Le cabinet EY a publié jeudi 21 mai son baromètre annuel sur l’attractivité de la France en 2025. Le pays reste la première destination européenne des investissements étrangers pour la septième année consécutive, malgré une baisse marquée du nombre de projets et une concurrence accrue.

La France encore médaille d’or en termes d’investissements étrangers. D’après le baromètre annuel sur l’attractivité de la France publié jeudi 21 mai par le cabinet de conseil EY, la France reste le pays le plus attractif d’Europe aux yeux des investisseurs étrangers pour la septième année consécutive. Sa position reste toutefois fragilisée par la concurrence accrue d’autres pays ainsi que par le manque de visibilité politique. Le rapport annuel sort à une dizaine de jours seulement du sommet Choose France organisé par l’Élysée le 1ᵉʳ juin au château de Versailles. L’évènement doit annoncer en grande pompe de nouveaux investissements étrangers.

En 2025, la France a attiré 852 projets d’investissements étrangers, sur les 5 026 recensés dans 47 pays européens, alors que le contexte international tendu pesait particulièrement cette année sur les investissements. La France devance malgré tout le Royaume-Uni, avec 730 projets, et l’Allemagne, avec 548 projets.

La difficulté à garder des investissements dans un contexte fragile

Cette année, le recul du nombre de projets en France est toutefois plus marqué que les années passées, avec une baisse de 17 % par rapport à 2024, contre 14 % au Royaume-Uni et 10 % en Allemagne. À travers toute l’Europe, le recul atteint 7 %.

L’Élysée s’est félicité du maintien français en haut du podium. Le gouvernement y voit les résultats d’une politique de l’offre mais aussi des réformes fiscales et du marché du travail, engagées par le président Emmanuel Macron tout au long de ses deux mandats.

« Être premier, c’est difficile, le rester est encore plus complexe », a notamment réagi l’Élysée avant de poursuivre : « On a beaucoup travaillé au niveau européen pour renforcer la compétitivité et la souveraineté européenne, et le chef de l’État continuera à mettre l’accent sur cette politique. »

Le baromètre parvient à ces résultats car il se focalise sur le nombre de décisions d’investissements annoncées et non sur les montants investis ou les projets effectivement réalisés.

« L’année 2025 est très compliquée pour l’investissement international, avec des chocs de toute nature […] et un certain nombre de crises structurelles, dans l’automobile notamment », rapporte Marc Lhermitte, associé chez EY à l’AFP.

La France a effectivement attiré davantage de projets liés au développement de l’intelligence artificielle que ses voisins européens, tandis qu’au Royaume-Uni, les investisseurs étrangers ont continué de se laisser séduire par la finance, la tech et les sièges sociaux. Des projets liés à la défense se sont également fait remarquer en Europe, devenant un nouveau cheval de bataille du Vieux Continent.

Le secteur de l’industrie en difficulté

En revanche, l’industrie a beaucoup plus souffert, surtout du côté de l’automobile, de la chimie ainsi que de la métallurgie. Au total, EY recense 354 projets d’implantation ou d’extension industrielles, soit une baisse de 15 %. Le baromètre note aussi le « retrait marqué des entreprises américaines et allemandes », qui ont diminué de moitié leurs investissements en France depuis 2022, tandis que les entreprises américaines ont été encouragées à continuer leurs activités sur leur sol par les politiques industrielles nationales et les droits de douane, constate Marc Lhermitte.

Depuis les législatives de l’été 2024, la France subit une forte incertitude politique, faisant peser une concurrence plus intense venant de pays d’Europe méridionale et centrale, comme l’Espagne, le Portugal, la Pologne, la Roumanie ou encore la Turquie. Les coûts de ces pays sont plus « compétitifs », et leur réglementation plus « agile », relate l’expert.

Autres données relevées par le baromètre : les quelque 200 investisseurs interrogés par EY entre le 13 février et le 13 mars apprécient la taille du marché français ainsi que sa capacité d’innovation, son énergie décarbonée, ses infrastructures et sa main-d’œuvre. Des lacunes sont toutefois mentionnées : les conditions économiques, la stabilité politique, la compétitivité fiscale, le coût de la main-d’œuvre ainsi que celui de l’énergie. « L’attractivité n’est pas un héritage, une rente de situation dont on pourrait profiter des années durant. Elle doit être construite en permanence », relève EY.

La France deuxième en termes d’emploi

Du côté des emplois annoncés par ces projets, la France a progressé dans le classement en passant de la troisième place à la deuxième en 2025, avec ses 27 921 emplois, se rapprochant considérablement du Royaume-Uni avec ses 28 867 emplois. La baisse des emplois a en effet moins marqué la France que le Royaume-Uni, avec un recul de 4 %, contre 24 % outre-Manche. Le rapport relève que seulement 5 % des projets ont permis à la moitié des emplois d’être générés, spécifiquement dans le secteur de la logistique et du e-commerce.

Dans le secteur de l’industrie, les nouveaux emplois ont de nouveau reculé de 10 %, pour se fixer à 11 109 en tout, contre une baisse de 21 % en Europe. En prenant en compte les destructions d’emplois, EY indique toutefois que seuls 1 376 emplois nets ont été créés, une chute conséquente de 66 %. En plus de cette baisse, la France se singularise par le niveau élevé des réinvestissements étrangers, à hauteur de 62 %, dont une importante part se situe dans l’industrie, à 87 %, permettant le développement d’extensions de sites plutôt que de nouvelles implantations.

En 2026, 57 % des investisseurs estiment qu’il est judicieux d’investir en France, ce qui reste une légère baisse de 5 % comparé à l’année dernière. Et 69 % des investisseurs n’envisagent que dans deux ou trois ans seulement un retour à une situation politique et économique stable dans le pays.