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Zoom sur Signal, l’application de messagerie utilisée par l’administration Trump

Crédit photo : Unsplash

Au mois de mars dernier, le gouvernement Trump a fait l’actualité pour son utilisation de Signal, une application de messagerie, afin de discuter de projets militaires sensibles. Le journal The Atlantic a révélé que Pete Hegseth, Secrétaire de la Défense aux États-Unis, faisait entre autres parties d’un groupe de discussion Signal échangeant au sujet de frappes militaires au Yémen.

Le gouvernement des États-Unis avait déjà déconseillé aux employés fédéraux d’utiliser l’application pour des affaires officielles. Certains experts estiment d’ailleurs que le partage d’informations sensibles relatives à la sécurité nationale sur Signal pourrait être illégal, et des membres du parti démocrate ont demandé l’ouverture d’une enquête. « Si les secrets militaires de notre pays sont colportés dans des groupes de messagerie non sécurisés, nous devons en être informés immédiatement », a déclaré Chuck Schumer, sénateur démocrate de l’État de New York, devant le Sénat.

Signal est certes l’une des plateformes de messagerie les plus sécurisées pour le grand public, mais des experts en cybersécurité estiment que l’application ne devrait pas être utilisée pour des communications aussi sensibles. Selon Michael Daniel, président et PDG de l’organisation caritative Cyber Threat Alliance et coordinateur de la cybersécurité sous Barack Obama : « Signal est une application très robuste : de nombreux professionnels de la cybersécurité l’utilisent pour des communications qui doivent être protégées. Mais elle reste moins sécurisée que les canaux de communication gouvernementaux. L’utilisation de canaux de ce genre augmente le risque d’incident ».

 

Les atouts de Signal

L’application a été lancée en 2014, avec l’objectif de créer une plateforme de messagerie confidentielle à l’ère de la surveillance de masse. Les conversations sur Signal sont en effet protégées par un chiffrement de bout en bout, une technique qui rend extrêmement complexe l’interception ou le décryptage de messages privés par un tiers. Si les autres outils de messagerie peuvent collecter des données personnelles, Signal se targue de protéger les informations de ses utilisateurs telles que les contacts, la fréquence des conversations et leur durée.

L’application possède aussi d’autres fonctionnalités de confidentialité, comme la disparition des messages après une période définie et le blocage des captures d’écran. Les données de Signal sont par ailleurs stockées sur l’appareil des utilisateurs, et non sur des serveurs. Meredith Whittaker, présidente de Signal, déclarait à Time en 2022 : « Notre objectif est que chacun dans le monde puisse prendre son appareil et, sans se poser de question ou même sans engagement idéologique de confidentialité, utiliser Signal pour communiquer avec n’importe qui ».

Depuis quelques années, Signal est utilisé par des dissidents politiques et militants dans le monde entier pour garantir la confidentialité de leurs conversations vis-à-vis de leurs opposants ou des autorités. En Ukraine, l’ambassade des États-Unis à Kiev décrit Signal comme un outil essentiel pour assurer des communications sécurisées, rapides et facilement accessibles. Selon Business of Apps, l’application comptait 70 millions d’utilisateurs en 2024.

 

Utilisation gouvernementale

L’utilisation de Signal à des fins gouvernementales est en revanche plus contestée. En 2021, le Pentagone avait réprimandé un ancien officiel pour son utilisation de Signal, l’accusant de ne pas respecter le Freedom of Information Act (qui décrète que le gouvernement est dans l’obligation légale de conserver les données fédérales). The Atlantic a néanmoins révélé par la suite que les conversations des membres de l’administration Trump étaient paramétrées pour disparaître après une période déterminée.

Michael Daniel, de la Cyber Threat Alliance, déclare toutefois avoir été surpris d’apprendre que des officiels hauts placés utilisaient Signal alors que des canaux de communication gouvernementaux plus sécurisés sont à leur disposition. De manière générale, aux États-Unis, pour échanger des informations sensibles, les membres du gouvernement doivent se rendre dans des zones sécurisées, appelées Sensitive Compartmented Information Facilities (SCIF), ou utiliser SIPRNet, un réseau sécurisé utilisé par le département de la Défense et le département d’État.

L’expert en cybersécurité soutient que l’utilisation d’outils gouvernementaux aurait permis d’éviter l’incident révélé par The Atlantic : une simple erreur humaine, puisqu’un tiers a été ajouté par erreur dans un groupe de conversation. Il estime par ailleurs que les canaux gouvernementaux ont un « niveau d’authentification largement supérieur » afin de confirmer le droit d’accès de leurs utilisateurs.

Dave Chronister, PDG de l’entreprise de cybersécurité Parameter Security, affirme quant à lui que les réseaux de communication sur mesure du gouvernement permettent d’éviter les tentatives de phishing ou de logiciels malveillants par des intrus ou hackers pour obtenir des informations. Il précise : « Si quelqu’un utilise un téléphone portable, je ne sais pas qui pourrait regarder par-dessus son épaule pour voir ce qu’il tape, sans parler du fait que je ne sais pas ce qui se trouve sur cet appareil ».

Il ajoute que l’utilisation par l’administration Trump de Signal plutôt que de canaux internes empêche le gouvernement d’identifier correctement et de contenir toute faille une fois qu’elle s’est produite : « Des données pourraient être publiques sans que nous sachions qu’elles ont été compromises. Si des officiels utilisent Signal, je me demande ce qui est fait au quotidien, et j’ai bien peur que les retombées ne soient plus sévères que prévu ».

Signal n’a pas souhaité répondre aux demandes de Time à ce sujet.

 

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