À un an de la fin de son deuxième mandat, Emmanuel Macron se rend au Kenya à l’occasion du sommet Africa Forward, nouvelle déclinaison du sommet Afrique-France. L’Afrique a « besoin d’investissements » plutôt que d’aide publique, des moyens financiers que l’Europe n’est de toute manière plus en capacité de lui fournir en abondance, a déclaré ce lundi 11 mai le président Emmanuel Macron lors du premier jour de l’événement, organisé conjointement avec Paris les 11 et 12 mai. Le sommet est organisé pour la première fois dans un pays anglophone, le Kenya, et s’est ouvert par une journée d’échanges avec la jeunesse ainsi que la société civile avant une journée plus intergouvernementale attendue mardi 12 mai.
« Normalement, ce type de sommet aurait commencé par une rencontre entre les dirigeants français et africains », a affirmé Emmanuel Macron qui veut mettre un point d’honneur à la relation de la France avec les autres pays du continent africain, après de nombreuses années de tensions dans plusieurs ex-colonies francophones, notamment avec le Mali dernièrement. Dans les anciens évènements conjointement organisés par le pays d’accueil et la France, les dirigeants français venaient dire aux Africains : « Voilà ce qui est bon pour vous, on va vous aider », souligne l’hôte du Palais de l’Élysée. « C’est plus du tout ce dont l’Afrique a besoin et ce qu’elle veut entendre », a-t-il estimé, citant son hôte, le président kényan William Ruto.
Un sommet très tourné vers l’investissement
Et « ça tombe bien parce que, nous, on n’a plus totalement les moyens non plus, si on est lucide », a-t-il confié sous une vague de rires dans un amphithéâtre de l’université de Nairobi. Une référence à la baisse de l’aide publique au développement dans une grande partie des pays occidentaux, confrontés à des contraintes budgétaires, dont la France. En 2025, l’aide publique au développement de la France a diminué de 10,9 % et, au niveau des pays membres du Comité d’aide au développement de l’OCDE, elle a chuté de 23,1 %, notamment en raison des coupes drastiques aux États-Unis.
« L’Afrique, elle est en train de réussir » et « elle a besoin d’investissements pour être plus souveraine », a ajouté le président français, qui a placé l’économie et les entreprises au centre du sommet. En clôture du forum des affaires, Emmanuel Macron a annoncé 23 milliards d’euros d’investissements français et africains en Afrique, dont 14 milliards d’investissements français, publics et privés. Le troisième armateur mondial et groupe français CMA CGM, la veille de la prise de parole d’Emmanuel Macron, a signé un « accord de partenariat stratégique » avec le gouvernement kényan dans l’objectif de développer des infrastructures logistiques et de transport, pour un montant de 700 millions d’euros.
« Les entreprises françaises investissent et croient dans le potentiel du Kenya. CMA CGM […] vient de s’engager à […] un investissement de 700 millions d’euros », visant à développer un terminal portuaire dans le sud-est du pays, à Mombasa, afin d’accueillir des navires porte-conteneurs, a déclaré le chef d’État français lors d’une conférence de presse avec son homologue kényan. « Nous avons [⋯] signé un accord créant une joint-venture (coentreprise) pour développer et financer des infrastructures en matière de logistique et de port », a de son côté affirmé le président kényan, William Ruto.
Développer l’intelligence artificielle au Kenya
Ce lundi 11 mai, William Ruto a plaidé pour des investissements, mais cette fois dans l’éducation et les infrastructures. Le président kényan souhaite également que son pays joue un rôle dans la révolution technologique, notamment en termes d’intelligence artificielle. Il a déclaré vouloir s’assurer « que certaines des meilleures entreprises du monde » s’engageraient également en participant avec le Kenya à ce développement. Les deux dirigeants ont aussi expliqué qu’il n’y aurait pas d’IA sans énergie, après la conclusion d’un accord franco-kényan en matière de nucléaire civil.
Emmanuel Macron a estimé que les destins de l’Europe ainsi que de l’Afrique étaient étroitement liés : « Si vous échouez, on n’a aucune chance […] Votre jeunesse quittera (vos pays) et on aura plein de tensions migratoires », a-t-il prévenu. Lors d’un entretien publié ce lundi par le média Jeune Afrique et The Africa Report, le président français a défendu les « vertus » des Européens comme des acteurs partenaires du continent africain, par rapport aux États-Unis et à la Chine. Il a également rappelé avoir « condamné avec force la colonisation » dès 2017, année de son arrivée à la tête du pouvoir. Il a également affirmé : « On ne doit pas non plus exonérer de toute responsabilité les sept décennies qui ont suivi les indépendances » des ex-colonies européennes en Afrique, appelant les dirigeants africains à « améliorer la gouvernance ».
Restituer des œuvres pillées pendant la colonisation
Face aux critiques pointant les ex-puissances occidentales qui ont colonisé les pays africains, Emmanuel Macron assure que « le paradoxe est que les Européens ne sont pas les prédateurs de ce siècle ». « L’Europe défend l’ordre international, le multilatéralisme efficace, l’État de droit, le commerce libre et ouvert », tandis que les États-Unis et la Chine « sont dans une logique de confrontation commerciale », sans respect des règles, a-t-il souhaité rappeler. Il a également dénoncé la « logique prédatrice » de la Chine à propos des minerais et des terres rares sur ce continent, « ce n’est pas ce que nous proposons », a-t-il comparé, défendant une « stratégie d’autonomie pour l’Europe comme pour l’Afrique » pour ne « pas dépendre d’un nouvel empire, quel qu’il soit ».
Enfin, Emmanuel Macron a assuré que le mouvement de restitution par la France des œuvres pillées était « inarrêtable ». « Quand bien même arriverait en France quelqu’un qui voudrait revenir sur les restitutions, je crois qu’il n’y arriverait pas […] même tous les gens qui font souffler les vents mauvais et qui veulent aller vers le repli », a-t-il ajouté, à un an de la fin de son mandat présidentiel. Deux jours plus tôt, le chef de l’État avait promulgué une loi-cadre destinée à faciliter la restitution des œuvres pillées pendant la colonisation et réclamées depuis des années. Adoptée à l’unanimité par le Parlement français, cette loi concrétise une promesse formulée dès 2017 à Ouagadougou, au Burkina Faso.
Tandis qu’Emmanuel Macron approche à grands pas de la fin de son deuxième mandat, les restitutions qu’il avait promises neuf ans plus tôt se comptent sur les doigts d’une main. « C’est le début d’un échange […] Beaucoup d’autres restitutions vont continuer sur la base de cette loi-cadre », a-t-il promis.





