Deux cent mille voix. C’est à peu près le score que Nathalie Arthaud engrange à chaque présidentielle depuis 2012, une constante presque mathématique dans un paysage politique qui, lui, ne cesse de se recomposer. En 2027, la porte-parole de Lutte ouvrière (LO) briguera un quatrième mandat qu’elle sait perdu d’avance, avec l’obstination tranquille qui l’a menée à succéder à Arlette Laguiller au pupitre du parti trotskiste. Sauf qu’ici, l’ambition affichée n’est pas de gouverner. Elle est de convaincre que gouverner, seul, ne suffit jamais.
Enseignante agrégée d’économie et de gestion, formée à Lyon puis passée par les lycées de Seine-Saint-Denis, Arthaud n’a connu qu’un seul parti depuis ses 18 ans. Adhérente de LO en 1988, après un bref passage par la Jeunesse communiste, elle gravit les échelons militants sans jamais dévier de la ligne : pas de social-démocratie, pas de gestion du système, seulement sa disparition. En décembre 2008, elle succède à Arlette Laguiller, figure de six campagnes présidentielles, et devient le visage électoral d’une organisation qui se méfie pourtant de la personnalisation du pouvoir. Le paradoxe est fondateur.
Car Nathalie Arthaud n’a jamais siégé à l’Assemblée nationale. Conseillère municipale à Vaulx-en-Velin entre 2008 et 2014, candidate à des scrutins locaux, régionaux et européens toujours marqués par des scores inférieurs à 2 %, elle bâtit une carrière essentiellement militante et tribunicienne. Aux Européennes de 2024, sa liste recueille 0,49 % des voix. Aux législatives de la même année, elle plafonne à 2,77 % dans sa circonscription de Seine-Saint-Denis. Un sondage Elabe de mars 2026 la crédite de 0,5 % pour 2027, un chiffre à prendre avec prudence, tant les mois qui séparent une enquête d’un premier tour peuvent tout changer, mais qui illustre la marge dans laquelle elle évolue depuis quinze ans.
Le SMIC à 2 000 euros
Le socle du discours d’Arthaud n’a guère varié depuis 2012. Elle réclame un salaire minimum net de 2 000 euros, l’indexation automatique des rémunérations sur les prix, l’interdiction des licenciements dans les entreprises bénéficiaires et une réduction du temps de travail pour mieux le répartir. Sur les retraites, elle défend un retour à 60 ans assorti d’une pension plancher de 2 000 euros. Sur l’immigration, à rebours d’une bonne partie de la gauche institutionnelle, elle prône la régularisation générale des sans-papiers et la liberté de circulation, au nom d’une solidarité de classe qui, dit-elle, ignore les frontières.
LO ne cherche pas à mieux administrer le système, mais à le faire tomber par la mobilisation des travailleurs plutôt que par les urnes
Lors de la fête annuelle de LO à Presles, fin mai 2026, elle a assumé sans détour son étiquette : « Moi, je ne suis pas de gauche », a-t-elle expliqué, préférant se définir comme communiste révolutionnaire et internationaliste. Cette étiquette la distingue nettement de LFI, du PS ou des écologistes, avec lesquels elle partage pourtant plusieurs revendications sociales. Pour Arthaud, même un gouvernement mené par Jean-Luc Mélenchon resterait prisonnier de la gestion du capitalisme, faute d’un rapport de force construit dans les entreprises. La nuance est constante dans son discours : LO ne cherche pas à mieux administrer le système, mais à le faire tomber par la mobilisation des travailleurs plutôt que par les urnes.
Ni Macron ni Le Pen, aucune consigne
Sur l’extrême droite, sa position tranche avec le reste de la gauche. En 2022, opposée au second tour à Emmanuel Macron et Marine Le Pen, elle avait renvoyé les deux candidats dos à dos, refusant tout appel au vote utile. Elle maintient cette ligne pour 2027 : selon elle, le véritable rempart contre le Rassemblement national ne se trouve pas dans l’isoloir mais dans la mobilisation sociale, et l’union de la gauche n’aurait, à ses yeux, pas empêché la progression du parti de Marine Le Pen.
Sa relation avec le reste de l’extrême gauche reste, elle aussi, tendue. En juin 2026, la branche NPA-Révolutionnaires a proposé une candidature commune derrière elle ; LO a refusé, et le NPA-R a fini par investir Selma Labib. Même dans ce camp réduit, Nathalie Arthaud ne rassemble pas. Dans chacune de ses campagnes une question reste en creux : pourquoi se présenter à une élection dont on annonce soi-même qu’elle ne changera rien ? La réponse d’Arthaud tient en une phrase, répétée depuis des années : la présidentielle est une tribune, pas une solution. Elle y voit l’occasion de porter, dans le cadre légal le plus large possible, une parole que ni les médias ni les urnes ne lui offrent le reste du temps. En 2027, pour la quatrième fois, elle recommencera. Non pour l’Élysée, mais pour la suite.






