Parmi vos amis, vous avez sans doute dans votre tête une liste de ceux qui vous ont irrité(e) avec le temps : celui sur qui on ne peut pas compter, celui qui exagère tout le temps, celui qui vous considère comme son psy… Mais vous en oubliez sans doute que vous êtes, vous aussi, sur la liste de certains d’entre eux.

C’est difficile à accepter, en particulier en amitié, car vos amis ne vous le diront presque jamais. « Nous avons naturellement tendance à servir nos propres intérêts », explique Andrea Bonior, psychologue clinicienne à Washington et auteure de The Friendship Fix. « Nous nous accordons le bénéfice du doute plus que nous le devrions ». En couple, un partenaire peut chercher la dispute, un frère ou une sœur peut vous interpeller, mais un ami est plus susceptible de simplement distendre les liens. Et vous ne saurez peut-être jamais pourquoi.

C’est pour cette raison qu’il est absolument essentiel de faire une introspection pour préserver vos amitiés. Voici les schémas que les experts conseillent de chercher chez vous-mêmes.

Vous n’êtes présent(e) que quand vous avez besoin de quelque chose

L’une des meilleures manières de dégrader une amitié est de donner l’impression à vos amis qu’ils sont une solution de secours : utile seulement en cas d’urgence.

Bien avant de devenir psychosociologue à l’université du Massachusetts à Dartmouth, Mahzad Hojjat a elle-même fait l’expérience de cette dynamique. Lorsqu’une amie venait chez elle au lycée, elle raconte avoir eu l’impression que cette amie voulait quelque chose en retour, et c’était le cas. L’auteure de The Psychology of Friendship explique : « Je savais que ce n’était pas une vraie amie, c’était une relation à sens unique ».

Andrea Bonior précise que les comportements transactionnels sont fréquents dans les amitiés adultes. « C’est comme le cliché du fils ou de la fille qui appelle ses parents seulement quand il a besoin d’argent ». Demandez-vous si vous êtes ce genre d’ami(e) pour quelqu’un d’autre. La psychologue conseille souvent de poser une question diagnostique : quand avez-vous pris contact simplement pour prendre des nouvelles pour la dernière fois ? Si vous n’arrivez pas à vous en souvenir, votre ami(e) s’en souvient probablement.

Vous n’êtes pas proactif(ve)

Si vous êtes toujours l’ami(e) invité(e), mais que vous n’invitez jamais, Andrea Bonior conseille de se demander honnêtement pourquoi. Elle dit entendre souvent les mêmes excuses : mon appartement est trop petit, je n’aime pas recevoir du monde, je ne sais pas m’organiser.

Mais aucune de ces excuses ne tient vraiment la route. « L’amitié, c’est en partie prendre l’initiative et montrer que vous tenez à l’autre. Si vous ne voulez pas les inviter chez vous, vous pouvez très bien leur proposer d’aller déjeuner dehors », ajoute-t-elle.

Si votre ami est toujours responsable de l’organisation des dîners, de la prise de nouvelles et de la survie de la relation, prenez conscience de cet effort. Andrea Bonior suggère une phrase du type : « J’aimerais savoir mieux m’y prendre. Je veux que tu saches à quel point j’apprécie le fait que tu organises nos sorties ». Si vous ne le faites pas, votre ami pourrait en conclure que la relation compte moins pour vous que pour lui.

Vous ramenez toujours la conversation à vous

Andrea Bonior estime que plusieurs versions de ce schéma existent et qu’elles sont tout aussi épuisantes. Que ce soit celui qui exagère tout, celui qui vous entend parler de votre semaine stressante et qui ne peut pas s’empêcher d’en rajouter une couche en parlant de la sienne, celui qui ne laisse jamais les autres finir leurs phrases ou encore celui qui ne s’intéresse jamais à la vie des autres. « J’ai souvent des patients qui me disent qu’ils ont passé deux heures avec un ami à l’écouter et que ce dernier n’a pas posé une seule question. »

Il est toutefois difficile de s’en rendre compte sur le moment. La psychologue propose par exemple une « autopsie conversationnelle ». L’objectif n’est pas de se flageller après chaque discussion, mais de les étudier avec curiosité. Si vous venez de raccrocher d’un appel vidéo ou d’accueillir des amis pour le brunch, posez-vous quelques questions : à quel moment avez-vous centré la conversation sur vous ? Votre ami a-t-il abordé des sujets sur lesquels vous n’avez pas rebondi ? Lui avez-vous coupé la parole ? À quel moment s’est-il arrêté de parler ? La prochaine fois, vous saurez à quoi prêter attention.

Vous êtes du genre à faire faux bond

Annuler une sortie, ça arrive à tout le monde. Le problème, c’est quand vos amis se mettent à partir du principe que vous ne viendrez jamais.

D’après Miriam Kirmayer, psychologue clinicienne à Montréal spécialisée en amitiés adultes, à force de vous défiler, vous perturbez la dynamique émotionnelle de votre amitié à une vitesse surprenante. Lorsque quelqu’un annule à la dernière minute en permanence, ne vous répond pas pendant plusieurs jours ou considère vos projets comme facultatifs, ses amis n’ont plus l’impression d’être une priorité et finissent ainsi par cesser de l’inviter.

La plupart des gens concernés ne cherchent pas à mal. Ils sont souvent surchargés, ils souffrent d’anxiété sociale, ils évitent le conflit ou acceptent sur le moment en ayant vraiment l’intention de venir. Miriam Kirmayer suggère : « Demandez-vous ce qui sous-tend ce comportement, c’est très utile et cela pourrait vous aider à trouver une solution ».

Vous traitez vos amis comme vos psychologues bénévoles

Certes, l’amitié implique du soutien, mais entre se livrer à un ami et le traiter comme une hotline d’urgence permanente, le fossé est grand.

L’une des meilleures manières d’éviter de submerger une personne est simple : demandez-lui l’autorisation avant de vous confier. C’est ce que conseille Marisa Franco, psychologue à Washington et auteure de Worth: The New Science of Self-Esteem and Secure Attachment. « Vous pouvez très bien demander à votre ami s’il est apte à vous écouter. »

Cette simple confirmation peut avoir plus d’importance qu’on ne le croit, puisqu’elle indique à votre ami que vous le voyez comme une personne parcourue par des émotions, pas simplement comme un réceptacle pour vos sentiments.

Et si vous avez l’impression de vous être beaucoup reposé(e) sur une personne récemment, Marisa Franco recommande de le reconnaître directement : « J’ai l’impression de m’être beaucoup appuyé(e) sur toi pour pas mal de choses, je me demande si je ne t’ai pas submergé(e). »

Vous n’arrivez pas à vous réjouir des succès de vos amis

Si les bonnes nouvelles de vos amis vous font parfois tressaillir, vous savez déjà de quoi il s’agit ici. Andrea Bonior constate régulièrement cette dynamique, en particulier chez les plus perfectionnistes. « Il y a toujours une forme de compétition, et ils finissent par adopter un comportement passif-agressif. Ils ne souhaitent plus le meilleur pour leur ami. »

Mahzad Hojjat souligne qu’une pointe de jalousie est naturelle, mais que cela ne vous donne pas tous les droits. « Il faut que ça reste sous contrôle ». En effet, la promotion ou les fiançailles d’un ami méritent une réaction sincère, pas un simple « Waouh, bravo ». Elle recommande de garder à l’esprit que les succès de nos amis ne sont pas un jugement sur notre vie : leur promotion ne s’est pas faite au détriment de la vôtre. Elle ajoute que les amis capables de célébrer les réussites avec vous sans réserve sont rares, faites donc en sorte d’en être pour vos proches.

Vous ghostez vos amis pour éviter les conversations difficiles

Au début, le ghosting était réservé aux lendemains de rendez-vous infructueux, mais c’est désormais devenu une réaction par défaut en amitié. Marisa Franco estime que c’est un problème : « Certains comportements qui se sont normalisés en amitié, comme le ghosting ou le fait de bloquer quelqu’un, ne sont ni utiles ni sains dans des amitiés intimes à long terme. »

Souvent, l’intention n’est pas malveillante. Certains se convainquent même qu’ils épargnent l’autre : « Ils pensent que ne pas être honnête est un acte de gentillesse », ajoute-t-elle. Pourtant, le silence est rarement la solution. En face, votre ami peut avoir l’impression « de ne pas avoir de conclusion et de ne pas comprendre ce qu’il s’est passé ».

Si vous êtes tenté(e) de disparaître sans prévenir un ami, la psychologue suggère de retourner la situation et de vous demander : « Aimeriez-vous que votre ami prenne des distances sans vous dire quel est le problème ? » Peu parmi nous approuveraient. Au contraire, vous pourriez réaliser à quel point cette méthode est cruelle et froide, pire que n’importe quelle conversation honnête.

La décision la plus saine serait de parler de ce qui pose problème. Tentez par exemple : « Je me suis senti(e) incompris(e) à tel moment… » Marisa Franco est formelle : « L’expression transparente du conflit, avec empathie, apporte bien plus d’intimité dans une amitié ».

Vous prenez les remarques de vos amis comme une attaque personnelle

Quand un ami trouve le courage de vous dire qu’un de vos actes l’a blessé, comment réagissez-vous ? Si votre premier réflexe est de balayer ses propos d’un revers de main ou de vous plaindre, prenez cela comme un signe.

« Très souvent, nous nous fermons aux moments de feedback parce que nous les vivons comme un rejet, ou parce que nous ne les laissons tout simplement pas nous atteindre », explique Miriam Kirmayer. « Nous nous disons que ça les concerne eux, pas nous. »

Au contraire, apportez une réponse plus adaptée : « C’est difficile à entendre, mais j’apprécie vraiment que tu m’en parles, parce que ça m’aide à mieux te comprendre. Je ne sais pas exactement quelle sera ma réaction, mais je veux que tu saches que je vais y réfléchir. »

Miriam Kirmayer ajoute que vous n’avez pas besoin d’être d’accord immédiatement, mais que vous devez simplement accepter le commentaire sans faire regretter à votre ami de vous en avoir parlé.

Vous parlez de vos amis dans leur dos

Déverser son ressenti est une chose, mais fonder des amitiés sur le dénigrement d’autrui en est une autre. D’après Andrea Bonior, les gens finissent par réaliser que chaque conversation semble tourner autour de l’analyse critique du comportement de quelqu’un d’autre.

« Si la moitié de vos conversations avec vos amis consistent à colporter des ragots sur d’autres personnes, vos amis vont finir par faire le rapprochement », explique-t-elle. « Ils vont se dire que vous parlez sûrement d’eux dans leur dos aussi. »

Une fois qu’ils se mettront à se douter de ce que vous dites dans leur dos, ils cesseront de vous confier quoi que ce soit de sincère.

Vous attendez de vos amis qu’ils aient les mêmes envies que vous

C’est un écueil particulièrement difficile à repérer, car il se cache souvent sous le masque de l’inquiétude. Mettons qu’un de vos amis perde son emploi et décide de déménager à l’autre bout du pays, et qu’au lieu de réagir avec curiosité, vous lui disiez : « Comment est-ce que tu peux faire ça ? » Vous pensez peut-être l’aider à éviter de faire une erreur, ou peut-être que ses décisions font naître en vous des craintes que vous ne toléreriez jamais dans votre propre vie. Quoi qu’il en soit, ce que votre ami perçoit, c’est assurément un jugement.

« Il faut donner à nos amis l’autonomie de choisir leur vie, plutôt que les juger parce qu’ils ne choisissent pas celle que nous pensons être la mieux pour eux », explique Marisa Franco.

Lorsque les amis se sentent évalués plutôt qu’acceptés, ils commencent naturellement à se cacher. « Ils se sentent jugés, ont envie de se cacher. Ils ont la sensation de ne pas pouvoir s’ouvrir suffisamment dans cette amitié », explique-t-elle. Ils cessent de se sentir compris, voire libres d’être eux-mêmes en votre présence. « Cela leur donne l’impression que vous ne leur faites pas confiance, ou que vous ne les comprenez pas. Et pour être honnête, c’est probablement le cas. »

Vous restez en surface, car la vulnérabilité vous fait peur

C’est un fait : on peut avoir de nombreuses amitiés et se sentir quand même seul(e) dans chacune d’entre elles. Andrea Bonior observe souvent ce phénomène avec des gens qui « passent d’une relation superficielle à l’autre, sans que cela ne mène nulle part ».

Bien souvent, le problème n’est pas un manque de sociabilité, mais bien un manque d’honnêteté. « Les gens ne parviennent pas à instaurer la confiance et ne se montrent pas tels qu’ils sont vraiment. En conséquence, personne ne les voit et ne les connaît vraiment », explique-t-elle. « Ils évitent de se dévoiler aux autres. Ils évitent de se montrer vulnérables. Ils évitent de demander de l’aide. Et l’amitié, elle, stagne. »

De l’extérieur, ces amitiés peuvent sembler épanouies : SMS incessants, discussions de groupe, brunchs tous les week-ends. Mais une véritable intimité implique généralement de faire un premier pas émotionnel.

« Faites tomber votre masque et montrez-vous tel que vous êtes vraiment. » Et si vous vous sentez exposé(e), c’est bon signe : c’est le premier pas vers l’intimité.