Lors du match des huitièmes de finale de la Coupe du monde opposant la France au Paraguay, le 4 juillet à Philadelphie, 250 ans après la signature de la Déclaration d’indépendance à environ 3 miles du stade de Philadelphie, David Thompson arborait dans les tribunes les couleurs américaines : rouge, blanc et bleu. Mais il portait également sur les deux joues un maquillage représentant le drapeau national français. « Je savais que ça allait être notre 250e anniversaire, et tout le monde connaît l’histoire de l’aide apportée par les Français aux États-Unis pour combattre les Britanniques ; ça me semblait donc logique de venir ici pour soutenir l’équipe de France », explique David, 42 ans, consultant en politique éducative à Austin, au Texas. « Il y a beaucoup d’Américains en maillot américain dans ce stade aujourd’hui, et je pense que nous sommes tous vraiment impatients de voir la France, puis d’aller admirer de superbes feux d’artifice à Philadelphie. On ne pense pas assez à l’histoire : qui sont nos amis, et qui on devrait soutenir dans le sport. »
Un important groupe de supporters paraguayens était présent, mais les partisans de la France comme Thompson – qu’ils portent des maillots des Bleus ou ceux aux couleurs des États-Unis – sont repartis satisfaits de cette fête du football du 4 juillet. La France a résisté au jeu physique du Paraguay pour battre « La Albirroja, les Rouge et Blanc », 1-0, et se qualifier pour affronter le Maroc, qui a battu le Canada 3-0 samedi, en quart de finale le 9 juillet à Foxboro, dans le Massachusetts. La superstar Kylian Mbappé a transformé un penalty à la 70e minute pour faire la différence. Mbappé est désormais à égalité avec Lionel Messi en tête du classement des buteurs de la Coupe du monde, avec 7 buts. Messi disputera les huitièmes de finale le 7 juillet contre l’Égypte, à Atlanta.
Les supporters qui s’attendaient à une brillante attaque française dans la fournaise du Philadelphia Stadium avaient de quoi être déçus. Les Bleus avaient inscrit au moins trois buts lors de chacun de leurs quatre matchs de Coupe du monde avant cette rencontre contre le Paraguay, tout en dominant leurs adversaires (le Sénégal, l’Irak, la Norvège et la Suède) sur le score cumulé de 13 à 2. Le Paraguay, quant à lui, avait pour objectif de limiter les occasions françaises par tous les moyens nécessaires, même si cela impliquait de faire tomber les joueurs français au moindre contact et à la moindre occasion.
La France a contrôlé la possession du ballon pendant 76 % du match et a dominé le Paraguay 15-5 au nombre de tirs. Il a pourtant fallu un joli jeu de jambes en seconde mi-temps de la part du remplaçant Désiré Doué, entré en jeu à la 61e minute, pour sceller la victoire. Doué a slalomé entre quatre joueurs paraguayens avant qu’un contact de Diego Gomez ne l’envoie au sol ; après consultation de l’arbitrage vidéo (ou VAR), un penalty a été accordé à la France. Ousmane Dembélé, lauréat du Ballon d’Or 2025, a pris le ballon dans la surface de réparation alors qu’une demi-douzaine de joueurs paraguayens l’entouraient, tentant de le déstabiliser. Dembélé a ri. Mais c’est bien sûr Mbappé qui allait tirer. Il s’est approché du ballon, a hésité un instant, puis l’a glissé à l’intérieur du poteau droit, tandis que le gardien paraguayen, Orlando Gill, qui mesure 2 mètres, plongeait dans la direction opposée.
« Nous avons montré que nous ne sommes pas seulement une équipe capable de pratiquer un football offensif », a déclaré Mbappé après le match. « S’il faut mettre les mains dans le cambouis, nous le ferons. »
Les histoires de Cendrillon, c’est bien beau. Mais les tactiques brutales du Paraguay sont contraires à l’image du « beau jeu » que véhicule le football. Le Paraguay, qui s’était incliné 4-1 face aux États-Unis lors de la phase de poules, mérite d’être salué pour avoir donné du fil à retordre à la France. Mais ce n’est pas un outsider sympathique comme, par exemple, le Cap-Vert, cette petite nation qui a égalisé à deux reprises face à l’Argentine lors d’un match mémorable des seizièmes de finale vendredi, avant de s’incliner 3-2. Le Paraguay n’a conquis ni les cœurs ni les esprits. La Coupe du monde est meilleure avec la France. Et ce sentiment prévalait en ce Jour de l’Indépendance, surtout dans la Ville de l’Amitié Fraternelle. Le Français Marie-Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier de Lafayette, mieux connu aux États-Unis sous le nom de marquis de Lafayette, a combattu aux côtés des Américains dans leur quête de liberté, puis a convaincu le roi Louis XVI de soutenir la cause américaine en lui fournissant des armes, des soldats et de l’argent. Benjamin Franklin, figure emblématique de Philadelphie, a lui aussi contribué à convaincre la France d’apporter son soutien. Elle a été le premier pays à accorder officiellement sa reconnaissance diplomatique à la République américaine naissante. Et une flotte commandée par l’officier de marine français François Joseph Paul de Grasse a aidé les États-Unis à remporter la bataille décisive de Chesapeake en 1781.
Sans la France, les États-Unis ne célébreraient peut-être pas leur 250e anniversaire et n’accueilleraient pas un match de la Coupe du monde de football à Philadelphie, ni dans aucune autre ville. « C’est aussi une façon de leur rendre la pareille pour ce qu’ils ont fait pour nous il y a 250 ans », souligne David Thompson. « Le moins que je puisse faire, c’est de les encourager depuis les tribunes. » Il soutiendra l’équipe américaine lundi, face à la Belgique. Il raconte qu’il joue au football depuis l’âge de 4 ans, mais qu’il n’avait pas eu l’occasion d’assister à la Coupe du monde de 1994, car sa famille n’en avait pas les moyens.
« Être ici, voir Mbappé marquer », s’exclame-t-il, « c’est un rêve qui devient réalité. »
- Article issu de TIME US - Traduction TIME France





