Pour Sam Altman, le lancement de Sora, qui propose une page de suggestions similaire à celle de TikTok, a tout d’une volte-face. Il y a quelques mois encore, le PDG d’OpenAI avait décrit les flux des réseaux sociaux comme « un exemple d’IA mal alignée », dont les algorithmes « sont extrêmement doués pour vous pousser à scroller ».
Se défendant d’avoir finalement cédé à la tentation de ce même flux de slop [média de mauvaise qualité, ndlr] qu’il avait critiqué, Sam Altman a déclaré : « L’équipe a apporté un soin particulier et a réfléchi longuement pour créer un produit agréable qui ne tombe pas dans cet écueil, et a trouvé plusieurs idées prometteuses ».
Malgré tout, la décision d’OpenAI de lancer une application de génération vidéo par IA semble prouver que les entreprises de la tech sont de plus en plus nombreuses à considérer cette technologie comme un tremplin vers le développement de leur propre intelligence artificielle. Cinq jours avant le lancement de Sora 2, Meta a d’ailleurs sorti sa propre application de vidéos générées par IA, intitulée Vibes, tandis que les concurrents chinois, dont ByteDance (maison mère de TikTok), font eux aussi la course à cette même technologie.
Pour entrer dans les détails, la génération de vidéos par IA est une affaire onéreuse. Les systèmes d’IA capables de générer des vidéos sont en effet bien plus énergivores que ceux qui génèrent uniquement des textes et des images, comme ChatGPT.
Pour autant, OpenAI et Meta semblent désormais prendre conscience que les flux vidéo générés artificiellement constitueront une source de revenus conséquente à l’avenir, bien qu’ils soient sans doute déficitaires à ce stade. Ces revenus pourront même faire la différence dans l’entraînement de systèmes encore plus puissants, un objectif visé par les deux entreprises.
Pour OpenAI en particulier, l’identification de nouveaux flux de revenus apparaît comme cruciale. En effet, Meta exerce déjà d’autres activités rentables sous la forme de publicités ciblées sur Instagram et Facebook, tandis qu’OpenAI reste non rentable à ce jour. Étonnamment, malgré le succès de ChatGPT, le produit le plus florissant de la société avec plus d’un milliard de dollars de chiffre d’affaires chaque mois, l’entreprise engage de telles dépenses pour ses serveurs et sa main-d’œuvre qu’elle a enregistré 7,8 milliards de pertes sur le premier semestre 2025, selon le média spécialisé The Information.
Pour Selina Xu, responsable de la stratégie chinoise et de l’IA auprès de l’ancien PDG de Google, Eric Schmidt : « À l’heure actuelle, l’IA vise principalement une croissance à tout prix, en attirant des utilisateurs et en trouvant une manière de les monétiser. La compétition est rude, il s’agit donc de convaincre des personnes qui n’utilisent pas encore Facebook ou ChatGPT ».
La décision d’OpenAI de concevoir non seulement un modèle d’IA viral, mais aussi un moyen de distribution sous la forme d’un nouveau réseau social, repose également sur un argument compétitif. Souvenez-vous, en mars dernier, les nouvelles fonctionnalités de génération d’images de ChatGPT avaient fait le tour des réseaux sociaux sous la forme d’illustrations inspirées du Studio Ghibli. Mais en créant sa propre application avec Sora, OpenAI peut désormais contrôler l’expérience utilisateur de A à Z. Azeem Azhar, fondateur du groupe de recherche Exponential View, nous apporte des précisions : « Vous empêchez la concurrence de comprendre ce qui motive le comportement des utilisateurs, et donc de concevoir des produits concurrents ».
Par ailleurs, l’application de génération de vidéos courtes peut aussi permettre de collecter des données utiles en vue d’améliorer de futurs modèles. Selina Xu précise : « Être capable de commercialiser un produit en premier et de le proposer à prix abordable déclenche un effet boule de neige : plus les utilisateurs sont nombreux, plus ils mettent en ligne du contenu, plus le modèle s’améliore ».
Pour le moment, l’application Sora 2 reste gratuite d’utilisation, mais une version améliorée du modèle est proposée aux utilisateurs abonnés à ChatGPT Pro. Dans son billet de blog annonçant le lancement, OpenAI sous-entendait qu’à terme, le modèle de base pourrait devenir payant, mais a refusé toute interview à propos de la stratégie commerciale de Sora.
Précisons par ailleurs que tout n’est peut-être pas qu’une question de revenus, puisqu’OpenAI affirme que Sora représente un pas de plus vers la création d’un modèle d’IA capable de simuler le monde réel avec précision. Selon le billet de blog de l’entreprise, ces « capacités de simulation du réel » s’avèreront « essentiel[le]s pour entraîner des modèles d’IA capables de comprendre en profondeur notre monde physique ».
Pour sa part, Azeem Azhar reste sceptique quant à l’utilité de Sora 2 à cette fin, mais si OpenAI parvient à créer une application qui convainc des centaines de millions d’utilisateurs chaque jour et à proposer un modèle encore plus puissant à l’avenir, l’entreprise pourrait bien disposer d’un moyen rapide pour recueillir des quantités de données utiles lorsque ses modèles sont capables de les générer, du moins c’est ce qu’estime le fondateur d’Exponential View.
Répondant à une publication l’accusant de « lancer des vidéos slop en IA vendues comme des publicités personnalisées » plutôt que d’exploiter les capacités de l’IA pour lutter contre le cancer, Sam Altman s’est expliqué sur X. « Nous avons majoritairement besoin de capitaux pour développer une IA efficace dans le domaine de la science, et nous concentrons la quasi-totalité de nos efforts de recherche sur l’IAG », écrit-il. « Par ailleurs, nous avons plaisir à présenter au grand public de nouvelles technologies ou de nouveaux produits intéressants, à apporter du plaisir et, espérons-le, à récolter des bénéfices compte tenu de tous ces besoins en calcul. »
- Article issu de TIME US - Traduction Mathilde Pace




