L’acteur et réalisateur américain Matthew McConaughey a déposé auprès des extraits vidéos et audio de lui pour se protéger face aux dérives de l’intelligence artificielle. L’« IA sauvage » décrit l’utilisation non régulée, non autorisée et gratuite des caractéristiques humaines. L’acteur connu pour ses rôles devenus des références comme dans Interstellar ou encore Dallas Buyers Club a enregistré plusieurs contenus vidéos avant de les déposer avec des images et des enregistrements de sa voix auprès de l’institut américain de la propriété intellectuelle, a constaté l’AFP ce jeudi 15 janvier.
Au cours des derniers mois, l’acteur a déposé huit dépôts de marque rassemblant ses expressions du visage, sa voix ou encore certaines de ses répliques cultes comme « Alright alright alright ». Ces vidéos et audios ont été enregistrés par la branche commerciale d’une fondation créée par le comédien et son épouse Camila dans la base de données de l’United States Patent and Trademark Office (USPTO). C’est ce qu’ont confirmé ses avocats du cabinet Yorn Levine ce mercredi 14 janvier au média Variety. L’objectif pour l’acteur est de se protéger des dérives de l’intelligence artificielle et de ses utilisations abusives à des fins diffamatoires ou commerciales. Le comédien oscarisé s’assure en brevetant son image d’être rémunéré si un outil d’intelligence artificielle utilisait ces extraits.
Hollywood engagé contre l’IA ?
Matthew McConaughey n’est pas la seule personnalité hollywoodienne à s’inquiéter de l’utilisation excessive et illégale de son image par l’intelligence artificielle. L’acteur américain Tom Hanks avait récemment alerté ses fans après la diffusion d’une fausse publicité pour une assurance dentaire, dans laquelle l’IA l’avait recréé sans son consentement. Scarlett Johansson est elle aussi engagée depuis plusieurs années contre l’utilisation par l’intelligence artificielle de son image sans son accord. En 2023, l’actrice a entrepris des poursuites judiciaires contre l’application Lisa AI. La plateforme avait recréé avec des « deepfake » de l’actrice une publicité en reprenant le timbre de sa voix. En 2024, l’actrice avait également accusé la plateforme OpenAI d’avoir copié sa voix sur une tonalité vocale de la version 4.0 de ChatGPT. La plateforme avait peu de temps après, suspendu l’une des tonalités nommée « Sky ».
La chanteuse Taylor Swift a également subi l’utilisation d’images artificielles à son insu. En janvier 2024, une vague de « deepfake » reprenant des images pornographiques avec le visage de la chanteuse inonde les réseaux sociaux, notamment sur X. Une de ces images a notamment été vue plus de 45 millions de fois avant d’être bannie de l’application. Ses fans, les « Swifties », s’étaient lancés dans une riposte numérique pour arrêter la propagation de ces fausses images de leur idole.
Une croisade juridique
Depuis, plusieurs États américains ont adopté des textes qui s’appliquent à l’utilisation malveillante ou à des fins commerciales de l’intelligence artificielle. L’ELVIS Act (Ensuring Likeness Voice and Image Security Act), voté par le parlement local du Tennessee en 2024, est l’un des seuls textes votés qui offrent une protection plus générale. En 2025, Scarlett Johansson a activement soutenu des projets de lois aux États-Unis, notamment le NO FAKES Act, inspiré du modèle du Tennessee. Ce texte vise à créer un droit fédéral qui permettrait de protéger plus concrètement le visage et la voix des individus contre les répliques numériques générées par l’IA. Comme Matthew McConaughey, l’actrice souhaite avant tout que la loi garantisse une protection renforcée du droit à l’image.
Néanmoins, bien que Matthew McConaughey cherche à se protéger contre l’usage sauvage de l’IA, l’acteur ne s’oppose pas pour autant à la technologie en tant que telle. Depuis novembre 2025, Matthew McConaughey et son épouse ont conclu un accord avec ElevenLabs, une start-up spécialisée dans la reproduction vocale par IA, dans laquelle il investit depuis 2022. Récemment, l’entreprise a créé une version audio générée par intelligence artificielle de la voix de Matthew McConaughey, avec son accord. Son avocat, Kevin Yorn, explique la démarche derrière cet investissement : « Nous voulons nous assurer que nos clients bénéficient de la même protection que leurs sociétés » et « qu’ils [puissent] être rémunérés pour l’utilisation de leur voix et de leur image par cette nouvelle technologie ».





