Créés en 2022, les Paris Film Critics Awards réunissent aujourd’hui plus de 130 journalistes et critiques. Leur singularité tient à ce corps votant : ici, ni représentants de métiers, ni producteurs, ni agents. Seuls votent ceux dont le travail consiste à voir, analyser et hiérarchiser les films.
La mécanique est classique, visionnages puis vote en deux tours, mais l’esprit diffère d’autres grandes cérémonies. Là où les César du cinéma incarnent la profession qui se distingue elle-même, ces prix revendiquent une autre position : proposer une lecture collective de l’année. Moins une célébration qu’un regard organisé.
À l’origine du projet, Sam Bobino défend cette idée d’un espace commun de la critique. « Nous ne cherchons pas à ajouter un prix de plus, mais à affirmer un regard collectif sur l’année écoulée », explique-t-il. « La légitimité vient du fait que ce sont des journalistes qui votent, avec leurs sensibilités et leurs désaccords. »

Relire le palmarès Paris Film Critics Awards
Autour du triomphe d’Anderson, le reste du palmarès ne juxtapose pas des titres. Il compose un paysage. Le prix du premier film attribué à Nino de Pauline Loquès remet en lumière une œuvre restée discrète lors de sa sortie. Dans un calendrier où les nouveautés se succèdent à un rythme soutenu, cette distinction prolonge la vie d’un film et lui offre une seconde respiration.
La récompense des décors de The Brutalist déplace l’attention vers ce qui structure silencieusement un film : ses espaces. Ici, le décor ne se contente pas d’entourer l’action, il en conditionne le rythme, la circulation des corps, la perception du temps. En le distinguant, les critiques soulignent combien l’année 2026 aura été attentive à la mise en scène et à la matérialité des images.
Le prix accordé à la mini-série Adolescence s’inscrit dans le même mouvement. Les récits circulent désormais entre salles et plateformes sans que le format suffise à en déterminer la valeur. En intégrant une série à son palmarès, l’académie constate une évolution plus qu’elle ne la provoque : les œuvres se jugent aujourd’hui là où elles apparaissent, avec les mêmes critères d’exigence.
Quelle influence réelle ?
Dans un paysage où la réussite d’un film se mesure d’abord à sa visibilité et à ses chiffres d’entrées, un prix décerné par des critiques ne provoque pas forcément d’effet immédiat au box-office. Son impact se joue ailleurs, plus lentement.
Les Paris Film Critics Awards s’inscrivent dans une tradition proche de celle du London Film Critics’ Circle : une distinction moins spectaculaire que les grandes cérémonies télévisées, mais capable d’installer certains films dans la durée et d’orienter les discussions.
« Un palmarès doit raconter quelque chose de l’année, pas seulement additionner des succès », poursuit Sam Bobino. En consacrant un cinéma international ambitieux, en soutenant un premier long métrage français et en mettant en avant des métiers comme la photographie, le montage ou la musique originale, les critiques parisiens proposent une lecture d’ensemble, une manière de relier les œuvres entre elles.
Le regard, depuis l’origine
Au fond, cette idée du regard n’a rien de nouveau. Dès les premiers films d’Auguste Lumière et de Louis Lumière, il s’agissait déjà de choisir un cadre, un point de vue, une distance. Le cinéma est né d’un emplacement précis face au monde. La critique prolonge ce geste : elle ne fabrique pas les images, mais elle décide comment les regarder ensemble. Dans une époque où l’offre se fragmente et où l’attention se disperse, cette tentative d’organiser une lecture collective de l’année n’a rien d’anodin.
La critique ne commente pas seulement après coup. Elle trace une ligne.
Palmarès Paris Film Critics Awards 2026
Meilleur film
Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson
Meilleure réalisation
Paul Thomas Anderson pour Une bataille après l’autre
Meilleure adaptation
Une bataille après l’autre
Meilleur montage
Une bataille après l’autre
Meilleur premier film
Nino de Pauline Loquès
Meilleurs décors
The Brutalist
Meilleure mini-série
Adolescence
Meilleure actrice
Léa Drucker pour Dossier 137
Meilleur acteur
Wagner Moura pour L’Agent secret
Meilleure actrice dans un second rôle
Leïla Bekhti
Meilleur acteur dans un second rôle
Raphaël Personnaz




