Les patrons de l’IA se sont-ils trompés ? Les dirigeants de Nvidia et d’OpenAI se montrent désormais moins pessimistes concernant l’impact que l’intelligence artificielle pourrait avoir sur l’emploi. Lors d’une visioconférence organisée mardi 26 mai par la Commonwealth Bank of Australia, le patron d’OpenAI, Sam Altman, a reconnu avoir été « plutôt dans le faux » sur les implications sociales et économiques de l’IA. Selon lui, les conséquences de l’essor de cette technologie sur l’emploi n’ont, pour le moment, pas été aussi importantes que ce qu’il avait anticipé.
Sam Altman assume s’être « trompé » au sujet de l’IA
Sam Altman a expliqué lors de sa prise de parole avoir été persuadé « que davantage d’emplois de bureau débutants auraient été éliminés à ce stade », tout en se disant « ravi » de s’être « trompé à ce sujet ». « Je ne pense pas que nous connaîtrons le type d’apocalypse de l’emploi que certaines entreprises de notre secteur prédisent ou évoquent », a-t-il estimé. Pourtant, le PDG d’OpenAI avait précédemment évoqué le risque de suppressions massives d’emplois provoquées par cette technologie. Mais alors que l’opinion publique se montre de plus en plus critique envers l’IA, plusieurs dirigeants du secteur adoptent désormais un discours plus mesuré sur son impact à venir sur le marché du travail.
Jensen Huang, le patron de Nvidia, et Sam Altman, celui d’OpenAI, ont tous deux alerté par le passé sur l’impact potentiellement massif de l’IA sur le marché du travail. Ils insistent aujourd’hui davantage sur le fait que les effets observés à court terme restent plus limités que prévu. Selon eux, certaines entreprises attribuent aussi trop facilement à l’IA des réductions d’effectifs qui relèvent parfois d’autres logiques de restructuration.
Des milliers de salariés licenciés d’ici 2030
Interrogé par la chaîne singapourienne Channel News Asia, Jensen Huang a estimé que les patrons qui annoncent licencier leurs salariés en les remplaçant par de l’IA utilisent un discours « paresseux » :
« L’IA vient tout juste d’arriver, comment pourrait-elle déjà détruire des emplois ? », a-t-il notamment affirmé. « L’IA est devenue productive et utile il y a tout juste six mois, et ils ont commencé à licencier à cause de cette technologie il y a plus de deux ans ? Ça n’a aucun sens », a-t-il également avancé.
Le directeur général de Nvidia fait partie du camp qui juge que l’intelligence artificielle pourrait, à terme, créer plus d’emplois qu’elle n’en détruira. « Ils veulent juste faire les intéressants, je déteste ça. Je pense que l’on effraie les gens et c’est irresponsable », a-t-il encore estimé. La banque britannique Standard Chartered fait partie des entreprises ayant récemment annoncé un plan de réduction d’effectifs lié à l’automatisation et à l’IA. Elle prévoit de supprimer plus de 7 000 postes d’ici 2030, principalement dans ses fonctions support.
Temporiser le débat pour séduire les investisseurs ?
Lors d’une conférence organisée à Sydney, en Australie, Sam Altman a présenté son mea culpa, assurant que l’IA ne « provoquera pas l’apocalypse de l’emploi annoncée par certaines entreprises de notre secteur ».
« Je m’attendais à un impact plus important sur les emplois de bureau débutants que ce que nous avons observé. […] C’est un domaine dans lequel mon intuition était à côté de la plaque », a-t-il reconnu.
Son principal concurrent actuel, Dario Amodei, qui dirige Anthropic, conserve de son côté une ligne plus alarmiste. Il avait notamment estimé que l’IA pourrait faire disparaître jusqu’à la moitié des emplois de bureau débutants dans les prochaines années et faire grimper le chômage aux États-Unis. Face à cette prise de position, Jensen Huang s’est montré très critique, affirmant être « en désaccord avec presque tout ce qu’il dit ».
Ce changement de ton intervient alors que plusieurs géants de l’IA, dont OpenAI et Anthropic, préparent ou envisagent une entrée en Bourse. Pour y parvenir, ils doivent convaincre les investisseurs, mais aussi éviter de nourrir un rejet trop fort de l’IA, en particulier aux États-Unis. Pour l’instant, certaines institutions économiques, comme la Banque centrale européenne, observent que les effets de l’IA sur l’emploi restent encore limités à court terme. Dans une note publiée en mars, la BCE estimait même que les entreprises européennes qui utilisent intensivement l’IA ont, en moyenne, plutôt tendance à embaucher qu’à licencier, tout en soulignant que l’impact à plus long terme reste incertain.





