Le 22 mai 2026, à Mur-de-Barrez, petit bourg de l’Aveyron où il a grandi, Gabriel Attal annonce sa candidature à l’Élysée. Le décor n’est pas choisi au hasard : loin du faste de Matignon, il veut montrer un ancrage rural que son image de communicant parisien lui a longtemps refusé. Slogan de campagne : « La force d’agir ». Son diagnostic : une France bloquée par sa dette, son modèle social et son manque de productivité.
À 37 ans, l’ancien Premier ministre cumule les casquettes. Secrétaire général de Renaissance depuis décembre 2024, il a été élu avec 94,9 % des voix, faute d’adversaire après le retrait d’Élisabeth Borne. Président du groupe Ensemble pour la République à l’Assemblée. Député des Hauts-de-Seine. Un attelage institutionnel qui lui donne, même en cas d’échec à la primaire du bloc central, un poids considérable sur les investitures législatives de 2027.
Sa trajectoire a de quoi surprendre. Adhérent du Parti socialiste à 17 ans dans la mouvance réformiste proche de Dominique Strauss-Kahn, il passe par le cabinet de Marisol Touraine avant de rallier En marche ! en 2016, en reprochant au PS son « dogmatisme ». Élu député à 28 ans, secrétaire d’État à l’Éducation à 29, porte-parole du gouvernement pendant la crise sanitaire, ministre des Comptes publics puis de l’Éducation nationale où il lance son « choc des savoirs » : groupes de niveau, retour du redoublement, discipline. En janvier 2024, Macron le nomme à Matignon. Il y restera huit mois, court-circuité par la dissolution de l’Assemblée qu’il découvre comme les autres.
Du réformisme au régalien
C’est sur ce socle que se construit l’inflexion la plus commentée de sa campagne. L’ex-socialiste défend désormais des quotas d’immigration votés chaque année par le Parlement, un système à points, inspiré du Canada, et un tour de vis sur le regroupement familial, sous la formule « accueillir moins pour accueillir mieux ». Sur la sécurité, il propose notamment la comparution immédiate pour certains mineurs, la suppression du juge de l’application des peines et la fin des remises de peine automatiques. Des propositions qui l’installent davantage sur les thèmes traditionnellement portés par la droite.
Sur le terrain économique, la méthode est similaire. Il promet un « choc des salaires » via une baisse des charges salariales, la suppression du plafond légal des heures supplémentaires et une refonte du Code du travail réduit à quelques grands principes, le reste étant renvoyé aux branches. Sur les retraites, il va plus loin que le gouvernement Macron : suppression de l’âge légal de départ au profit d’un calcul fondé sur la durée de cotisation, avec une part de capitalisation. Une ligne qui tranche avec le récit social-démocrate de ses débuts.
Il veut faire de la France « la première puissance d’Europe » dans ce domaine et propose de mobiliser 200 milliards d’euros
Car le duel de cette primaire officieuse a un nom : Édouard Philippe. Les deux hommes partagent le même CV – anciens locataires de Matignon, ambition assumée d’incarner l’après-Macron – mais Philippe, mieux installé au Havre, devance Attal dans plusieurs enquêtes d’opinion cet été, de trois à quatre points selon les instituts. D’où l’agenda électrique de Gabriel Attal depuis juillet : Bretagne, Vendée, Annecy, Pyrénées-Orientales, marchés, exploitations agricoles, casernes. Une méthode qui a un nom en interne : le mouvement permanent, déjà reproché à Matignon où certains dénonçaient un « coup de com » continu.
L’école, l’IA et les contradictions
Plusieurs points échappent à la caricature de son virage à droite. Attal continue de défendre la PMA pour toutes, votée en 2021, la protection animale et surtout un pari technologique autour de l’intelligence artificielle. Il veut faire de la France « la première puissance d’Europe » dans ce domaine et propose de mobiliser 200 milliards d’euros, à parts égales entre financements publics et privés, dans le cadre de son plan « France 2040 ». L’IA constitue l’un des quatre « chantiers capitaux » mis en avant sur son site de campagne, avec notamment la dette et l’écologie.
Il y ajoute une réforme institutionnelle annoncée ce 2 août pour lutter contre la « vétocratie », avec délais contraints pour l’administration et davantage de pouvoir aux maires, au risque, selon ses détracteurs, de renforcer la présidentialisation du pouvoir. Sa principale fragilité reste généalogique. Conseiller, député, ministre, Premier ministre, chef de parti : Gabriel Attal est l’un des produits les plus achevés du macronisme, et doit pourtant convaincre qu’il en sera la rupture. Un exercice d’équilibriste que rien, pour l’instant, ne vient faciliter.
Ce 18 août, l’actualité est venue ajouter un nouvel épisode à une campagne encore jeune. Le parquet de Paris a annoncé s’être saisi de soupçons d’ingérence russe le visant, après la diffusion de vidéos truquées lui prêtant à tort une maladie de Parkinson. Preuve que la campagne se joue aussi sur un terrain qu’il ne choisit pas. Pour Attal, le défi reste le même : convaincre qu’il peut représenter l’après-Macron sans être réduit à son bilan.






