L’équation à résoudre n’était déjà pas simple, Edouard Philippe l’a encore complexifiée. Pourtant, reçus à Matignon ce 1er décembre, les socialistes semblaient plutôt optimistes sur le budget de la Sécurité sociale à la sortie de leur rendez-vous . Mais le Premier ministre, en se tournant sur sa droite, a fait face à un nouveau problème pour boucler le budget de la « Sécu » : les députés Horizons ont annoncé qu’ils ne le voteraient pas en l’état. Pour les élus du parti d’Edouard Philippe, au lancement de l’examen en nouvelle lecture du PLFSS en séance à l’Assemblée nationale, le compte n’y est pas. La décision a été prise à la fois par le bureau politique du parti et par les députés en réunion de groupe ce 2 décembre, réunion à laquelle Edouard Philippe était présent. « On ne peut pas voter pour », a affirmé l’ancien Premier ministre, selon une information du Figaro.
La position des élus Horizons oscille donc entre l’abstention et le vote contre le projet de loi de financement de la sécurité sociale. Le texte qu’ils refusent de voter « ne propose pas de réduction du déficit, repose sur de nouvelles mesures de fiscalité, et ne propose pas de nouvelles mesures de réduction de dépenses », a déclaré le président du groupe, Paul Christophe. Les députés du parti d’Edouard Philippe refusent notamment de cautionner la suspension de la réforme des retraites et la hausse de la CSG sur le patrimoine, deux mesures défendues par les députés socialistes.
Un 49.3 plébiscité…
Alors que Sébastien Lecornu s’était tourné du côté des socialistes pour négocier et tenter de trouver un texte de compromis, ce sont donc les mêmes concessions qui poussent désormais les députés Horizons à faire peser la menace. Ces derniers rappellent que leurs positions étaient connues de tous. Contacté par TIME France, Paul Christophe se dit « assez surpris de cet emballement » autour de cette décision, rappelant que les députés de son groupe ont « alerté dès [leurs] premières prises de paroles sur le PLFSS ».
Lui-même avait défendu la motion de censure contre le gouvernement de Sébastien Lecornu le 16 octobre.
Ce dernier précise qu’un « texte de compromis n’est pas un texte de compromission », affirmant ne pas voir « où sont les efforts des socialistes » sur le PLFSS.
Plus que jamais face à la possibilité que le texte ne soit pas voté par les députés, le Premier ministre s’est rendu en personne dans l’hémicycle le 3 décembre. « Ce sera à la fin le PLFSS d’aucun groupe politique. Ce sera un PLFSS de compromis et de transition vers 2027 », a affirmé le Premier ministre. Alors que l’apparente impossibilité de voir le PLFSS voté par l’Assemblée nationale, l’hypothèse que le Premier ministre finisse par renoncer à sa promesse de ne pas déclencher le 49.3 pour faire adopter le texte a ressurgi. Après que Bruno Retailleau a demandé à ce que Sébastien Lecornu « assume » de recourir au 49.3, le président LR du Sénat, Gérard Larcher a appelé le Premier ministre à « envisager le 49.3 » pour « donner un budget à la France », dans une interview publiée par le Figaro dans la soirée du 3 décembre. Les voix demandant à l’exécutif de recourir à l’article de la constitution sont nombreuses, du PS au Modem en passant par l’UDI.
… mais toujours écarté par Lecornu
Pas de quoi faire changer d’avis Sébastien Lecornu. Face aux députés, le locataire de Matignon a réaffirmé ce que la porte-parole du gouvernement avait elle-même redit le matin même : « Le gouvernement n’engagera pas sa responsabilité », enjoignant les élus de l’Assemblée nationale à « engager la [leur]. » Il a tenu à leur rappeler les conséquences d’un rejet du PLFSS sur le déficit de la sécurité sociale. Alors que le texte initialement présenté par le gouvernement prévoyait un déficit de 17 milliards d’euros et que la copie actuelle l’augmenterait à 23 milliards d’euros, le Premier ministre a évalué l’absence de PLFSS à un montant s’élevant entre 29 à 30 milliards d’euros. Un appel du pied aux députés, notamment du groupe Horizons, qui demandent que le déficit soit maîtrisé.
La décision d’Edouard Philippe d’enjoindre ses députés à ne pas voter le PLFSS a soulevé une autre critique : celle d’utiliser le débat budgétaire pour servir ses ambitions présidentielles pour 2027. Après que l’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron ait pris ouvertement ses distances avec le Président de la République en appelant à ce qu’il prépare sa démission, voilà qu’il met des bâtons dans les roues du Premier ministre, dont il est pourtant proche.
Au micro de Franceinfo, le président du conseil régional des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, a dépeint un Edouard Philippe qui règle « ses comptes avec Emmanuel Macron ». Un observateur de la droite contacté par TIME France voit lui dans la prise de position d’Edouard Philippe « un coup de pression pour, d’une part, se différencier d’Emmanuel Macron et d’autre part, ne pas se renier totalement sur le fond pour finalement s’abstenir dans un élan de responsabilité et ne pas faire tomber le Gouvernement ».
Une adoption est-elle possible ?
Du côté d’Horizons, on récuse toute manœuvre liée à 2027 : « Ce n’est que pure spéculation », déclare Paul Christophe. « On n’a pas besoin qu’Edouard Philippe nous dise quoi faire. Il est venu nous entendre et il a conclu, comme moi, qu’il n’y avait pas de voie de passage au début de l’examen, ce qui appelait à s’abstenir ou à voter contre le texte. On n’a pas parlé de présidentielle. Je ne suis pas candidat, je suis là pour défendre un budget qui repose sur la sincérité », précise le président des députés Horizons. Un cadre du parti affirme lui que la décision est cohérente, soulignant notamment qu’Edouard Philippe soutient la réforme des retraites, qu’il est donc tout à fait « cohérent » de ne pas voter un texte qui la suspend. Une cohérence qui pourrait empêcher le budget de la Sécurité sociale d’être voté.
Juste avant de rentrer dans l’hémicycle à 21 h 30 ce 3 décembre, la députée EPR Prisca Thévenot voulait encore croire que le texte puisse finir par être voté : « Plus que jamais, ne rajoutons pas du chaos à la crise. Si nous ne sommes pas d’accord, on ne boude pas et on essaie de modifier le texte ». Le vote solennel est programmé dans l’hémicycle le 9 décembre prochain.






