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Le recul mondial de la faim masque la crise africaine

(Crédits: Giles Clarke/Avaaz via Getty Images)
645 millions de personnes ont souffert de la faim en 2025, soit 14 millions de moins en un an. Cette amélioration reste fragile, tandis que l’Afrique concentre désormais le plus grand nombre de personnes sous-alimentées.

Un habitant sur cinq en Afrique souffrait de la faim en 2025. C’est le chiffre qui domine l’édition 2026 du rapport SOFI, publié par la FAO : sur les 645 millions de personnes touchées par la faim dans le monde, le continent en concentrait 309 millions, davantage que l’Asie pour la première fois. Le basculement est net : en 2010, l’Afrique comptait 171 millions de personnes sous-alimentées. Elle en compte presque le double quinze ans plus tard.

La tendance mondiale, elle, s’améliore lentement. Le taux global de sous-alimentation a reculé à 7,8 % en 2025, soit 14 millions de personnes en moins sur un an. Un mieux porté principalement par l’Amérique latine, les Caraïbes et l’Asie, notamment l’Inde. L’Afrique a également enregistré une très légère amélioration : la part de sa population souffrant de la faim est passée de 20,3 % en 2024 à 20 % en 2025, interrompant pour la première fois depuis 2017 la progression observée sur le continent. L’embellie reste néanmoins précaire, loin de compenser la forte augmentation du nombre de personnes concernées depuis quinze ans.

Soudan, RDC, Sahel : la faim comme fait de guerre

Le déplacement du centre de gravité de la faim ne doit rien au hasard. Soudan, République démocratique du Congo, Somalie, Sahel : plusieurs des principaux foyers de sous-alimentation se trouvent dans des zones marquées par des conflits armés. Déplacements de population, terres agricoles inaccessibles, revenus effondrés : le mécanisme se répète d’un pays à l’autre. Les crises climatiques, les chocs économiques et la croissance démographique contribuent également à cette progression.

« Le centre de gravité de la faim s’est déplacé de l’Asie jusqu’en Afrique », résume pour l’AFP David Laborde, directeur de la division de l’économie agroalimentaire à la FAO. « Il y a 25 ans, la Chine avait encore un problème de faim, ils l’ont réglé. L’Inde en a un aussi, mais ils mettent beaucoup d’efforts pour le régler activement. »

Les systèmes alimentaires ont jusqu’ici absorbé une succession de chocs, mais cette capacité de résistance a des limites, prévient l’économiste, et l’Afrique s’en approche dangereusement. À cela s’ajoute une sortie de crise post-Covid plus lente que prévu. La croissance mondiale est repartie, mais ses fruits ne sont pas arrivés dans les assiettes de tout le monde, selon la FAO. Résultat : un monde plus inégal, où le rebond économique laisse une partie de la population sur le bord du chemin.

L’aide humanitaire recule, la facture explose

Au-delà de la faim chronique, 2,1 milliards de personnes vivent en situation d’insécurité alimentaire modérée ou sévère : repas irréguliers, alimentation appauvrie, sans franchir nécessairement le seuil de la sous-nutrition. Près d’un tiers de l’humanité, soit 2,69 milliards de personnes, n’a tout simplement plus les moyens de s’offrir une alimentation saine. Le coût de ce panier a bondi de 25 % en cinq ans à l’échelle mondiale. En Afrique, la proportion de personnes qui ne peuvent pas se l’offrir grimpe à 66,6 %, plus du double de celle observée en Asie (28,9 %) ou en Amérique latine et dans les Caraïbes (25,7 %).

Les enfants paient le prix fort. 150 millions d’entre eux, âgés de moins de cinq ans, souffrent d’un retard de croissance lié à la malnutrition, un chiffre en baisse depuis 2012, lorsqu’ils étaient 180 millions. Mais la crise alimentaire ne se résume pas au manque. Elle prend aussi une autre forme : celle de la malnutrition par excès. L’obésité adulte poursuit elle aussi sa progression, atteignant 16,2 % en 2024, et pourrait grimper à 18,6 % d’ici à 2030.

Sur le terrain, les ONG documentent déjà les conséquences des coupes budgétaires. Action contre la Faim a fermé plus de 50 projets dans 20 pays en 2025, essentiellement en Afrique. À Madagascar, trois sous-bases sur cinq et dix cliniques mobiles ont arrêté leur activité, affectant la prise en charge de 5 036 enfants souffrant de malnutrition aiguë et de 1 900 enfants atteints de maladies infantiles. En RDC, dans la province de l’Ituri, les consultations ont chuté de moitié après la suspension des programmes de soins gratuits. Le projet a pu être relancé en 2026, mais la réponse humanitaire dans le pays reste sous-financée. Au Burkina Faso, six bases sur huit ont fermé entre 2025 et 2026.

L’aide publique au développement versée par les pays membres du Comité d’aide au développement et les donneurs associés a reculé de 23,1 % en 2025 par rapport à l’année précédente.

« Action contre la Faim ne peut donc pas se réjouir de cette baisse qui reste par ailleurs limitée. Tout porte à croire que l’objectif Faim zéro d’ici à 2030 ne sera pas atteint », résume Perrine Benoist, codirectrice de l’ONG.

La FAO avertit que les progrès enregistrés pourraient être remis en cause. Les perturbations du trafic dans le détroit d’Ormuz, sur fond de conflit au Moyen-Orient, font grimper les prix de l’énergie, des engrais et du transport. Un épisode El Niño potentiellement puissant pourrait également perturber les récoltes dans plusieurs régions vulnérables. Mi-juin, la FAO et le Programme alimentaire mondial ont lancé un appel de 202 millions de dollars afin de protéger jusqu’à 8,8 millions de personnes dans 22 pays. Face à des besoins qui explosent et à des financements qui diminuent, la question du relais reste entière.

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