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Cinéma mondial en crise : ce que promet le premier Sommet Lumière

Un plateau de tournage. (Crédits: Avel Chuklanov via Unsplash)
Le premier Sommet Lumière a réuni, le 7 septembre à Saint-Paul-de-Vence, 220 personnalités venues de 65 pays autour d’un même objectif : tenter d’organiser une réponse collective aux bouleversements provoqués par l’IA générative, la baisse de la fréquentation des salles et la concurrence des plateformes numériques.

Quelques jours après avoir foulé le tapis rouge de la Mostra de Venise, George Clooney a rejoint les jardins de la Fondation Maeght, nichée dans l’arrière-pays niçois. Sa présence ce 7 septembre, à Saint-Paul-de-Vence, résume à elle seule l’ambition du Sommet Lumière : faire cohabiter le glamour hollywoodien et les négociations feutrées d’un « Davos du cinéma ». Autour de la star, 220 participants venus de 65 pays. Patrons de studios américains, dirigeants de Canal+ ou de TF1, exploitants nigérians, éditeurs de jeux vidéo, cinéastes sud-coréens. Une addition improbable, réunie pour une raison commune : répondre à la crise d’un secteur dont la fréquentation des salles a reculé de 40 % en cinq ans. Absent, Martin Scorsese a de son côté apporté son soutien au sommet dans un court film.

Emmanuel Macron, coprésident de l’événement aux côtés du président sud-coréen Lee Jae-myung, n’a pas mâché ses mots à l’ouverture des débats. Pour lui, les images animées « connaissent sans doute les bouleversements les plus importants aujourd’hui ». Son homologue coréen, dont le pays s’est imposé comme une place forte de la création audiovisuelle asiatique grâce à des succès comme Parasite ou Squid Game, a été plus alarmiste encore : sans réponse rapide, a-t-il prévenu, l’industrie court droit vers « une crise ».

Le choix du format n’est pas anodin. Les organisateurs revendiquent explicitement l’héritage de la COP21, qui avait débouché en 2015 sur l’accord de Paris sur le climat. Gaëtan Bruel, président du Centre national du cinéma (CNC) et co-organisateur du sommet, a défendu cette filiation devant la presse : il s’agit, selon lui, d’appliquer au cinéma « la même méthode qui a été appliquée au changement climatique ou à la santé mondiale ». Un pari risqué, tant les intérêts industriels en jeu sont concurrents plutôt que complémentaires.

IA, YouTube : l’industrie réclame les mêmes règles

Sans surprise, l’intelligence artificielle générative a dominé les échanges. Les grandes entreprises du secteur étaient toutefois absentes, tout comme YouTube, qui avait décliné l’invitation. La plateforme est régulièrement pointée du doigt pour concurrencer la création audiovisuelle sans être soumise aux mêmes obligations de financement que les chaînes françaises. « L’éléphant dans la pièce, c’est vraiment YouTube », a lancé sans détour le patron de TF1, Rodolphe Belmer, lors d’un des panels.

Son argument : la plateforme capte une part croissante du marché publicitaire tout en échappant aux obligations de financement qui pèsent sur les chaînes françaises. « Il faut créer les mêmes règles pour tout le monde », a-t-il tranché. Emmanuel Macron a de son côté mis en garde contre une IA qui « se substituerait ou prétendrait se substituer aux auteurs ». Une ligne rouge partagée par une partie de la profession, mais dont la portée reste, pour l’heure, purement déclarative.

Un milliard d’euros sur la table

Le sommet ne s’est pourtant pas limité aux discours. Une déclaration commune, baptisée déclaration Lumière, a été entérinée par plus de 120 signataires, compilant vœux et engagements sans valeur contraignante. Sur le terrain financier, le Partenariat Lumière, doté d’un milliard d’euros sur cinq ans et financé à parité par la France et la Corée du Sud, a été annoncé pour soutenir les industries du cinéma, de l’audiovisuel et de l’image animée. Plusieurs cinéastes de premier plan, dont les frères Dardenne, Jafar Panahi, Pedro Almodóvar ou Sofia Coppola, se sont associés à la création d’IRIS, une initiative internationale de soutien aux salles indépendantes dotée d’un budget de 30 millions d’euros. Rien ne dit pour l’instant que ces annonces changeront la donne. Rosalie Brun, déléguée de la Société des réalisateurs de films, qui représente environ 500 cinéastes, a résumé le scepticisme ambiant auprès de l’AFP : les déclarations du président français sont plutôt rassurantes, mais tout dépendra de leur capacité à irriguer l’ensemble de la filière, et pas seulement les grands studios.

Pour Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, la réussite du sommet ne se mesure pas qu’à ses résultats concrets. Réunir à Saint-Paul-de-Vence « tant de monde qui compte » constitue déjà, selon lui, « une première victoire ». Il a même pu échanger informellement avec Ted Sarandos, le patron de Netflix, dont les films ne peuvent concourir à Cannes que s’ils s’engagent à bénéficier d’une sortie commerciale en salles en France. « On s’est dit mutuellement : tu me manques… », a-t-il confié, non sans une pointe d’ironie. Le seul précédent comparable à ce rassemblement remonte à 1926, avec le Congrès international du cinématographe de Paris. Un siècle plus tard, la France mise sur ce nouveau multilatéralisme culturel pour tenter d’organiser une riposte collective. Gaëtan Bruel l’a lui-même reconnu : impossible de régler toutes les difficultés en une seule journée. Mais ce sommet, insiste-t-il, marque « un commencement, un point de départ », avec des engagements censés se poursuivre dans les mois à venir.

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