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Grammy Awards 2026 : Bad Bunny remporte l’album de l’année et appelle à « mettre dehors » l’ICE

Bad Bunny accepte le prix de l’album de l’année pour "DeBÍ TiRAR MáS FOToS" sur scène lors de la 68e cérémonie des Grammy Awards (Photo par Kevin Mazur/Getty Images pour The Recording Academy)
La 68ᵉ cérémonie des Grammy Awards avait lieu ce dimanche 1ᵉʳ février dans la nuit et les discours contre les politiques anti-immigration de Donald Trump se sont multipliés. Le chanteur portoricain Bad Bunny a marqué la soirée en remportant le prix de l’album de l’année, une première pour un album entièrement chanté en espagnol.

Bad Bunny a marqué l’histoire des Grammy Awards. Le chanteur de reggaeton portoricain s’est imposé avec trois prix à la 68ᵉ cérémonie des Grammy Awards qui a eu lieu ce dimanche 1ᵉʳ février. Parmi les prix qui lui ont été décernés, le plus prestigieux : l’album de l’année pour Debi Tirar Mas Fotos. Un album aux rythmes traditionnels évoquant la colonisation de l’île des Caraïbes sous juridiction américaine depuis 1898. Une récompense grâce à laquelle Bad Bunny devient le premier artiste à remporter un prix pour un album dont toutes les chansons sont chantées en espagnol aux Grammy Awards.

La cérémonie, qui a lieu chaque année à Los Angeles, récompense les meilleures sorties musicales, mais cette année, la soirée n’a pas été qu’une célébration de la musique. La scène s’est transformée en tribune engagée contre les politiques migratoires répressives de Donald Trump. Figure engagée contre la police anti-immigration (ICE) et pour la cause LGBTQ+, Bad Bunny a marqué la soirée avec un discours ouvertement critique sur les politiques du président des États-Unis à l’égard des personnes immigrées dans le pays. Il a appelé à « mettre dehors » l’ICE avant de poursuivre avec émotion : « Nous ne sommes pas des sauvages, nous ne sommes pas des animaux. Nous ne sommes pas des étrangers. Nous sommes humains et nous sommes Américains. » Le chanteur a également appelé à ne pas se laisser « contaminer » par la « haine ».

Des discours politiques et engagés contre l’ICE

Sans directement viser Bad Bunny, Donald Trump s’est empressé de réagir en publiant sur son réseau social Truth Social un message critiquant la cérémonie. Il a notamment menacé l’animateur de la soirée, l’humoriste Trevor Noah, de poursuites judiciaires pour avoir fait des allusions à l’affaire Epstein, le traitant de « parfait raté ». « Les Grammy Awards sont les pires, pratiquement impossibles à regarder », a-t-il écrit, qualifiant la cérémonie de « daube ». « Noah ferait mieux de se renseigner correctement, et vite. Il semble que je vais envoyer mes avocats poursuivre ce pauvre maître de cérémonie pathétique, sans talent et complètement idiot, et le poursuivre pour beaucoup d’argent », avant de poursuivre « Prépare-toi Noah, je vais bien m’amuser avec toi ! », a affirmé le président américain.

La cérémonie a succédé à la remise de prix d’artistes engagés ayant eux aussi critiqué les politiques anti-immigration. Le rappeur de 38 ans, Kendrick Lamar, a de nouveau remporté cinq prix comme l’année précédente, dont l’enregistrement de l’année pour Luther, en duo avec la chanteuse de R&B SZA. Il devient le rappeur le plus récompensé de l’histoire de la cérémonie. Gesaffelstein est le seul artiste français à remporter un prix, aux côtés de la chanteuse Lady Gaga, avec sa collaboration sur le titre Abracadabra. La chanteuse américaine a également remporté deux distinctions pour l’album électropop à l’esthétique gothique Mayhem et a salué le discours de Bad Bunny à la sortie de la cérémonie, le qualifiant d’« incroyablement important aujourd’hui et si inspirant », en précisant que c’était une « chance » d’avoir des artistes « comme lui » qui « prennent la parole sur ce qui est vrai et juste ».

Des pin’s au slogan « ICE out », déjà aperçus lors de la cérémonie des Golden Globes quelques semaines auparavant, étaient de nouveau arborés, notamment par les artistes canadiens Justin Bieber et Joni Mitchell. Récompensée du prix de la chanson de l’année pour son titre Wildflower, la chanteuse de 24 ans, Billie Eilish, a appelé à « continuer à [se] battre, à prendre la parole et à manifester » face à la police anti-immigration. Elle a également assuré être convaincue que « nos voix comptent vraiment, les gens comptent vraiment ».

Une volonté de « refléter la vitalité du paysage musical diversifié »

D’autres artistes ont pris la parole. Le chanteur Shaboozey, dont les parents sont originaires du Nigeria, a scandé que les immigrés américains ont « construit ce pays ». La chanteuse Olivia Dean, sacrée révélation de l’année, a déclaré sur scène : « Je suis une petite-fille d’immigré. Je suis le produit de ce courage et je pense que ces personnes devraient être célébrées », avant de poursuivre : « Nous ne sommes rien les uns sans les autres ».

Le réalisateur Steven Spielberg a été sacré pour la meilleure musique de film pour le documentaire Music by John Williams, lui permettant de devenir le 21ᵉ « EGOT », c’est-à-dire un artiste ayant raflé les quatre plus grandes récompenses de l’industrie : les Grammys, les Oscars pour le cinéma, les Emmys pour la télévision et les Tony Awards pour le théâtre. Le tube de K-pop Golden de la bande originale du film d’animation signé Netflix KPop Demon Hunters a obtenu le prix de la meilleure chanson écrite pour un support visuel.

La présence de rap, reggaeton et de K-pop au palmarès des Grammys n’est pas un hasard, d’après le musicologue Lauron Kehren. Pour lui, cela reflète simplement une adaptation au « climat » de l’industrie musicale plutôt qu’une volonté d’« impulser un changement », a-t-il expliqué à l’AFP. La Recording Academy, qui décerne les prix, a intégré 3 800 membres dans l’objectif de « refléter la vitalité du paysage musical diversifié d’aujourd’hui », selon le PDG Harvey Mason Jr. Dans la nuit du 9 au 10 février prochain, un nouveau rendez-vous attend Bad Bunny, cette fois pour performer à la fameuse mi-temps du Super Bowl, où se jouera la finale du championnat de football américain.

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