ne sont pas des gens bien », a-t-il lancé. « Tout comme l’État islamique, ils devraient être tués, exilés ou détenus en tant que combattants ennemis sans possibilité de libération, ce que nous faisons actuellement. »
Mais alors que ces messages visent principalement à mettre en avant la force même sur laquelle Trump s’appuie dans ses initiatives, la portée de ses propos pourrait s’amenuiser face à des affirmations de succès contestées.
Le Venezuela est le modèle de Donald Trump en matière de « paix par la force ». Mais l’Iran en teste les limites
Kristian Coates Ulrichsen, chercheur spécialisé dans le Moyen-Orient à l’Institut Baker, indique à TIME que le discours de Donald Trump semble « s’inscrire dans le discours de la domination américaine » qu’il utilise depuis longtemps pour justifier l’action militaire. Trump a laissé entendre mardi qu’il considérait le Venezuela comme un exemple phare. En janvier, l’armée américaine a lancé l’opération « Absolute Resolve » — un raid nocturne à Caracas qui a permis de capturer le président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse, Cilia Flores. Tous deux ont été transférés à New York pour y répondre de mises en examen fédérales pour trafic de drogue. Cette opération a ouvert la voie à une transition du pouvoir au Venezuela, l’ancienne vice-présidente Delcy Rodríguez accédant au poste de présidente par intérim. Elle a également débouché sur un accord conclu en août, accordant à une entreprise liée aux États-Unis une participation majoritaire et des droits d’exploitation à long terme sur des gisements contenant environ 65 milliards de barils de pétrole. Donald Trump a déclaré que cet accord « double largement » les réserves pétrolières américaines.
« Nous travaillons en étroite collaboration avec les dirigeants vénézuéliens pour forger un avenir bien meilleur pour le peuple vénézuélien », a-t-il déclaré dans son discours. « Le mois dernier, nous avons signé le plus grand accord pétrolier de l’histoire, portant sur 65 milliards de barils de pétrole, qui profitera énormément tant au Venezuela qu’aux États-Unis. »
Il a également laissé entendre que les actions des États-Unis avaient instauré la paix et ouvert la voie à la prospérité pour les Vénézuéliens. Cependant, avec une présidente par intérim qui n’a pas encore été élue et qui conclut des accords dont la concrétisation pourrait prendre des années, et qui risquent de faire l’objet de recours juridiques d’ici là, il est encore trop tôt pour se faire une idée précise de la situation.
Il y a toutefois une chose que l’opération au Venezuela a peut-être contribué à accomplir : établir un modèle potentiel de politique étrangère américaine caractérisée par l’intervention unilatérale. À la suite d’une importante démonstration de force, Trump s’est empressé de revendiquer la victoire, alors même que les conséquences de l’implication américaine continuent de se faire sentir pour les populations directement concernées. Le succès perçu au Venezuela « a sans doute déclenché la surestimation de nos capacités que l’on a observée dans la décision de lancer des opérations militaires contre l’Iran sans plan B au cas où les objectifs initiaux ne seraient pas atteints », explique Kristian Ulrichsen.
Mais les limites d’une telle rhétorique sont particulièrement « visibles » dans le conflit avec l’Iran, selon lui, qui affirme que les États-Unis n’ont pas été capables de « traduire la rhétorique en avancées concrètes sur le terrain ». Donald Trump a prédit à plusieurs reprises que la guerre prendrait fin après les élections de mi-mandat de novembre, affirmant la semaine dernière qu’elle s’achèverait « immédiatement après » celles-ci. Il a réitéré cette conviction mardi également. Il a d’abord déclaré aux journalistes que les émissaires américains avaient tenu une « très bonne » réunion de trois heures avec des « médiateurs iraniens ». « Ils ont eu une très bonne réunion, et nous verrons ce qu’il en ressortira. Mais il est certain qu’il est dans leur intérêt de conclure un accord, et nous pouvons y parvenir ».
Negar Mortazavi, chercheuse senior au Center for International Policy, a souligné que des résultats concrets au Moyen-Orient pourraient s’avérer cruciaux pour le président américain. « « L’approche du président Trump, fondée sur la “paix par la force”, n’a pas encore abouti à l’accord qu’il souhaite conclure avec l’Iran, explique-t-elle. Son argumentation laisse une question centrale sans réponse : en quoi une destruction accrue permettrait-elle d’obtenir un accord selon les conditions de Washington, alors que la pression exercée jusqu’à présent n’y est pas parvenue ? » « Pour l’instant, il peut mettre en avant les dégâts infligés par les forces américaines, mais les principaux différends politiques liés à la guerre restent sans solution », ajoute-t-elle.
Les résultats de ces efforts les plus récents, et la question de savoir s’ils ont fait avancer les efforts de paix, restent indéterminés. Par la suite, Doanld Trump est revenu sur le même message qu’il avait partagé dans son discours, à savoir que l’Iran est confronté soit à une « grandeur potentielle », soit à l’« anéantissement ». « Il semble en effet que cette rhétorique produise des résultats de moins en moins probants, son ton perdant progressivement son effet de choc », observe Kristian Ulrichsen.
- Article issu de TIME US - Traduction TIME France





