Xi Jinping est arrivé en Corée du Nord pour un court séjour de deux jours ce lundi 8 juin, avec l’objectif affiché de porter à « de nouveaux sommets » les relations avec son voisin. Cette visite vise aussi, pour Pékin, à réaffirmer son influence sur Pyongyang, alors que Kim Jong-un s’est nettement rapproché de Vladimir Poutine.

Xi Jinping veut renforcer ses liens avec Kim Jong-un. Le président chinois a été accueilli en grande pompe ce lundi 8 juin en Corée du Nord et a affirmé son souhait de porter à « de nouveaux sommets » les relations bilatérales avec son voisin. Kim Jong-un se tient pourtant de plus en plus aux côtés de Vladimir Poutine, tout en maintenant fermement le cap sur son programme nucléaire. L’agence de presse nord-coréenne KCNA a officialisé la « visite d’État » du « camarade Xi Jinping » les lundi 8 et mardi 9 juin, à l’invitation de Kim Jong-un. Il s’agit de la première visite du président chinois en Corée du Nord depuis 2019, et de la deuxième depuis son arrivée au pouvoir. C’est également la première visite à l’étranger de Xi Jinping cette année, alors que plusieurs dirigeants étrangers, notamment européens, américain et russe, se sont succédé ces derniers mois à Pékin.

L’Empire du Milieu, qui reste un allié diplomatique et économique indispensable à la Corée du Nord, s’inquiète de voir son influence relative sur Pyongyang concurrencée par Moscou. Kim Jong-un sait que son pays demeure isolé et soumis à de multiples sanctions de l’ONU et des pays occidentaux. Ces dernières années, il s’est rapproché de la Russie, en envoyant notamment des soldats nord-coréens combattre aux côtés de l’armée russe dans la guerre déclenchée par Vladimir Poutine en Ukraine.

Une volonté de dynamiser les relations bilatérales

Le président chinois doit profiter de ce court séjour pour réaffirmer la prééminence du lien sino-nord-coréen face au rapprochement entre Pyongyang et Moscou, mais aussi face à l’éventualité d’une nouvelle tentative américaine d’ouvrir un dialogue avec la Corée du Nord. Xi Jinping s’est dit prêt, auprès de son hôte, à « maintenir une communication stratégique étroite » et à continuer de « guider les relations entre la Chine et la Corée du Nord vers de nouveaux sommets », rapporte l’agence Chine Nouvelle. « Les deux parties devraient renforcer leurs échanges diplomatiques, policiers et militaires », a-t-il ajouté.

Le chef d’État chinois a également exprimé son souhait de renforcer la coopération commerciale, agricole et technologique avec Pyongyang. Il souhaite aussi intensifier les visites mutuelles de Chinois et de Nord-Coréens, notamment avec la reprise en 2026 des liaisons ferroviaires et des vols directs d’Air China, interrompus pendant plusieurs années en raison de la pandémie de Covid-19.

Un sujet peu mis en avant dans la communication officielle, mais central en arrière-plan, concerne le programme nucléaire militaire de la Corée du Nord. « Quelles que soient les évolutions de la situation internationale », l’attachement du gouvernement chinois à « l’amitié traditionnelle » avec la Corée du Nord, son soutien à Kim Jong-un, la défense du socialisme, ainsi que sa « détermination à sauvegarder les intérêts communs et l’environnement stratégique favorable de la Chine et de la République populaire démocratique de Corée » resteront « inchangés », a déclaré Xi Jinping.

Une démonstration de force avec les États-Unis en arrière-plan

À l’été 2025, Kim Jong-un avait été l’un des invités de marque de Xi Jinping, aux côtés de Vladimir Poutine, lors d’une grande parade militaire organisée à Pékin. La Corée du Nord, à son tour, a accueilli Xi Jinping avec faste : après que Kim Jong-un, accompagné de son épouse Ri Sol-ju, a accueilli le président chinois et sa conjointe Peng Liyuan à l’aéroport, d’immenses portraits des deux dirigeants ont été installés dans la capitale nord-coréenne. Ils dominaient notamment la place Kim Il-sung lors d’une cérémonie de bienvenue très chorégraphiée, avec rangs de soldats et groupes d’enfants vêtus de costumes colorés, d’après des images de la télévision chinoise CCTV.

Xi Jinping a accompagné Kim Jong-un pour une inspection de la garde d’honneur, tandis qu’une foule dense brandissait des drapeaux, des fleurs et des ballons. Cette visite très orchestrée intervient alors que les discussions nucléaires entre Pyongyang et Washington demeurent dans l’impasse. La veille de l’arrivée de Xi Jinping sur le sol nord-coréen, la sœur de Kim Jong-un, Kim Yo-jong, a réaffirmé qu’il était hors de question pour Pyongyang d’abandonner l’arme atomique.

La Corée du Sud aux aguets

De l’autre côté de la zone démilitarisée, le président sud-coréen Lee Jae-myung a estimé ce lundi 8 juin que Séoul ne devait pas renoncer à l’objectif de dénucléarisation de la péninsule coréenne. « La Corée du Nord produit encore des matières nucléaires à l’heure où nous parlons », a-t-il affirmé devant la presse. Les sanctions internationales qui pénalisent les échanges avec Pyongyang « sont imposées dans la mesure du possible. Mais on ne sait pas clairement si la porte est fermée du côté chinois, elle est en tout cas clairement ouverte du côté russe. […] En d’autres termes, les sanctions ne se révèlent pas très efficaces », a-t-il ajouté.

« La stratégie régionale plus large de la Chine bénéficie d’un État-tampon stable, lourdement armé et aligné, ce qui accapare une partie des ressources militaires des États-Unis et de leurs alliés », estime Seong-Hyon Lee, chercheur à l’université de Tsinghua à Pékin et invité au Harvard University Asia Center. La Corée du Nord reste par ailleurs le seul pays lié à la Chine par un traité de défense mutuelle toujours en vigueur.