La canicule n'épargne aucun département ni aucun parti politique. À l'approche de 2027, les candidats à la présidentielle s'emparent, inégalement, du sujet du réchauffement climatique, trahissant parfois des angles morts inattendus.

Alors que la canicule fait tomber une brûlante chape de plomb sur l’ensemble de la France depuis près d’une semaine, les partis se fragmentent et multiplient les propositions pour s’adapter aux fortes chaleurs. Avec pas moins de 49 départements placés en vigilance rouge canicule par Météo-France ce lundi et un bilan humain qui a atteint les 13 morts d’après la Sécurité civile, cet épisode caniculaire historique attise des débats enflammés dans la classe politique.

Les nombreux candidats à la présidentielle, qui entament progressivement leur période de pré-campagne pour 2027, n’ont pas manqué de s’emparer du sujet climatique, régulièrement comparé aux canicules de 2003 et 2019. Les mesures et les préconisations se multiplient au gré des salons, des meetings et des déplacements officiels, même si un grand nombre de prétendants à l’Élysée semble bien en peine de s’emparer convenablement de cette problématique majeure.

Les températures, qui ne devraient pas baisser d’ici la fin de la semaine, se hisseront cet après-midi autour des 36-38°C sur l’ensemble de l’Hexagone. En conséquence de cette importante vague de chaleur, potentiellement source de nouveaux records, le gouvernement opte pour des mesures rigoureuses comme le report des oraux du bac et les aménagements d’horaires dans les écoles, tout en préconisant aux travailleurs de ne pas emprunter les transports en commun et de rester, si possible, en télétravail.

Le socle gouvernemental plongé dans le silence

Si la canicule devient un sujet médiatiquement intarissable aussi bien à la télévision qu’en presse écrite, certains candidats à la présidentielle demeurent étrangement discrets, voire mutiques. C’est le cas du socle gouvernemental, qui n’a que légèrement effleuré les débats sur les fortes chaleurs, trahissant ainsi un angle mort sur une thématique pourtant essentielle dans les débats qui structureront l’élection de 2027.

Gabriel Attal, ancien Premier ministre et chef du parti Renaissance, n’a jamais commenté l’actualité caniculaire, si ce n’est lors de la visite d’une résidence seniors à Tarbes, dimanche 21 juin. Lors de cette sortie officielle, le candidat à la présidentielle s’est contenté de déplorer l’isolation thermique de certains établissements, notamment les écoles. « Quand j’étais ministre de l’Éducation nationale, on avait lancé un plan pour isoler 40 000 écoles en 10 ans. Je pense malheureusement que depuis la dissolution, beaucoup de retard a été pris », s’est désolé Gabriel Attal au micro de BFMTV. Et pour cause : au rythme où avance cette rénovation thermique, le plan se terminerait « dans trois siècles », d’après la patronne des Écologistes Marine Tondelier.

Même constat d’absence du côté d’Édouard Philippe, ancien Premier ministre et candidat déclaré à la présidentielle, qui n’a pas dressé le moindre commentaire sur la canicule en cours. L’ambition écologique de son parti Horizon n’apparaît qu’au travers d’une feuille de route lapidaire défendant « l’instauration d’une politique efficace de décarbonation de notre économie, la préservation de la biodiversité et un investissement accru dans l’excellence des filières énergétiques et agricoles françaises ».

Le gouvernement, plongé dans l’incertitude concernant la durée et la force de cet épisode caniculaire, se montre impuissant face à la virulence des températures. « Beaucoup de nos concitoyens vont souffrir […]. Nous n’avons pas de certitude sur le jour où les températures vont baisser », a averti Stéphanie Rist sur TF1, ce lundi matin. Avec 49 départements et 35 millions de Français placés en vigilance rouge canicule, près de 2 000 établissements scolaires ont été fermés ou réorganisés en ce début de semaine. Une nouvelle cellule interministérielle de crise est attendue dans la journée. « Face à la canicule, veillons les uns sur les autres. Soyons collectivement attentifs à nos aînés, à nos enfants et aux personnes isolées ou fragiles », a prévenu le président Emmanuel Macron sur son compte X.

La gauche déplore l’immobilisme du gouvernement

S’il y a bien un parti politique qui s’empare de la canicule comme d’un véritable sujet de campagne, ce sont Les Écologistes.
Porté par la voix de sa secrétaire générale Marine Tondelier, qui a officialisé sa candidature pour l’élection de 2027, le mouvement fonde son existence sur le respect environnemental et la lutte contre le réchauffement climatique. Se disant « effarée par le degré d’impréparation du gouvernement face aux fortes chaleurs », la future mère de famille défend bec et ongles son idée de congé payé climatique de 5 jours par an, destinés aux victimes d’inondations et de canicules.

« Personne ne devrait prendre de risques pour sa santé voire pour sa vie dans le cadre professionnel », écrit Marine Tondelier sur son compte X. « Alors que nous vivons une nouvelle canicule historique, les Écologistes lancent une pétition pour un congé climatique. C’est l’une des mesures qui composent la sécurité sociale écologique que nous proposons pour assurer les nouveaux risques qui n’existaient pas à la création de la Sécu en 1945 ! »

Tout comme Marine Tondelier, le secrétaire général du Parti socialiste Olivier Faure déplore la lenteur du gouvernement, qui se contente d’organiser des réunions interministérielles à l’aube des canicules. Des rassemblements qualifiés d’une « énième mise en scène » par le candidat socialiste à la présidentielle. Olivier Faure préconise le lancement d’un grand plan de rénovation thermique et le dégel du fonds vert, qui consiste à épauler les collectivités locales dans leur adaptation au réchauffement climatique. Le candidat socialiste défend une transition écologique « socialement juste » qui passe par un renforcement de la taxation sur l’utilisation des jets privés et la diminution des contraintes sur la décarbonation chez les classes populaires.

« Qui aurait pu prédire ? », ironise quant à lui François Ruffin, candidat pour 2027, en reprenant la désormais célèbre phrase d’Emmanuel Macron prononcée lors de son allocution du 31 décembre 2022. « Sur ça comme sur d’autres choses, on pouvait prédire. Des scientifiques ont prédit depuis un demi-siècle et il n’y a, en vérité, aucune surprise », déplore le président de Debout !. « Les canicules à répétition prouvent le danger que constitue la négation de la crise écologique globale », considère le candidat insoumis Jean-Luc Mélenchon, qui préconise dans un post X le remplacement des régions actuelles par des « écorégions, en charge des biens communs structurant l’écosystème » pour faire de la France une « République écologique ».

Une grande partie des très nombreux candidats de la gauche pour la présidentielle ont toutefois surpris par leur lourd silence. Parmi eux, le député socialiste Jérôme Guejd, le député européen Raphaël Glucksmann, la présidente du parti Génération écologie Delphine Batho ou encore le maire de Saint-Ouen Karim Bouamrane, qui s’est limité à féliciter le plan fraîcheur appliqué dans sa ville.

La droite, entre déni et nouvelle posture

Tout juste lancé dans le grand bain de la pré-campagne présidentielle, le candidat des Républicains Bruno Retailleau s’est livré à son premier meeting, samedi 20 juin. Dans une salle climatisée réunissant 4 400 personnes, l’ancien ministre de l’Intérieur a inauguré son grand discours par des paroles bien en phase avec l’actualité : « Merci d’avoir bravé la canicule ». Aux côtés des thèmes de l’immigration et de la sécurité, le sexagénaire a brièvement évoqué les questions environnementales, se décrivant lui-même comme un enfant de la ruralité et un admirateur de la nature. Le sénateur, qui défend une « écologie de droite qui croit en la science et au génie humain », réfute le simple concept d’écologie, qu’il compare à une « idéologie gauchiste ». Aucune véritable mesure n’a donc été dévoilée.

Encore plus à droite de l’Hémicycle, la canicule trouve une caisse de résonance plus puissante que chez les Républicains. Le Rassemblement national (RN), peut-être incarné par Jordan Bardella en 2027 en cas d’inéligibilité de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants parlementaires européens, défend quant à lui un plan massif de climatisation. Depuis le salon de Vivatech, la présidente du RN à l’Assemblée nationale élève les fortes chaleurs au rang de « question de santé publique ». « L’absurdité, c’est de faire mourir les gens de chaleur », se révolte la députée du Pas-de-Calais, qui veut prioriser les personnes les plus vulnérables.

Depuis le début de cette canicule historique sévissant en France, les membres du RN ne manquent pas de critiquer le gouvernement sur son manque de prévision vis-à-vis de la canicule, évoquant régulièrement les alertes lancées par les précédents rapports du GIEC. Rapports qui, il y a quelques années étaient directement décrédibilisés par ces mêmes élus. « Le GIEC a toujours été très, très alarmiste », estimait Marine Le Pen en 2023.