Les missiles parcourent de nouveau le ciel du Moyen-Orient, deux mois après la signature du fragile cessez-le-feu conclu entre les belligérants. Après une série de tirs de missiles et de bombardements entre Israël, d’une part, et l’Iran, le Hezbollah et les houthistes du Yémen, de l’autre, la région semble de nouveau au bord d’un embrasement majeur. « Téhéran doit brûler ce soir ! », s’est même emporté, sur X, Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale.
La source de cet embrasement soudain au Moyen-Orient résulte de l’offensive israélienne sur la capitale libanaise, Beyrouth, dont la banlieue sud est devenue la cible de bombardements dimanche 7 juin. En réaction au franchissement de cette ligne rouge, la République islamique a lancé plusieurs séries de missiles en direction de l’État hébreu en guise d’« avertissement ». Particulièrement silencieux depuis hier, Donald Trump s’efforce de limiter, coûte que coûte, la reprise du conflit dans la région, quitte à contrecarrer les ambitions de Benyamin Nétanyahou.
Un embrasement progressif et menaçant
Après cent jours de guerre et deux mois de cessez-le-feu, la guerre au Moyen-Orient peut-elle connaître un nouvel embrasement ? C’est le scénario craint par la communauté internationale alors qu’Israéliens comme Iraniens se réveillent au son des explosions et des alertes. La reprise du conflit entre les deux belligérants était pour le moins attendue, l’État hébreu ayant revendiqué plusieurs frappes dans la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah libanais, dimanche 7 juin dans l’après-midi. Présentée comme une riposte à des tirs du Hezbollah sur son territoire, cette stratégie, qui a fait deux morts, a été perçue par Téhéran comme le franchissement d’une ligne rouge notoire du côté iranien.
« Nous avions déjà averti que si les attaques contre la banlieue sud de Beyrouth s’intensifiaient, nous frapperions des objectifs en Israël », a rappelé le centre de commandement militaire iranien à travers un communiqué paru dimanche soir. En guise de réponse, la République islamique a tiré onze missiles balistiques, selon l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Yechiel Leiter, vers le nord de l’État hébreu, quelques heures après l’offensive israélienne sur Beyrouth. Ce lundi matin, de nouvelles alertes sont survenues en Iran et en Israël.
Dans une logique d’escalade du conflit, Israël a fait état, lundi matin à 4 h 30, de frappes menées par l’armée de l’air dans le centre et l’ouest de l’Iran. La capitale Téhéran et d’autres villes comme Karadj, Ispahan et Tabriz ont été touchées, sans qu’aucune victime ne soit, pour l’heure, à déplorer. « Les forces de défense israéliennes ont mené une frappe de grande envergure contre des systèmes de défense stratégiques appartenant au régime terroriste iranien », s’est félicité l’État hébreu, selon qui l’opération « renforce encore la liberté d’action de l’armée de l’air israélienne dans l’espace aérien iranien ».
La crainte d’un nouvel embrasement au Moyen-Orient s’illustre notamment par l’attaque israélienne sur une usine pétrochimique située au sud-ouest de l’Iran. « Il y a quelques minutes, la société pétrochimique Karoon à Mahshahr a été visée dans une attaque aérienne et frappée par des projectiles tirés par l’ennemi sioniste, ce qui a endommagé une partie des installations », a déclaré le vice-gouverneur régional, cité par l’agence iranienne Fars. Si aucun blessé n’est enregistré, les employés de l’usine ont été soumis à une évacuation des lieux. L’étendue des dégâts est, pour l’heure, encore inconnue. En représailles, les Gardiens de la révolution ont eux aussi frappé un complexe pétrochimique à Haïfa, en Israël.
Trump et Netanyahou de nouveau en désaccord
Les premiers échanges de tirs directs entre Tel-Aviv et Téhéran depuis le cessez-le-feu convenu le 8 avril sont la faute, d’après l’Iran, des États-Unis. Si les forces étasuniennes n’ont pas participé aux frappes contre le régime des mollahs, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Esmaeil Baghaei, rejette la responsabilité sur Donald Trump :
« Personne ne croit qu’une action du régime sioniste puisse se produire sans coordination avec les Etats-Unis. Les responsabilités des États-Unis dans l’agression du régime sioniste sont évidentes, et les conséquences de l’escalade des tensions incombent également aux Etats-Unis. »
Donald Trump, qui se montre étonnamment discret depuis la reprise des frappes au Moyen-Orient, chercherait à apaiser la situation auprès de son proche ami Benyamin Nétanyahou, Premier ministre de l’État hébreu. Selon le très informé média Axios, le président des États-Unis se serait entretenu avec son homologue israélien, dimanche soir, l’enjoignant de ne pas riposter aux missiles iraniens : « Je vais appeler “Bibi” dès maintenant et lui dire de ne pas faire de représailles. Chacune des deux parties s’est amusée. Israël a eu ses frappes, et l’Iran a eu ses frappes. Nous n’avons pas besoin de nouvelles ».
Toujours auprès d’Axios, Donald Trump fait état, comme toujours, de très bonnes avancées dans les négociations pour la paix, dont l’accord final serait « très proche ». « Ça va être un bon accord. Je ne veux pas qu’il saute à cause de ce qui se passe en ce moment », a confié le président des États-Unis, dont la relation avec Benyamin Nétanyahou est mise à l’épreuve depuis le début du conflit contre la République islamique. Si le magnat républicain peine à mettre fin à la guerre, le Premier ministre israélien voit d’un mauvais œil l’abandon de ses offensives contre le Hamas, le Hezbollah et le régime des mollahs.
Le conflit d’intérêt entre les deux dirigeants vient fracturer, de façon inédite, leur longue relation. « Tu es un putain de cinglé. Sans moi, tu serais en prison. Je te sauve les fesses. Tout le monde te déteste à présent. Tout le monde déteste Israël à cause de ça », aurait prononcé Donald Trump à Benyamin Nétanyahou, lors d’une discussion au téléphone rapportée par Axios.
Quid des pourparlers en cours ?
La grande inconnue consécutive à la reprise du conflit israélo-iranien concerne la survie du cessez-le-feu, conclu le 8 avril. La communauté internationale a rapidement partagé ses craintes sur le sujet, dont la Chine, « profondément préoccupée devant la situation présente ». « Espérons que toutes les parties concernées respecteront leur engagement en faveur d’un cessez-le-feu », a exhorté Lin Jian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. L’Union européenne (UE) fait elle aussi part de sa fébrilité, par l’intermédiaire de Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie : « Je pense que la région n’a pas besoin d’une escalade, mais au contraire que les parties s’assoient à la table des négociations et parviennent à un accord ».
En dépit de la violation inédite du cessez-le-feu par les belligérants, l’Iran a assuré que les efforts de médiation du Pakistan étaient toujours en cours pour mettre fin à la guerre. La poursuite des pourparlers demeure néanmoins fortement menacée, l’armée israélienne se préparant à plusieurs jours de combat au minimum, d’après un journaliste proche de Benyamin Nétanyahou. Selon cette même source, les Américains aideraient à intercepter les missiles en direction de l’État hébreu.
« L’Iran a tiré aujourd’hui 11 missiles balistiques sur Israël. Chacun peut raser un quartier entier et tuer des centaines de personnes. Aucun pays qui se respecte dans le monde ne tolérerait une telle attaque, et Israël ne le fera pas non plus », a juré Yechiel Leiter, ambassadeur d’Israël aux États-Unis.
Les rebelles houthistes du Yémen, alliés de l’Iran, semblent eux aussi prêts à reprendre dès à présent les armes contre Israël. Le porte-parole militaire de l’organisation, Yahya Saree, a imposé une « interdiction totale et absolue de la navigation maritime israélienne en mer Rouge », assurant répondre « à l’escalade par l’escalade ».
Véritable reflet de l’embrasement au Moyen-Orient, les prix du pétrole ont immédiatement bondi ce lundi. Le baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en août, s’élevait de 4,90 % à 97,65 dollars vers 11 heures. Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, pour livraison en juillet, grimpait quant à lui de 4,88 % à 94,96 dollars.





