Le procès intenté par Elon Musk contre son ancien partenaire Sam Altman débute ce lundi 27 avril dans un tribunal californien. Les deux géants du secteur de l’intelligence artificielle se confrontent devant la justice au sujet d’OpenAI, une organisation à vocation non lucrative soi-disant trahie par son directeur.
Le procès, qui déstabilisera la Silicon Valley jusqu’au 18 mai, se présente comme un véritable combat de coqs entre, d’un côté, l’homme le plus riche du monde, et de l’autre, le patron d’OpenAI, entreprise derrière ChatGPT, leader incontesté des intelligences artificielles dans le monde. Dans les faits, Elon Musk reproche à Sam Altman de l’avoir trahi en érigeant OpenAI comme une société commerciale avec l’aide de Microsoft, ce alors qu’il s’agissait au départ d’une organisation à but non lucratif.
« Une dérive vers le profit »
C’est précisément cette transformation que conteste Elon Musk devant la justice américaine. Selon lui, OpenAI aurait dévoyé son statut initial en privilégiant des intérêts commerciaux, au détriment de son engagement originel. Le presque trillionnaire accuse notamment la direction actuelle d’avoir verrouillé l’accès à certaines technologies, tout en bénéficiant d’investissements massifs et d’une valorisation en constante progression.
En face, Sam Altman défend une évolution jugée nécessaire pour accompagner le développement de technologies particulièrement coûteuses. L’essor de modèles comme ChatGPT impose, selon lui, des infrastructures et des financements que seule une structure partiellement lucrative peut soutenir.
La tension entre les deux figures de la tech ne date pas d’hier. Elon Musk avait quitté OpenAI dès 2018, après y avoir investi 38 millions de dollars lors de sa fondation, officiellement pour éviter des conflits d’intérêts avec Tesla. En coulisses, les désaccords stratégiques étaient déjà profonds, notamment sur la direction à donner à la recherche en intelligence artificielle et sur la question de sa commercialisation. Depuis ce départ, OpenAI a connu un succès fulgurant, s’imposant comme un acteur incontournable des modèles génératifs d’IA, grâce en partie aux milliards de dollars d’investissements de Microsoft. La société est aujourd’hui valorisée 852 milliards de dollars et prépare son entrée en bourse d’ici fin 2026.
Pour Elon Musk, qui a construit son propre laboratoire (xAI, valorisé 1 250 milliards de dollars), cette montée en puissance s’est faite au prix d’un reniement. Le milliardaire estime que l’alliance avec Microsoft confère à OpenAI une position dominante dangereuse, tout en concentrant le pouvoir technologique entre les mains de quelques acteurs privés. Une critique qui s’inscrit dans une vision plus large, lui qui n’a cessé d’alerter sur les risques existentiels liés à l’intelligence artificielle.
Sam Altman défend sa position
Face aux accusations, Sam Altman et OpenAI contestent fermement toute dérive. L’organisation justifie sa transformation par la nécessité de financer des recherches extrêmement coûteuses. Développer des modèles d’IA de pointe exige des ressources colossales, difficilement compatibles avec un modèle strictement non lucratif.
Les dirigeants d’OpenAI rappellent également que leur structure hybride vise à concilier innovation et responsabilité. Selon eux, les partenariats industriels permettent d’accélérer les avancées technologiques tout en maintenant des garde-fous éthiques. Une ligne de défense qui s’appuie sur l’idée que l’IA ne peut progresser sans investissements massifs.
Sam Altman, figure centrale de cette stratégie, fait toutefois froncer les sourcils en raison de ses propos contradictoires. En septembre 2017, le dirigeant d’OpenAI confiait par courriel à Elon Musk qu’il était « enthousiaste à l’égard de la structure à but non lucratif ». Quelques mois plus tard, la fondation initiait sa filiale commerciale. En novembre 2017, les tensions en interne se sont renforcées. Sam Altman vantait publiquement le statut non lucratif de la société, tandis que Greg Brockman, cofondateur et président d’OpenAI, écrivait dans son journal intime que « si dans trois mois on fait une société commerciale, alors ce serait un mensonge ». « “Scam” Altman ment aussi facilement qu’il respire », ironisait Elon Musk sur X, en été 2025.
Une guerre d’égo et de jalousie
D’ici lundi 18 mai prochain, le jury du tribunal doit trancher afin de savoir si OpenAI a bel et bien opéré à une trahison délibérée ou si la société s’est simplement adaptée aux réalités du marché. Elon Musk plaide pour le retour d’OpenAI à un statut non lucratif, ce qui bloquerait son éventuelle entrée en bourse. Le multimilliardaire réclame, en plus de l’éviction de Sam Altman et de Greg Brockman, la rupture des liens avec Microsoft, dont la participation est désormais valorisée environ 135 millions de dollars.
Pour couronner le tout, Elon Musk demande jusqu’à 134 millions de dollars de dommages : un montant contesté par la juge Yvonne Gonzalez Rogers, qui sortirait selon elle « de nulle part ». Elle s’est réservée le droit de fixer elle-même le montant des réparations dans le cas où le jury donne raison à l’homme le plus riche de la planète. Elon Musk assure que les éventuels dommages seraient versés à la fondation à but non lucratif d’OpenAI, et non pas dans son propre portefeuille.
Sam Altman s’efforce, quant à lui, de faire savoir qu’Elon Musk était au courant, dès 2017, de l’évolution stratégique de sa société. Selon le PDG, cette affaire judiciaire n’est rien d’autre qu’une procédure de « campagne de harcèlement motivée par l’égo, la jalousie et le désir de ralentir un concurrent ». OpenAI a déposé des contre-plaintes contre Musk, accusé d’adopter un comportement anticoncurrentiel spécifiquement dédié à faire grandir xAI, à la tête du controversé chatbot Grok. Bien que très médiatisée, cette IA demeure bien moins usitée que ChatGPT.
Le jury d’Oakland devra décider si la transformation d’OpenAI est légale. Le procès arrive à un moment embêtant pour la société de Sam Altman, qui prévoit une entrée en bourse au quatrième trimestre de 2026, avec une valorisation de 1 000 milliards de dollars. D’un point de vue civil, l’issue de l’affaire est déjà réglée, certains manifestants devant le tribunal arborant le slogan suivant : « Quel que soit le gagnant, c’est nous les perdants ».




