Les grilles de Beaubourg se sont refermées le 22 septembre 2025. Pas pour longtemps, promet l’institution : cinq années de chantier, le temps de rendre au public le bâtiment signé Renzo Piano et Richard Rogers, à l’horizon 2030. Un désamiantage complet, une remise aux normes de sécurité et d’accessibilité, une facture qui court sur plusieurs centaines de millions d’euros : le chantier n’a rien d’un simple ravalement.
Pour autant, un musée fermé n’est pas un musée à l’arrêt. Sitôt les portes closes, les quelques 150 000 œuvres de la première collection d’art moderne et contemporain d’Europe, l’une des deux plus riches au monde, ont pris la route, direction la France entière et l’étranger.
Massy, nouvelle capitale des réserves
C’est en Essonne que se joue l’un des premiers volets de cet exil. À Massy, un bâtiment de 30 000 m² baptisé Centre Pompidou Francilien – Fabrique de l’art doit ouvrir ses portes au printemps 2027, avec une inauguration annoncée en mars. Conçu par l’agence PCA-STREAM, il concentre 13 000 m² de réserves pour accueillir la collection, 4 000 m² d’ateliers de restauration aux normes internationales, et 3 000 m² d’espaces d’exposition et d’accueil, dont un café-librairie.
Le choix du site n’a rien d’anodin. Son implantation à proximité de l’Université Paris-Saclay doit favoriser les collaborations entre les équipes du Centre Pompidou et les laboratoires de recherche spécialisés dans la conservation préventive. Les anciennes réserves parisiennes, situées dans le nord de la capitale, étaient devenues trop exiguës pour une collection enrichie au rythme de trois comités d’acquisition par an et sollicitée en permanence par des prêts internationaux.
Le Centre Pompidou Hanwha-Séoul a ouvert en juin 2026 dans une tour de 11 000 m²
Le bâtiment joue sur un double registre. Côté réserves, un monolithe fermé, pensé pour la conservation optimale des œuvres. Côté public, une architecture ouverte, avec coursives en bois, terrasses et un belvédère surplombant le parc de la Blanchette, en écho assumé à la façade et à la célèbre chenille du site parisien. La structure mise sur le bois biosourcé, une toiture de 2 000 panneaux photovoltaïques et une façade en béton géologique pour limiter l’empreinte énergétique. Les travaux ont démarré en juillet 2024.
Avant l’ouverture officielle, le public pourra découvrir le chantier à nu : trois week-ends gratuits, baptisés « Prélude ! », sont programmés les 17-18, 24-25 et 31 octobre-1er novembre 2026, sur réservation à partir de septembre. Au menu, un parcours de 9 000 m² jalonné d’œuvres de la collection – Dubuffet, Germaine Richier, Clément Cogitore – et des thématiques différentes chaque week-end, entre architecture, nature et territoire. Le projet est financé notamment par la Région Île-de-France, à hauteur de 20 millions d’euros, aux côtés du département de l’Essonne, de l’agglomération Paris-Saclay et de la Ville de Massy.
Partout sauf à Paris
Massy n’est qu’une étape de cette organisation. En itinérance sur le territoire français, une partie des œuvres a déjà trouvé refuge ailleurs : au Tripostal de Lille, l’exposition « Pom Pom Pidou » réunit des pièces allant de Constantin Brancusi à Robert et Sonia Delaunay jusqu’en novembre. À Metz, c’est Maurizio Cattelan qui investit les lieux avec « Dimanche sans fin », visible jusqu’en février 2027.
À l’international, le mouvement est plus ambitieux encore. Baptisé « Constellation », le programme de déploiement mondial du musée a pris de l’ampleur avec deux nouvelles adresses. En Corée du Sud, le Centre Pompidou Hanwha-Séoul a ouvert en juin 2026 dans une tour de 11 000 m², avec une programmation consacrée au cubisme et au surréalisme réunissant Matisse, Braque, Picasso ou Miró. Aux États-Unis, un Centre Pompidou doit voir le jour à Jersey City courant 2029, sur plus de 4 400 m², avec studio de danse et ateliers ouverts aux pratiques amateurs.
De quoi transformer la fermeture parisienne en argument commercial. Beaubourg mise sur cette dispersion pour rester visible pendant cinq ans, quitte à brouiller un temps son identité de monument unique, sans compter les antennes déjà actives à Málaga, Shanghai ou Bruxelles, qui accueillent elles aussi leur lot d’œuvres en itinérance. De quoi faire patienter la réouverture du site historique de Beaubourg en 2030.






