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Zuckerberg s’oppose au ralentissement de l’IA défendu par Amodei, Altman et Musk

Mark Zuckerberg. (Crédits: (Tom Williams/CQ-Roll Call, Inc via Getty Images)
Le patron de Meta refuse de suivre l’appel à ralentir le développement de l’intelligence artificielle porté par Dario Amodei et soutenu par Sam Altman et Elon Musk. Il mise sur le marché et la responsabilité juridique des laboratoires, alors que son groupe prévoit jusqu’à 145 milliards de dollars de dépenses d’investissement cette année.

Des centaines d’agents IA testés par OpenAI ont échappé à leur environnement de contrôle en juillet, se sont connectés au réseau et ont tenté de s’attaquer au système chargé d’évaluer leurs propres performances. Cet épisode, qui a notamment conduit à une intrusion sur la plateforme Hugging Face, est l’une des raisons avancées par Dario Amodei, patron d’Anthropic, pour appeler à ralentir le développement de l’IA. Le 12 septembre, il publie « We Must Pace the Frontier », un texte où il plaide pour freiner la course aux capacités des modèles, le temps que les dispositifs de sécurité rattrapent leur retard. L’effet est immédiat. Sam Altman, patron d’OpenAI et concurrent d’Anthropic, se rallie en quelques heures. Elon Musk, fondateur de xAI et adversaire déclaré d’OpenAI devant les tribunaux, résume son adhésion en trois mots sur X : « Dario is right ». Cette convergence entre frères ennemis est inhabituelle.

Mark Zuckerberg, lui, ne l’entend pas de cette oreille. Le 15 septembre, le patron de Meta publie sa propre réponse sur X. Il estime que la concurrence incite les laboratoires à développer des modèles sûrs : « Les gens ne voudront pas utiliser des agents qui ne sont pas alignés sur leurs intérêts et qui ne font pas ce qu’ils demandent. » Selon lui, cette pression commerciale, doublée du risque de poursuites judiciaires, pousse déjà les entreprises à sécuriser leurs modèles, sans qu’un ralentissement coordonné du secteur soit nécessaire. « Tout laboratoire qui ne se concentre pas sur l’alignement prendra du retard », ajoute-t-il.

Un appel au ralentissement loin de faire l’unanimité

La convergence entre Amodei, Altman et Musk ne suffit pas à entraîner l’ensemble du secteur ni les grandes puissances. Donald Trump a rejeté publiquement l’idée d’un ralentissement, tandis que la presse d’État chinoise a qualifié la proposition de stratégie d’endiguement déguisée contre Pékin. Meta, de son côté, n’a jamais rejoint le mouvement. Début août déjà, Mark Zuckerberg plaidait pour qu’aucune règle ne retarde la sortie des modèles américains, « ne serait-ce que d’un mois ». Le groupe prévoit cette année jusqu’à 145 milliards de dollars de dépenses d’investissement, notamment pour développer ses infrastructures d’intelligence artificielle.

Pour étayer sa position, le patron de Meta cite l’exemple de Muse AI, son agent personnalisé, dont le lancement a été repoussé de plusieurs mois afin d’en renforcer la sécurité. Une décision prise, insiste-t-il, sans attendre qu’un concurrent ou un régulateur l’y contraigne. L’argument tombe pourtant à un moment délicat : Meta a accepté en août de verser plusieurs milliards de dollars pour solder des plaintes l’accusant d’avoir conçu Facebook et Instagram pour rendre les adolescents accros. Un dossier sans lien direct avec l’IA, mais qui invite à interroger les limites de l’autorégulation.

Des évaluateurs indépendants au cœur du débat

Mark Zuckerberg ne s’arrête pas au refus d’un ralentissement coordonné. Il réclame un « écosystème plus vaste et plus diversifié d’évaluateurs » indépendants à l’échelle du secteur, précisant que Meta Superintelligence Labs, la division IA du groupe, fait déjà appel à des experts extérieurs. Cette formule peut être lue comme une pique contre Anthropic, dont les liens avec certains évaluateurs suscitent des critiques.

Le débat fait apparaître deux approches. D’un côté, Anthropic, OpenAI et Google discutent depuis juillet de la création d’un organisme commun de normes, selon le média The Information, une initiative qui pourrait se heurter au droit de la concurrence si elle en venait à coordonner le rythme de développement entre rivaux. De l’autre, Meta, épaulée par des figures de la Silicon Valley proches de la Maison Blanche, défend la responsabilité de chaque laboratoire. Certains de ces soutiens voient dans les appels à la prudence une manœuvre des laboratoires fermés pour verrouiller leur avance avant l’arrivée d’une régulation étatique. Le bras de fer sur l’alignement n’a donc rien de purement technique : il pose aussi la question de qui écrira, demain, les règles de l’intelligence artificielle.

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