Ads

Édition française du magazine TIME – Abonnement 1 an 4 n°, 41 € (économisez 10%)

Les visages des présidentielles 2027 : Marine Le Pen, dédiaboliser pour mieux gouverner

(Crédits: Thierry NECTOUX/Gamma-Rapho via Getty Images)
Elle a exclu son propre père, changé le nom du parti, adouci le discours : Marine Le Pen a passé quinze ans à rendre le vote RN respectable. En 2026, à quelques mois de sa quatrième présidentielle, c'est sa propre candidature qui vacille devant la justice.

Un bracelet électronique d’un côté, une candidature confirmée en direct sur TF1 de l’autre : le 7 juillet 2026, Marine Le Pen a vécu en quelques heures le résumé de sa carrière politique. Condamnée en appel dans l’affaire des assistants parlementaires européens du FN à trois ans de prison, dont un an ferme aménageable sous surveillance électronique, à 100 000 euros d’amende et à une peine d’inéligibilité ramenée à 45 mois, dont 30 avec sursis, elle a immédiatement annoncé qu’elle irait jusqu’au bout : « Je suis candidate. » Elle s’est depuis pourvue en cassation, ce qui suspend l’exécution de sa peine. Reste que la question qui domine sa quatrième campagne présidentielle n’est plus seulement « peut-elle gagner ? », mais « pourra-t-elle même se présenter ? »

20 ans à effacer l’ombre paternelle

Marine Le Pen a bâti toute sa carrière sur une opération de démolition contrôlée. Fille de Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national, avocate de formation, elle prend la tête du parti en janvier 2011 avec un objectif : rendre acceptable ce que son père avait rendu infréquentable. Communication policée, provocations abandonnées, exclusion pure et simple de son propre père en août 2015 après ses propos sur les chambres à gaz, changement de nom du parti en 2018. Le FN devient RN, et le vote pour l’extrême droite cesse d’être un tabou : 17,9 % au premier tour en 2012, 23,15 % en 2022, puis 41,45 % au second tour la même année, soit 13,29 millions de voix face à Emmanuel Macron.

Mais la dédiabolisation a surtout changé la forme. Sur le fond, la « priorité nationale » reste la colonne vertébrale du projet : restriction de l’immigration, préférence aux Français pour le logement et les prestations sociales, interdiction du voile dans l’espace public qu’elle veut soumettre à référendum, quitte à s’écarter d’un Bardella plus hésitant sur le sujet. Le référendum, justement, est devenu son autre obsession institutionnelle, présenté comme un outil pour contourner des « élites » et des juges qu’elle accuse de bloquer la volonté populaire. Sur l’économie, elle a délaissé le libéralisme pour un nationalisme social assumé : baisse de TVA, détricotage partiel de la réforme des retraites, défense du nucléaire, protectionnisme agricole.

Sur l’Europe, en revanche, le virage est réel : après avoir défendu la sortie de l’euro en 2017, elle a rangé le Frexit au placard pour prôner une transformation de l’Union de l’intérieur. Sur la Russie enfin, la ligne a longtemps été un point faible assumé : rencontre avec Vladimir Poutine au Kremlin en 2017, soutien à un rapprochement franco-russe avant l’invasion de l’Ukraine en 2022, condamnation de la guerre depuis, mais une prudence sur les sanctions et les livraisons d’armes qui continue d’alimenter les critiques, jusque dans le contexte actuel d’ingérences russes visant plusieurs candidats à la présidentielle.

Le fils prodigue qui la dépasse

L’autre grand fil de son année 2026 porte un nom : Jordan Bardella. Le président du RN, qu’elle a elle-même formé avant de lui céder la direction du parti pour prendre la tête du groupe à l’Assemblée en 2022, a remporté les européennes de 2024 avec environ 31,4 % des voix, avant que le parti échoue à transformer cette percée en majorité lors des législatives anticipées qui ont suivi la dissolution. Depuis, les sondages le placent régulièrement devant elle pour 2027 : un baromètre Toluna Harris Interactive de mai 2026 le créditait de 34 à 35 % au premier tour, contre 32 à 33 % pour elle. Sa condamnation de juillet a paradoxalement rebattu les cartes en sa faveur, en tranchant, au moins temporairement, un duel que le parti avait pris soin d’entretenir : un sondage du même institut, publié début juillet, la crédite désormais de 35 % des intentions de vote au premier tour, devant Jean-Luc Mélenchon.

Ce que Bardella n’a pas, en revanche, ce sont vingt ans de mandats, trois campagnes présidentielles et deux seconds tours. C’est peut-être ce qui explique qu’elle continue de se considérer comme la mieux placée, malgré un plafond de verre qui, en 2027, aura résisté deux fois de suite à ses assauts, en 2017 puis en 2022. Entre un parti devenu la première force électorale du pays et une dirigeante toujours privée de victoire, entre un discours de probité et une condamnation pour détournement de fonds publics, entre la promesse d’un pouvoir rendu au peuple et un pourvoi en cassation qui décidera seul si elle peut se présenter, Marine Le Pen aborde 2027 avec le RN au sommet et elle-même, pour la première fois de sa carrière, à la merci d’une décision qui ne lui appartient pas.

display entrepreneuriat 300x600 vfr Edhec hpu

Partagez cet article : 

PEOPLE

Isabelle Adjani. (Crédits: Stéphane Feugère)

Isabelle Adjani

George Clooney assiste à la cérémonie des « Albies », organisée par la Fondation Clooney pour la justice, à la Bibliothèque publique de New York, le 28 septembre 2023, à New York. (Photo : Gotham/FilmMagic)

George Clooney

Bonnie Tyler. (Crédits: Aldara Zarraoa/Redferns)

Bonnie Tyler

Jeudi 11 juin, David Guetta a performé au Stade de France, un accomplissement qu’il considère comme « le moment le plus important de [sa] vie ». (Photo by Kristy Sparow/Getty Images)

David Guetta

L'acteur John Travolta, connu pour son rôle dans Pulp Fiction sera présent sur la Croisette pour présenter son premier long-métrage. (Crédit@ Amanda Edwards/[Getty Images pour ABA])

John Travolta

Benjamin Biolay présente sur scène son 11ème album. Crédit photo : Chloé Rose

Benjamin Biolay

Madonna assiste au défilé Saint Laurent Womenswear Printemps/Été 2026 dans le cadre de la Fashion Week de Paris le 29 septembre 2025 à Paris, France. (Photo par Dominique Charriau/WireImage)

Madonna

Céline Dion quittant un hôtel le 23 juillet 2024 à Paris. (Photo de MEGA/GC Images)

Céline Dion