Une chaise vide, plantée au milieu de la foule. C’est avec ce symbole que les habitants du Porge, commune la plus dévastée par le mégafeu qui a ravagé la Gironde fin juillet, ont choisi d’accueillir Sébastien Lecornu. Le message ne laissait guère de place au doute. Quand la voiture aux vitres teintées du Premier ministre a franchi les grilles de la mairie, ce 17 août, les huées ont couvert les rares applaudissements. Certains riverains avaient pourtant prévu de l’accueillir en silence, pour marquer la gravité du moment. D’autres n’ont pas tenu leur résolution.
Sur place, une commerçante lance à l’adresse du convoi : « Bravo, minable. » Environ deux cents personnes, selon un comptage de l’AFP, s’étaient massées devant le bâtiment municipal. Beaucoup n’auront finalement pas croisé le regard du chef du gouvernement. Seuls quatre membres d’un collectif de sinistrés, sélectionnés en amont, ont pu échanger quelques mots avec lui : un sylviculteur, un pharmacien, une personne ayant tout perdu et une quatrième figure restée anonyme. Pour les autres, la déception domine. « On n’attendait pas grand-chose, mais là on n’attend plus rien », confie un riverain.
Une colère qui couve depuis un mois
Au Porge, 183 maisons sont parties en fumée fin juillet, lors d’un mégafeu qui a parcouru 42 000 hectares avant d’être fixé le 1er août. Il s’agit du sinistre le plus étendu qu’ait connu la France depuis 1949. Les flammes s’étaient approchées à une quinzaine de kilomètres de Bordeaux, forçant l’évacuation de plus de 220 000 résidents et touristes. Un mois plus tard, la défiance envers l’État reste vive dans le département. Plusieurs habitants reprochent au gouvernement son silence pendant les semaines qui ont suivi le drame, et une visite jugée tardive.
La grogne dépasse le seul Porge. À Saumos, commune voisine également touchée, le maire Didier Chautard dit comprendre la froideur de l’accueil réservé au Premier ministre. Les riverains, explique-t-il, restent marqués par des promesses gouvernementales non tenues après un précédent incendie en 2022. Le président du département, le socialiste Jean-Luc Gleyze, réclame de son côté l’installation d’une base de Canadair dans le massif landais, elle aussi promise depuis 2022 et toujours dans les cartons.
Un « plan Marshal » pour reconstruire
Sébastien Lecornu, accompagné de six ministres, a enchaîné les rendez-vous en Gironde avant une table ronde de trois heures à Mérignac avec élus locaux et acteurs de la reconstruction. Matignon promet une reconstruction « accélérée » », avec un suivi individualisé des sinistrés pour le relogement, sans renoncer à la prévention face aux risques futurs. Un décret instaurant une aide exceptionnelle pour les entreprises de moins de 250 salariés touchées par les feux de l’été, en Gironde, dans les Landes et dans le Var, est entré en vigueur ce 15 août.
Cela suffira-t-il ? Le maire du Porge, Martial Zaninetti, avait résumé l’attente locale en une formule : un « plan Marshall » pour sa commune de 3 500 habitants. Les commerçants réclament des exonérations de charges et une indemnisation rapide des pertes d’exploitation. Du côté des forestiers, l’exaspération est tout aussi palpable. Bruno Lafon, à la tête de l’association de défense des forêts contre l’incendie en Aquitaine, plaide pour des moyens concrets plutôt que pour de nouvelles commissions.
Ce mégafeu s’inscrit dans un été noir pour les forêts françaises. Près de 100 000 hectares sont déjà partis en fumée en 2026, un record en vingt ans selon le système européen de surveillance des feux. Dans les Landes, l’incendie de Luglon, qui a détruit 1 700 hectares, a lui été déclaré fixé ce 17 août, permettant le retour progressif de centaines d’habitants évacués. Une accalmie locale, dans un paysage national encore marqué par les cicatrices de juillet.






