Le président chinois Xi Jinping a averti jeudi le président Donald Trump, lors d’une réunion à huis clos, que les différends concernant Taïwan, cette île autonome que Pékin revendique comme faisant partie de son territoire, pourraient pousser les États-Unis et la Chine vers des « affrontements » ou des « conflits », selon un compte rendu des discussions, soulignant ainsi les enjeux de la première visite présidentielle de Trump en Chine depuis près d’une décennie. Cet avertissement a été lancé lors d’un sommet hautement orchestré à Pékin, où les deux dirigeants ont cherché à afficher une certaine cordialité alors même qu’ils étaient confrontés à certaines des questions les plus controversées des relations sino-américaines. Xi a accueilli Trump devant le Grand Hall du Peuple avant que les dirigeants ne passent en revue la garde d’honneur, sous les acclamations des enfants et au son d’une salve de 21 coups de canon qui a retenti sur la place Tian’anmen. Le secrétaire d’État Marco Rubio, qui accompagnait le président Trump lors de cette visite aux côtés de plusieurs autres membres du Cabinet, a révélé que le président Xi avait abordé la question de Taïwan au cours de la réunion, qui a duré plus de deux heures, mais a insisté sur le fait que la politique américaine n’avait pas changé. « La politique américaine sur la question de Taïwan reste inchangée à ce jour, et à l’issue de la réunion que nous avons eue ici aujourd’hui », a confié Marco Rubio à NBC.
« La question a été soulevée. Ils l’évoquent toujours de leur côté, nous clarifions toujours notre position et nous passons à d’autres sujets. Nous savons où ils en sont, et je pense qu’ils savent où nous en sommes. » La République populaire de Chine considère que Taïwan fait partie de son territoire. Les États-Unis reconnaissent la position de Pékin mais n’entretiennent pas de relations diplomatiques avec Taïwan. Washington entretient des liens en matière de défense avec l’île, mais n’a pas précisé s’il défendrait Taïwan en cas d’attaque de la Chine, une approche connue sous le nom d’« ambiguïté stratégique ». La loi sur les relations avec Taïwan (Taiwan Relations Act) oblige les États-Unis à fournir à Taïwan les moyens de se défendre.
Selon le compte rendu, Xi Jinping a qualifié la « question taïwanaise » de problème le plus important entre Pékin et Washington, avertissant que l’ensemble des relations pourrait être compromis si cette question était mal gérée. « Si elle est gérée correctement, la relation bilatérale bénéficiera d’une stabilité générale », a-t-il déclaré. « Sinon, les deux pays connaîtront des heurts, voire des conflits, mettant l’ensemble de la relation en grand danger. » Mr. Rubio a par la suite mis en garde contre toute tentative chinoise de s’emparer de Taïwan par la force. « Nous pensons que ce serait une terrible erreur d’imposer cela par la force ou par tout autre moyen de cette nature », a-t-il affirmé. Il a également déclaré que les ventes d’armes à l’île autonome et démocratique « n’avaient pas occupé une place prépondérante » dans les discussions entre les deux pays. En décembre, Donald Trump a autorisé un contrat d’armement de 11 milliards de dollars pour Taïwan, bien que les États-Unis n’aient pas encore commencé la livraison.
Les dirigeants ont également abordé le commerce, le Moyen-Orient, l’Ukraine et la péninsule coréenne, selon un communiqué chinois. La Maison-Blanche a indiqué que les discussions avaient porté sur le fentanyl, l’accès au marché chinois pour les entreprises américaines, les investissements chinois dans les industries américaines et les achats de produits agricoles américains. Elle a aussi déclaré que les deux parties avaient par ailleurs convenu que le détroit d’Ormuz, voie navigable cruciale pour l’approvisionnement énergétique mondial, devait rester ouvert, et que l’Iran ne devait pas se doter de l’arme nucléaire. Le communiqué chinois a simplement indiqué que le Moyen-Orient avait été abordé, sans mentionner le programme nucléaire iranien ni le détroit.
Ce sommet faisait suite à une rencontre entre messieurs Trump et Xi en Corée du Sud en octobre, au cours de laquelle les deux dirigeants avaient convenu de suspendre une guerre commerciale qui s’intensifiait. Pékin avait menacé d’imposer des restrictions d’exportation drastiques sur les terres rares en réponse aux lourds droits de douane américains sur les produits chinois, mais Xi Jinping avait alors accepté de reporter ces mesures d’un an.
Lors d’un somptueux banquet d’État organisé en l’honneur de la visite américaine au Grand Hall du Peuple, le président chinois a continué à souligner l’importance de la coopération entre les deux pays, sans mentionner Taïwan. « Le grand renouveau de la nation chinoise et le renouveau de la grandeur américaine peuvent aller de pair », a-t-il déclaré. « Nous devons faire en sorte que cela fonctionne et ne jamais tout gâcher. » Donald Trump a remercié Xi Jinping pour ce qu’il a qualifié d’« accueil magnifique sans pareil » et l’a officiellement invité à se rendre à la Maison-Blanche le 24 septembre. Il était accompagné lors de cette visite par Marco Rubio, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, le secrétaire au Trésor Scott Bessent et le chef de cabinet adjoint de Trump, Stephen Miller.
La dernière visite d’un président américain en Chine remonte au premier mandat de Trump, en 2017.
- Article issu de TIME US - Traduction TIME France





