Un cargo touché par un « projectile inconnu » au large d’Oman. Un baril de Brent qui perd plus de 5% en une séance. Et, depuis la Californie, un président américain qui joue sur les deux tableaux : la carotte de l’accord, le bâton de la frappe. Ce 4 août, Donald Trump a de nouveau donné le ton du chaos calculé qui rythme la guerre au Moyen-Orient depuis plus de cinq mois.
« Le détroit ouvrira très bientôt, ou alors ils seront frappés très fort », a lancé le républicain dans un entretien à Fox News, en marge d’un déplacement dans l’ouest du pays. La phrase sonne comme un ultimatum. Elle est immédiatement adoucie par une autre : « Nous avons de très bonnes discussions », assure-t-il, certain que Téhéran « veut passer un accord ». Puis, en une formule qui résume sa méthode depuis février : « J’ai le temps. »
Ce grand écart n’a rien d’improvisé. Depuis l’effondrement d’un premier cessez-le-feu le mois dernier, Washington alterne menaces sonores et signaux d’apaisement, sans jamais lâcher la pression sur le nerf économique du conflit : le détroit d’Ormuz, verrou par lequel transite une part vitale du pétrole mondial.
Un compromis à soixante jours, sous conditions
Selon le site Axios, qui cite des sources régionales, un accord temporaire de soixante jours est sur la table pour organiser la circulation dans le détroit, en coordination avec le sultanat d’Oman. Le mécanisme, technique mais lourd de sens politique, prévoit deux voies distinctes : les navires entrants emprunteraient un couloir nord, dans les eaux iraniennes ; les sortants suivraient une route sud, sous contrôle omanais. Aucun péage, aucun droit de passage, un point de friction majeur depuis que Téhéran a tenté d’imposer une taxation du trafic.
Pendant cette période transitoire, la voie médiane du détroit serait déminée, en attendant un accord définitif. Axios précise toutefois que rien n’est encore scellé. Une annonce pourrait néanmoins tomber dans les jours à venir. Le ministre américain des Finances, Scott Bessent, a entretenu l’espoir ce 4 août sur CNBC : « Il y a une chance que nous parvenions aujourd’hui ou demain à un accord visant à rouvrir le détroit et à aller vers une normalisation. »
Une prudence qui contraste avec l’incident survenu dans la nuit : l’agence maritime britannique UKMTO a signalé qu’un navire avait été touché par un « projectile inconnu » au large des côtes omanaises, sans préciser l’ampleur des dégâts ni l’identité du navire visé. Conséquence immédiate de ce ballet diplomatique : les marchés ont réagi. Le baril de Brent a chuté de 5,26%, à 79,36 dollars, son plus bas niveau en clôture depuis le 10 juillet.
Décapitation, dénucléarisation : la ligne dure de Washington
La séquence du 4 août prolonge un avertissement plus brutal, lancé la veille à la Maison Blanche. Donald Trump y a évoqué une « dernière chance avant la décapitation » pour l’Iran, tout en affirmant avoir accepté de reprendre les pourparlers à la demande de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et du Qatar. « Nous discutons en ce moment même », a-t-il insisté, en totale contradiction avec Téhéran, qui dément officiellement toute négociation avec Washington.
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baqaei, a nuancé la position de son pays sans la démentir totalement : des discussions ont bien lieu, mais avec Oman, « afin de garantir le passage par le détroit d’Ormuz ». Le 2 août, il évoquait déjà un accord proche sur une gestion conjointe de ce corridor stratégique, « un tracé qui respecte les droits souverains de chacun », sans pour autant parler de réouverture.
Sur les réseaux sociaux, Trump a qualifié l’attitude iranienne de « fourbe », rappelant le blocus américain imposé aux ports du pays : « Rien ne parvient jusqu’en Iran, à moins que nous ne le voulions, et rien n’y parviendra tant qu’un accord, ou une capitulation totale, n’aura pas été conclu. » Au-delà du détroit, un autre dossier bloque toute normalisation durable : le nucléaire. Le président américain a réaffirmé lundi que « la dénucléarisation de l’Iran doit avoir lieu », un préalable que Téhéran refuse tant qu’il continue de présenter son programme comme strictement civil.
Plus de cinq mois après le déclenchement du conflit, le 28 février, l’Iran conserve toujours ses stocks d’uranium enrichi et sa capacité à frapper des cibles américaines et alliées dans la région. Le scénario n’est pas inédit. La semaine dernière déjà, Trump avait menacé de frapper l’Iran « très durement », avant de reculer le 1er août en évoquant des « paramètres » d’accord en place. Un précédent cessez-le-feu, censé rouvrir le détroit aux exportations énergétiques vitales pour l’économie mondiale, avait déjà échoué le mois dernier. Rien ne garantit, cette fois, que l’issue soit différente.






