Ces derniers jours, les températures atteintes au mois de mai ont battu des records. Plus largement en Europe, les spécialistes alertent sur des vagues de chaleur appelées à se multiplier et à s’intensifier. Un premier choc « d’une série d’événements que nous aurons à vivre cet été », a prévenu la ministre de la Transition écologique.

L’Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, et les températures actuelles en donnent un aperçu très concret. Des ventilateurs qui tournent à plein régime, des fontaines à eau mobilisées : en France et plus largement dans toute l’Europe, la vague de chaleur s’est encore intensifiée mardi 26 mai, avec des températures jamais observées pour un mois de mai. Une chaleur « inédite, historique » qui devrait même s’amplifier dans l’Hexagone ces prochains jours, atteignant localement jusqu’à 39 degrés selon Météo-France.

« Malheureusement, on sait que, certainement, ce n’est que le premier d’une série de ce type d’événements que nous aurons à vivre cet été », a déclaré la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, à l’ouverture d’une réunion de crise au Centre ministériel de veille opérationnelle et d’alerte (CMVOA), à Paris.

Les températures se sont envolées pendant le week-end de la Pentecôte, en raison d’un « dôme de chaleur » sur la France et l’Europe de l’Ouest, alimenté par de l’air chaud en provenance d’Afrique du Nord. Cette zone de haute pression, qui bloque l’air chaud, a provoqué un nouveau record de chaleur pour le mois de mai en France. Alors que mardi 26 mai a été la journée la plus chaude de cet épisode, un épisode de pollution à l’ozone est également attendu dans plusieurs régions.

13 départements placés en vigilance orange canicule

La préfecture de police de Paris a par ailleurs annoncé ce mercredi 27 mai une réduction de 20 km/h de la vitesse maximale autorisée sur les autoroutes et voies rapides d’Île-de-France pour toute la journée. Tout en tentant de rassurer, en assurant que la situation est « sous contrôle », Monique Barbut a affirmé mardi 26 mai qu’« il y a juste une alerte sur les seuils d’ozone » et que les « nappes ne sont pas à un niveau suffisant aujourd’hui ».

L’indicateur thermique national, qui mesure la température moyenne à l’échelle du pays, a atteint des niveaux très élevés. En Bretagne notamment, les températures ont atteint 31,9 °C à Saint-Brieuc et 33 °C à Dinard, tandis qu’à Besançon, elles sont montées jusqu’à 32,2 °C, selon Météo-France. En moyenne sur le territoire national, l’indicateur thermique affichait 24,8 °C selon les relevés provisoires à 17 h mardi 26 mai, alors que la veille, les températures dépassaient déjà le précédent record avec 24,6 °C.

Du côté des températures minimales, des valeurs inédites ont aussi été recensées, comme à Biarritz, où la température n’est pas descendue sous 23,3 °C, contre un précédent record de 21,4 °C en mai 1985. En tout, treize départements sont concernés par ces vagues de chaleur et placés ce mercredi 27 mai en vigilance orange canicule par Météo-France, des épisodes qui se multiplient et s’intensifient avec le réchauffement climatique. La vigilance jaune canicule devrait prochainement s’étendre vers le sud-est et concerner 29 départements, alors qu’elle concernait 19 départements mardi 26 mai.

Des baisses de températures dans les prochains jours

Pour faire face au choc de chaleur, plusieurs villes ont renforcé leurs dispositifs. À Angers, une aide aux personnes âgées, isolées ou handicapées a notamment été mise en place. Les personnes concernées peuvent recevoir des appels réguliers pour s’assurer « que tout va bien ». Des mesures prises pour éviter de nouveaux décès, alors que sept morts « liés directement ou indirectement à la chaleur » sont déjà à déplorer, a déclaré la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon sur TF1. Cinq noyades ont aussi eu lieu et deux personnes sont mortes lors d’une pratique sportive à Paris et dans la métropole de Lyon.

Pour ce qui concerne « les tendances pour les jours suivants, une baisse très progressive des températures » est attendue « à partir de samedi », a indiqué le directeur général adjoint de Météo-France, Alain Soulan. « Une dégradation du temps est probable entre dimanche et mardi, des pluies voire orages, mais dont l’ampleur reste à préciser », a-t-il aussi affirmé.

À l’instar de la France, les records de température s’enchaînent également dans toute l’Europe, affichant notamment 28,8°C dans le sud de l’Irlande, plus de 30°C au Royaume-Uni et cette semaine, des maximales sont aussi attendues en Espagne entre 36 et 38°C. L’Europe est le continent qui subit un réchauffement des températures le plus rapide depuis 1990, suivie de près par l’Asie, selon les données de l’Administration océanique et atmosphérique américaine (NOAA). 

Le vieux continent particulièrement ciblé

En avril dernier, l’institut Copernicus alertait déjà sur le fait que l’Europe se réchauffait deux fois plus vite que la moyenne mondiale. « La quasi-totalité de l’Europe, au moins 95 % du continent, a connu une température moyenne au-dessus des normales », déplorait Samantha Burgess, directrice adjointe du service sur le changement climatique de Copernicus. « Certaines parties du nord et de l’est de l’Europe ont vécu leur année la plus chaude, notamment le Royaume-Uni, la Norvège et l’Islande », soulignait-elle. Un rapport qui révélait qu’aucune région en France n’était épargnée par des vagues de températures record.

L’institut indiquait notamment que les débits des rivières, en particulier dans l’est de l’Europe, ou encore l’augmentation de la température des mers dans la région européenne, allaient avoir de réelles conséquences sur le long terme.

« À la fin du siècle, le risque d’incendie en région parisienne sera à la hauteur du risque que l’on connaît dans l’arrière-pays méditerranéen », alertait Françoise Vimeux, directrice de recherche à l’Institut de recherche pour le développement.

Une situation causée par l’accumulation dans l’atmosphère du dioxyde de carbone généré par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz. ⚠La France se prépare, dans sa trajectoire de référence pour l’adaptation au changement climatique, à un réchauffement moyen de 2,7 °C en 2050 et de 4 °C en 2100 par rapport aux températures relevées au début du XXe siècle. Cela signifie donc qu’il faut anticiper « jusqu’à deux mois de canicule » et 40 à 50 nuits tropicales par an dans les villes du Nord, voire jusqu’à 90 nuits tropicales par an dans les zones les plus exposées du Sud, selon les projections publiques. En outre, le Premier ministre Sébastien Lecornu présidera jeudi 28 mai une réunion interministérielle sur la canicule, « pour faire le point sur la préparation des services de l’État ».