Le président Donald Trump rentre de Chine, accompagné des principaux membres de son cabinet et de certaines des figures les plus emblématiques du monde des affaires américain, comme Elon Musk et Jensen Huang. Bien que peu de détails aient filtré concernant d’éventuels accords concrets issus de ce voyage de deux jours, il est reparti sur une note positive et a laissé entendre que d’autres développements étaient à venir. Cette visite a mis en lumière une tension majeure pour les entreprises, les investisseurs et les décideurs politiques américains qui n’est pas près de disparaître : comment gérer la puissance et l’influence croissantes de la Chine dans des secteurs tels que l’industrie automobile. Grâce aux investissements publics, l’industrie automobile chinoise produit plus de voitures que n’importe quel autre pays. Et, de plus en plus, ces voitures sont des véhicules électriques haut de gamme qui connaissent le succès dans le reste du monde. Les dirigeants du gouvernement et du secteur privé sont conscients du problème, mais ils n’ont pas encore pleinement pris la mesure de la confrontation potentielle qui s’annonce, alors que les véhicules électriques chinois, et plus largement les technologies propres, font de plus en plus pression sur les entreprises américaines.
Alors que Donald Trump évoquait l’idée d’une augmentation des investissements chinois aux États-Unis avant le sommet, les dirigeants du secteur ont fait part de leurs réticences, notamment ceux de l’industrie automobile, ainsi que les parlementaires et autres responsables influents. Le 29 avril, par exemple, un groupe bipartisan de membres du Congrès a proposé une mesure visant à réglementer les restrictions sur les importations de véhicules connectés à Internet en provenance de pays présentant un risque pour la sécurité nationale, visant en particulier la Chine. Les opposants aux voitures chinoises ont également suggéré que le gouvernement pourrait prolonger et augmenter les droits de douane existants de 100 % sur les voitures chinoises, voire instaurer une interdiction totale.
Même si les investissements chinois pourraient être une aubaine pour l’économie américaine, comme l’affirment les partisans d’une ligne dure en matière de commerce avec la Chine, les entreprises qui s’implanteraient et les technologies qu’elles apporteraient risqueraient de nuire aux acteurs américains en place et de fragiliser les règles du droit du travail. De plus, ils affirment, en s’appuyant sur des preuves solides, que tout ce soutien de l’État constitue une pratique déloyale qui va à l’encontre des règles du commerce international, et fausserait le marché américain. Ces affirmations ne sont pas sans fondement. Mais quelle est la solution à long terme ? Lorsque les produits sont moins chers ou de meilleure qualité, les barrières commerciales sont historiquement de plus en plus coûteuses et difficiles à maintenir. Les consommateurs se plaignent. Les entrepreneurs cherchent des solutions de contournement. Les politiciens sont tentés de céder. En effet, en janvier, Donald Trump, qui suit souvent les vents politiques, a laissé entendre qu’il pourrait accepter l’entrée des constructeurs automobiles chinois sur le marché américain s’ils implantaient une production locale.
Des coalitions puissantes et bien organisées constituent un moyen de freiner la concurrence étrangère. Et, à cette fin, les décideurs politiques, les dirigeants d’entreprise et les experts des groupes de réflexion s’expriment aujourd’hui d’une seule voix, invoquant les préoccupations évoquées ci-dessus. Jusqu’à présent, ils ont réussi à faire de la Chine l’un des rares domaines d’accord entre les deux partis.
Mais il existe un fossé profond entre ce consensus de l’élite sur les véhicules électriques et les préoccupations du grand public américain. Un sondage réalisé l’année dernière par l’université de Chicago a montré que les Américains préféreraient acheter un véhicule électrique fabriqué aux États-Unis. Toutefois, plus la différence de prix est importante, plus leur patriotisme s’érode. Avec une différence de 5 000 dollars, davantage de personnes interrogées déclarent qu’elles préféreraient un véhicule électrique chinois à une voiture américaine plus chère. L’inflation persistante qui résultera probablement des répercussions de la guerre en Iran, notamment en raison des prix élevés du carburant, risque d’exacerber ce phénomène.
À cela s’ajoute la volonté croissante du reste du monde d’importer des véhicules électriques. Les véhicules électriques chinois sont désormais omniprésents en Europe, en Asie et en Amérique latine. En janvier, le Premier ministre canadien Mark Carney s’est rendu en Chine et a réduit les droits de douane sur les importations de véhicules électriques. En outre, le constructeur automobile chinois BYD, premier producteur mondial de véhicules électriques, a vu ses ventes à l’étranger bondir de plus de 70 % à la suite de la guerre en Iran.
L’alarme devrait sonner dans le monde des affaires américain et à Washington. Une solution qui repose sur un alignement politique constant pour surmonter la convergence des pouvoirs des citoyens et du marché est une solution défaillante. À long terme, il faudra bien que quelque chose cède.
- Article issu de TIME US - Traduction TIME France





