Le dégel des relations bilatérales franco-algériennes se poursuit ce lundi 18 mai avec la visite express du ministre de la Justice Gérald Darmanin à Alger, où il doit notamment échanger avec son homologue algérien sur la coopération judiciaire, la lutte contre le crime organisé et le sort du journaliste français Christophe Gleizes.

La désescalade diplomatique entre Paris et Alger se poursuit. Après Laurent Nunez et Alice Rufo, c’est à présent le ministre de la Justice Gérald Darmanin qui est attendu ce lundi 18 mai pour une visite de courte durée de 24 heures en Algérie afin de poursuivre le réchauffement des relations franco-algériennes. Le ministre algérien de l’Intérieur, Saïd Sayoud, doit de son côté se rendre à Paris dans « quelques jours », selon Laurent Nuñez, qui y voit « un signal très positif ». Un séjour express qui permettra tout de même au garde des Sceaux d’aborder « de nombreuses choses » et de « renouer les relations juridiques » avec Alger, étant donné que celles-ci sont actuellement jugées « non nulles mais très ralenties ». Gérald Darmanin compte également évoquer plusieurs dossiers sensibles et se fait le messager de Paris pour tenter de faire avancer la situation du journaliste français Christophe Gleizes, détenu en Algérie.

Gérald Darmanin effectue sans doute le déplacement le plus politique parmi les dernières visites françaises à Alger. L’objectif principal de son échange avec son homologue algérien Lotfi Boudjemaa est d’œuvrer à « l’ouverture d’un nouveau chapitre de la coopération judiciaire » entre les deux pays, selon un communiqué diffusé samedi 16 mai. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez s’était déjà rendu en Algérie à la mi-février, tout comme la ministre déléguée aux Armées Alice Rufo au début du mois de mai. Tous deux avaient contribué à détendre une relation bilatérale tendue depuis plusieurs années.

Une délégation inédite derrière Gérald Darmanin

Le ministre français sera épaulé par une délégation conséquente et inhabituelle de hauts magistrats, comprenant notamment le procureur national financier Pascal Prache, la procureure nationale anticriminalité organisée Vanessa Perrée et la directrice des affaires criminelles et des grâces Laureline Peyrefitte. La présence du PNF vise notamment à répondre aux demandes algériennes de coopération sur des dossiers de « biens mal acquis ».

Dans cette même lignée, « je vais accueillir mon homologue algérien ici dans quelques jours », a également annoncé Laurent Nuñez dans un entretien dédié à La Tribune Dimanche publiée le même jour. Une rencontre que le ministre de l’Intérieur perçoit comme « un signal très positif ». Selon lui, « une coopération sécuritaire » se réinstaure actuellement « progressivement », affirme-t-il en rappelant que « plusieurs millions de personnes de part et d’autre de la Méditerranée » sont concernées par la relation entre les deux pays. Laurent Nunez s’était rendu à Alger au mois de février à l’occasion d’une invitation de son homologue, Saïd Sayoud, à la suite de plusieurs mois de multiples tensions.

La crise diplomatique entre les deux pays avait été déclenchée à l’été 2024, enclenchée par le soutien de Paris à un plan d’autonomie « sous souveraineté marocaine » pour le territoire disputé du Sahara occidental. En réaction, Alger avait immédiatement retiré son ambassadeur en France puis, en avril 2025, avait ordonné l’expulsion de douze agents de l’ambassade de France en Algérie. Paris avait notamment répondu deux jours après en décidant de rappeler « pour consultations » l’ambassadeur français à Alger et d’expulser « symétriquement » douze agents du « réseau consulaire et diplomatique algérien en France ». Le lendemain, les agents en question étaient « en principe de retour à Paris à l’heure », assurait le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot.

La libération de Guillaume Gleizes au cœur des négociations

Les tensions s’étaient aggravées avec l’arrestation en novembre 2024 de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, ensuite gracié par le président algérien Abdelmadjid Tebboune en novembre 2025. Même si lors de son déplacement express le ministre de la Justice sera en principe reçu par son homologue Lotfi Boudjemaa, il n’est pas exclu qu’il s’entretienne également avec le chef d’État algérien. L’objectif clair de cette entrevue serait de « travailler l’ouverture d’un nouveau chapitre de la coopération judiciaire », de relancer une collaboration « extrêmement ralentie » et de surmonter un « manque de coopération pour des raisons diplomatiques ».

« Des affaires individuelles sensibles seront également discutées, en particulier le cas de notre compatriote Christophe Gleizes », incarcéré en Algérie, a déclaré le ministère. Arrêté par les autorités algériennes dans le cadre d’un reportage en mai 2024, le journaliste sportif a été condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ». Le principe d’une visite consulaire à Christophe Gleizes avait par ailleurs été obtenu lors de la rencontre entre Alice Rufo et le président algérien Abdelmadjid Tebboune.

Une entraide judiciaire contre la « DZ mafia » engagée

Les relations se sont également embellies après qu’une « reprise importante » des laissez-passer consulaires pour les expulsions d’individus considérés comme dangereux vers l’Algérie a été engagée. Ce nombre autrefois nul est passé à « quelques centaines » ces derniers mois. Lors de son court séjour, Gérald Darmanin devrait évoquer le dossier de la « DZ mafia », une nébuleuse criminelle marseillaise. La justice française a formulé en tout « une dizaine de demandes » d’entraide judiciaire visant des dirigeants de ce réseau, réfugiés de l’autre côté de la mer Méditerranée. La France a réussi à obtenir auprès du Maroc l’extradition d’un des chefs du clan rival Yoda, Félix Bingui.

Parmi les autres sujets sensibles figure le sort d’un agent consulaire algérien placé en détention provisoire en France, dans le cadre de l’enquête sur l’enlèvement et la séquestration de l’opposant Amir Boukhors, dit Amir DZ. La chancellerie rappelle que l’instruction suit son cours et que l’intéressé bénéficie de visites consulaires, dans le respect de l’indépendance de la justice. En avril dernier, Emmanuel Macron a lancé une pique aux partisans français d’une ligne plus dure vis-à-vis du pouvoir algérien en traitant de « mabouls » toutes les personnes voulant « se fâcher avec l’Algérie ». « Avec le régime d’Alger, la politique des bons sentiments est condamnée à l’échec et aucune douleur de l’Histoire ne donne le droit à ses dirigeants d’humilier et d’insulter la France », s’était senti visé l’ancien ministre de l’Intérieur et candidat des LR à la présidentielle Bruno Retailleau.