La nomination d’Aurélien Lechevallier à Washington devait être une formalité diplomatique. Elle menace désormais de devenir un nouveau sujet de tension entre la France et les États-Unis. Selon quatre sources interrogées par Reuters, l’administration de Donald Trump envisage de retarder, voire de bloquer, l’arrivée du diplomate français. Aucune décision définitive n’aurait toutefois encore été prise.
Camarade de promotion d’Emmanuel Macron à l’ENA, au sein de la promotion Léopold Sédar Senghor, et directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, Aurélien Lechevallier doit succéder à Laurent Bili, en poste depuis 2023. Paris espérait le voir prendre ses fonctions en septembre, mais son départ est désormais compromis.
Une procédure rarissime entre alliés
L’agrément du pays hôte constitue une étape indispensable avant la nomination officielle d’un ambassadeur. Un retard prolongé ou un rejet de la candidature française représenterait un geste particulièrement inhabituel entre deux alliés historiques.
La France a déjà connu de tels blocages. En 2015, le Vatican n’avait jamais accordé son agrément à Laurent Stefanini, alors chef du protocole de l’Élysée. Son homosexualité avait été largement présentée comme la cause de cette opposition. En août 2023, les autorités burkinabè avaient également bloqué l’arrivée de Mohamed Bouabdallah à l’ambassade de France à Ouagadougou. Aucun précédent comparable n’est en revanche connu dans les relations franco-américaines.
À l’origine de la crispation se trouve un message publié le 25 juillet sur X par la mission française auprès de l’ONU à Genève. Après le vote des États-Unis contre le renouvellement du mandat de Volker Türk, haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, la représentation française avait écrit : « Les États-Unis étaient autrefois un phare des droits humains. Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, ils se retrouvent aux côtés de la Corée du Nord, du Nicaragua, du Mali et de la Russie, isolés. Et le monde ne les écoute plus. »
La mission américaine auprès de l’ONU avait répondu que le système onusien de protection des droits humains perdait en crédibilité depuis des décennies. Un responsable du département d’État a ensuite déclaré à Reuters : « Les États-Unis sont très déçus par la rhétorique irresponsable et irrespectueuse des Français. Nous répondons de manière appropriée à leurs commentaires. »
La tension est encore montée le 27 juillet, lorsque la délégation américaine a quitté une réunion du Conseil de sécurité au moment où le représentant français prenait la parole. Washington a alors accusé Paris de se livrer à des « gesticulations hypocrites ».
Le 24 février puis le 16 avril 2025, les États-Unis avaient déjà voté, aux côtés notamment de la Biélorussie, de la Corée du Nord, du Nicaragua et de la Russie, contre des textes de l’ONU contenant des condamnations de l’agression russe en Ukraine. Mais ces divergences n’avaient pas provoqué une confrontation publique d’une telle ampleur entre les deux pays.
Paris tente de désamorcer la crise
La diplomatie française s’efforce désormais d’empêcher que l’incident ne compromette définitivement la nomination d’Aurélien Lechevallier. Un responsable français cité par Reuters assure que le soutien de Paris au renouvellement du mandat de Volker Türk « n’empêche pas un dialogue étroit avec les États-Unis » et que ce désaccord ne remet pas en cause la capacité des deux pays à travailler ensemble.
Selon un diplomate interrogé par Le Monde, Paris tenterait également de régler le différend avec l’aide de l’ambassade américaine en France. Charles Kushner, ambassadeur des États-Unis à Paris et père de Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, pourrait contribuer à apaiser les tensions grâce à sa proximité avec le président américain.
Également interrogé par Le Monde, Michel Duclos, ancien ambassadeur de France à Damas, estime que la réaction de Washington montre que les États-Unis restent sensibles aux critiques de leurs alliés. Il redoute toutefois que ces affrontements publics n’endommagent durablement la relation transatlantique.
L’issue du dossier reste donc incertaine. D’après une autre source diplomatique citée par Le Monde, le blocage pourrait durer plusieurs mois et nécessiter des excuses de la France. Une hypothèse qui dépendra de la décision définitive de Washington, laquelle n’a pas encore été rendue publique.





