À Paris, les représentants des sept grandes économies du G7 – Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni – cherchent à afficher une position commune dans un contexte mondial marqué par la guerre au Moyen-Orient, les tensions commerciales et la compétition autour des minerais critiques.
« On va montrer que le multilatéralisme, c’est utile et que ça fonctionne », a notamment affirmé ce lundi 18 mai dans la matinée à la presse le ministre français de l’Économie et des Finances Roland Lescure.
À un mois seulement du sommet du G7 à Évian, du 15 au 17 juin, la France souhaite maintenir le cap du dialogue alors que les tensions géopolitiques et commerciales continuent de s’intensifier, impactant directement les relations entre les États et leurs alliés historiques, notamment avec les États-Unis, devenus imprévisibles depuis que Donald Trump a repris les clés de la Maison-Blanche.
Une croissance mondiale « clairement insoutenable »
Donald Trump a par ailleurs de nouveau durci le ton contre l’Iran dimanche 17 mai et laisse entrevoir une prochaine reprise des frappes et la fin de la trêve en vigueur depuis le 8 avril.
« On fait face à des défis majeurs, la guerre au Proche-Orient, évidemment, les déséquilibres multilatéraux qui sont aujourd’hui insoutenables, les enjeux de terres rares, de matériaux critiques, des enjeux d’aide au développement », a évoqué Roland Lescure, estimant que « la manière dont la croissance mondiale, aujourd’hui, se déroule, est clairement insoutenable ». Selon lui, il est essentiel de s’« engager les uns les autres pour faire en sorte qu’on retrouve un modèle de croissance plus soutenable ».
Au sommet de la liste des priorités, les conséquences économiques de la guerre ainsi que le blocage du détroit d’Ormuz, passage essentiel pour le transport des hydrocarbures et de certains engrais, pèsent sur les discussions. La conséquence de cette situation : le Fonds monétaire international estime que l’économie mondiale connaîtra une croissance plus modeste et une inflation plus élevée en 2026 que prévu. Les ministres du G7 cherchent notamment à répondre aux tensions économiques mondiales et aux risques inflationnistes liés à la guerre contre l’Iran.
« Cette guerre nuit fortement au développement économique. C’est pourquoi tout doit être mis en œuvre pour y mettre un terme définitif, rétablir la stabilité dans la région et garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz », a déclaré dans un communiqué le ministre allemand des Finances Lars Klingbeil. Selon ce dernier, « le G7 est le cadre approprié pour discuter de ces enjeux urgents avec les États-Unis et les autres pays du G7 ».
La Banque centrale européenne « toujours préoccupée »
En mars dernier, des stocks stratégiques de pétrole avaient été libérés, ce qui ne devrait pas être l’un des objectifs à l’ordre du jour, estime Roland Lescure. Le ministre français explique rester prêt à en « discuter » si nécessaire, notamment si la situation dans le détroit d’Ormuz venait à perturber davantage la circulation des navires. Ces craintes inflationnistes sur les prix ont engendré ces derniers temps un mouvement important de vente des bons d’État, et donc de hausse des taux d’intérêt des dettes souveraines.
Interrogée sur le sujet à son arrivée au G7 Finances, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde s’est dite « toujours préoccupée » avant d’ajouter « c’est mon job ! » « Nous pouvons faire beaucoup [pour] calmer les marchés et insuffler une dynamique positive », notamment en engageant davantage « les discussions que nous avons ici », a assuré le président de la Bundesbank, Joachim Nagel.
Faire face au pétrole russe et aux surtaxes douanières américaines
Face à l’envolée des cours du pétrole et aux turbulences du marché obligataire, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a demandé à ne pas engager « des mesures qui aggraveraient la situation ». Mis à part la guerre en Ukraine et au Moyen-Orient, les ministres tenteront aussi d’atténuer les différents désaccords concernant le commerce international, notamment après l’imposition de surtaxes douanières par Washington. Les ministres des pays développés souhaitent également sécuriser leurs approvisionnements en minerais critiques.
Pour atténuer la hausse des prix pétroliers, Washington a mis en suspens jusqu’au 16 mai certaines sanctions liées au pétrole russe, dans le contexte de la guerre en Ukraine.
« Ce n’est pas le moment de relâcher la pression des sanctions contre la Russie. Au contraire, nous devons faire respecter et appliquer cette pression », a déclaré le commissaire européen à l’Économie, Valdis Dombrovskis, rejoignant les déclarations du ministre ukrainien des Finances, Sergii Marchenko, présent à Paris.
Depuis plusieurs années, les pays producteurs et transformateurs, au premier rang desquels la Chine, ont restreint certaines exportations de ces composants essentiels pour des pans entiers de l’économie mondiale. Ils ont aussi pu profiter de leur situation dominante pour influer sur les prix. Dans le contexte actuel, empreint de fortes tensions commerciales, géopolitiques et financières, une reconnaissance commune de la situation serait déjà considérée comme une grande avancée, estime la présidence française. La question des minerais critiques et de la dépendance à la Chine fait d’ailleurs partie des sujets centraux de cette réunion du G7 Finances.
De l’autre côté de l’Atlantique, le secrétaire du Trésor des États-Unis Scott Bessent a insisté sur la mise en place d’une réunion destinée à lutter contre le financement du terrorisme prévue mardi juste après le sommet du G7 avec comme ligne de mire l’Iran.
« Nous appelons tous nos partenaires du G7, et tous nos alliés ainsi que le reste du monde, à se conformer au régime de sanctions afin de lutter contre le financement illicite qui alimente la machine de guerre à l’uranium et rendre l’argent au peuple iranien », a-t-il déclaré.





