Donald Trump à peine parti, Pékin et Moscou ont officialisé la venue de Vladimir Poutine ce mardi 19 mai en Chine. Le président russe doit retrouver son « bon ami de longue date » Xi Jinping avec pour objectif de réaffirmer leurs liens étroits et de « renforcer » leur partenariat stratégique, notamment autour du projet de gazoduc « Force de Sibérie 2 ».

Après la venue de Donald Trump, Vladimir Poutine compte bien réaffirmer son amitié avec Pékin. Le président russe Vladimir Poutine arrive dans la soirée de ce mardi 19 mai en Chine pour retrouver son homologue et « bon ami de longue date » Xi Jinping dans l’objectif de réaffirmer la solidité des relations sino-russes, quelques jours à peine après le départ du président américain de Pékin. Alors que Donald Trump achevait à peine sa visite vendredi 15 mai, une première pour un président américain en Chine depuis neuf ans, le Kremlin s’est empressé d’annoncer également la venue de son chef d’État.

Respectivement âgés de 73 et 72 ans, Vladimir Poutine et son homologue chinois Xi Jinping ont prévu de discuter des moyens pour « renforcer » le partenariat stratégique bilatéral. Ils ont également prévu d’« échanger leurs opinions sur les grandes questions internationales et régionales », d’après la présidence russe. Leurs liens étroits, qu’ils entretiennent depuis plus de treize ans comme dirigeants de leur pays, se sont notamment renforcés après l’invasion russe en 2022 de l’Ukraine. Vladimir Poutine se rend donc à Pékin chaque année depuis, avec en toile de fond un isolement diplomatique et économique qui s’est peu à peu imposé par les pays occidentaux.

Des liens « plus solides que les alliances traditionnelles »

La vraie raison derrière cette visite en bonne et due forme est surtout de réaffirmer qu’à l’international, Vladimir Poutine n’est pas seul face au rejet des pays occidentaux. Alors que la guerre au Moyen-Orient écrase l’actualité internationale, mettant dans l’ombre peu à peu le conflit qui se poursuit en Ukraine, le Kremlin continue d’insister sur la dimension stratégique de ses relations avec un allié puissant comme Pékin. Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie russe, a notamment déclaré le 15 mai dernier que les liens entre Moscou et Pékin étaient « plus profonds et plus solides que les alliances politiques et militaires traditionnelles » avant d’ajouter des louanges sur ces liens forts qui « stabilisent la politique mondiale, l’économie mondiale plus que n’importe quel autre facteur ».

Ces relations d’amis à amis semblent toutefois déséquilibrées. Dans le contexte mondial actuel, hostile à la Russie, celle-ci reste fortement dépendante économiquement de son allié chinois. Pékin est en effet l’acheteur le plus important de pétrole russe sous sanction. Faisant donc de la Chine le premier partenaire du Kremlin, d’après les données du Centre de recherche sur l’énergie (Crea), la Chine aurait acheté environ 319 milliards de dollars, soit 272 milliards d’euros, de combustibles fossiles russes entre le début de l’invasion russe sur le sol ukrainien en février 2022 et le 15 mai 2026. 

Une relation déséquilibrée compensée par un gazoduc géant

Récemment encore, la société de recherche Enerdata affirmait qu’en septembre, les deux pays avaient signé un protocole d’accord juridiquement contraignant autour d’un projet de gazoduc qui a pour destination de relier la Russie et la Chine via la Mongolie. En tout, jusqu’à 50 milliards de mètres cubes de gaz par an pourraient circuler dans les trente prochaines années via le gazoduc « Force de Sibérie 2 ». Mais les discussions ne sont pas totalement bouclées : un contrat ferme reste encore difficile à finaliser, notamment sur les prix. Un investissement de Pékin qui permet à Moscou de garder une activité économique lui permettant de financer ses efforts de guerre, même sous sanctions occidentales.

Les deux dirigeants, désireux d’afficher leur entente, ont déjà échangé dimanche 17 mai des « lettres de félicitations » pour fêter les 30 ans de leur partenariat stratégique. L’un des porte-parole du ministère chinois de la diplomatie, Guo Jiakun, s’est réjoui ce mardi 19 mai de « l’amitié durable » entre les deux pays. Dans une vidéo destinée « au peuple chinois », Vladimir Poutine a affirmé que les relations avaient atteint « un niveau véritablement sans précédent » et jouaient « un rôle majeur de stabilisation à l’échelle mondiale ». De son côté, lors de la dernière venue du dirigeant russe à Pékin en septembre 2025, Xi Jinping l’avait nommé son « vieil ami », tandis que lors de la visite de Donald Trump, il n’a employé aucun surnom amical à son encontre la semaine dernière.

Pendant leur prochaine rencontre, les deux dirigeants chinois et russe ont prévu de signer une déclaration commune et de montrer au monde que le court séjour du président américain n’a en rien déstabilisé les liens sino-russes. 

La Chine en difficulté avec le blocage du détroit d’Ormuz

À propos de la guerre au Moyen-Orient, les positions entre la Chine et la Russie peuvent rencontrer quelques divergences.

« La Chine dépend de la liberté de circulation sur les grandes voies maritimes mondiales pour son activité économique, et préférerait donc éviter le blocage du détroit d’Ormuz », explique James Char, professeur à l’université technologique de Nanyang à Singapour.

Alors que la Russie « bénéficie économiquement des combats en Iran grâce à l’assouplissement des sanctions sur les approvisionnements énergétiques russes, et a donc une vision différente », rappelle le professeur d’études internationales. 

Une situation qui pourrait donc également inverser les rapports de force entre les deux pays, étant donné que le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a déclaré en avril dernier que le Kremlin pourrait « compenser » les éventuelles pénuries énergétiques chinoises provoquées par la guerre en Iran si besoin. 

« Le renforcement des liens dans l’énergie pourrait occuper une place importante durant la rencontre, Pékin voulant obtenir davantage d’énergie russe », relève Joseph Webster, chercheur au Centre mondial de l’énergie du Conseil atlantique, avant d’ajouter que « pour Moscou, exporter davantage de pétrole vers l’Est peut sembler plus attractif face à la campagne incessante de l’Ukraine contre les infrastructures énergétiques russes ».