Andréa Martel a troqué son costume d’agent impitoyable contre un fauteuil de réalisatrice. Cinq ans après la fermeture de l’agence ASK, elle revient ce 10 septembre sur Netflix, cette fois derrière la caméra, pour son premier long-métrage. Le twist n’est pas anodin : Dix pour cent, le film raconte les coulisses d’un tournage, mis en scène par une équipe qui, dans la vraie vie, fabrique elle aussi du cinéma.
Camille Cottin retrouve donc Andréa au moment où tout menace de s’effondrer : son acteur principal, un Laurent Lafitte moustachu et peu fiable, préfère un second rôle chez Wes Anderson et abandonne le navire à quelques jours du clap. Andréa n’a plus le choix. Elle rappelle Noémie (Laure Calamy), devenue productrice, Gabriel (Grégory Montel), resté agent, et Hervé (Nicolas Maury), désormais comédien. La mécanique de la série, faite de crises en chaîne et de sauvetages in extremis, se remet en marche.
Le projet n’est pas né sous cette forme. Après le triomphe international de la série, une cinquième saison avait un temps été envisagée, avec un détour par les États-Unis et une rencontre entre Andréa et l’acteur américain Kevin Kline. Mais faire coïncider les agendas des comédiens s’est révélé difficile. Fanny Herrero, revenue à l’écriture aux côtés de Lison Daniel après avoir quitté la série avant sa dernière saison, a finalement retrouvé ses personnages dans un format resserré : deux heures, un décor neuf dans le sud de la France, et un tournage de cinéma comme toile de fond.
De Call My Agent! à la franchise planétaire
Le pari n’a rien d’anodin pour une franchise qui pèse lourd. Lancée sur France 2 en 2015 avant d’exploser à l’international sous le nom Call My Agent! via Netflix , la série a séduit jusqu’à Meryl Streep et George Clooney, avant de décrocher l’International Emmy Award de la meilleure comédie en 2021. Une douzaine d’adaptations locales ont suivi. De quoi transformer une comédie sur les coulisses artisanales du cinéma français en produit culturel mondialisé, un comble pour une série qui raillait justement la financiarisation du métier d’agent. Le clin d’œil ne s’arrête pas là : en 2024, le groupe Mediawan a repris l’intégralité des droits de la franchise et coproduit désormais le film. La petite agence fictive appartient, elle aussi, à une grosse machine.
Pour les acteurs eux-mêmes, l’exercice n’allait pas de soi. Revenir, oui, mais pas à n’importe quel prix. Thibault de Montalembert (Mathias Barneville) l’assure : l’équipe ne voulait « ni le film de trop ni celui en plus ». Camille Cottin confirme avoir longuement pesé le passage au format film, redoutant de perdre la nuance que permettait la série. Laure Calamy évoque, elle, la peur de « la caricature de nous-mêmes ». Nicolas Maury va plus loin : selon lui, la troupe a pensé pour la première fois au public, craignant de décevoir des spectateurs qui les attendaient au tournant depuis près de six ans. C’est finalement le retour de Fanny Herrero à l’écriture qui a fini par dissiper les doutes de la troupe : sans elle, plusieurs comédiens assurent qu’ils auraient probablement décliné.
Un tournage qui tourne à la parodie du métier
Le résultat assume pleinement le vertige du cinéma qui se regarde filmer : les anciens collègues d’ASK se retrouvent autour d’un tournage, eux-mêmes empêtrés dans les caprices d’acteurs et les imprévus de plateau. La série avait bâti sa réputation sur cette autodérision permanente ; le film pousse le curseur plus loin encore, quitte à flirter avec le sketch pur. Les scènes avec George Clooney, tourné en ridicule par une Noémie retorse, ou avec Eva Longoria égale à elle-même, en sont les exemples les plus assumés. Vincent Macaigne et Laetitia Casta complètent la distribution des vedettes invitées, dans des rôles taillés pour l’autoparodie.
Le paradoxe est presque trop parfait pour être fortuit. Ce film, racontant les dessous d’un tournage saboté, sort directement sur Netflix. Il retrouve ainsi la plateforme qui a contribué au succès planétaire de la série. La boucle est bouclée, mais sans sortie en salles, dommage pour une histoire qui, à l’origine, plaçait le cinéma au cœur de ses intrigues.





