La nouvelle dispute entre Giorgia Meloni et Donald Trump a éclaté lorsque ce dernier a déclaré vendredi dernier à la chaîne italienne La7 TV qu’elle l’avait « supplié » de poser pour une photo avec elle lors du sommet du G7 de la semaine dernière et qu’il n’avait accédé à sa demande que parce qu’il avait « pitié » d’elle. Il a attribué cette séance photo au fait que Mme Meloni « ne s’en sortait pas bien en Italie en termes de popularité » dans un message publié samedi sur Truth Social, laissant entendre que sa faible cote de popularité était due à son refus d’aider les États-Unis dans leur guerre contre l’Iran. « Maintenant que les États-Unis ont vaincu militairement l’Iran, elle veut redevenir amie avec nous pour faire remonter ses “chiffres” », a écrit M. Trump. « Non merci !!! »
Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a annulé un voyage aux États-Unis prévu ce week-end, invoquant les propos « graves et offensants » de Trump. Dans une vidéo publiée vendredi sur X, Meloni a qualifié de « pure invention » la version de Trump concernant la photo, soulignant : « L’Italie et moi-même ne mendions jamais. »
Donald Trump avait autrefois couvert d’éloges Giorgia Meloni, élue en 2022 sur un programme de droite et seule dirigeante européenne à avoir assisté à l’investiture de Donald Trump en 2025. Il avait même fait la promotion de la version anglaise de son autobiographie publiée en 2025, avec une préface rédigée par son fils, Don Jr., tandis que le vice-président J.D. Vance avait rédigé la préface de son livre de 2026 intitulé Giorgia’s Vision. Mais Mme Meloni, qui devra se battre pour sa réélection en 2027 à un moment où une majorité d’Italiens ont une opinion négative du président américain, n’a pas hésité à lui tenir tête.
Dans la vidéo diffusée vendredi, Meloni a ajouté : « Je ne sais pas pourquoi le président des États-Unis se comporte ainsi envers ses propres alliés. Enfin, ce n’est pas la première fois que cela arrive. » Tout en faisant sans doute référence à ses critiques précédentes à l’encontre de Mme Meloni elle-même, Trump a également récemment réprimandé d’autres alliés, notamment le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qu’il aurait récemment qualifié de « putain de fou » pour avoir compromis les négociations de paix avec l’Iran. Dans un autre message publié samedi sur les réseaux sociaux, la dirigeante italienne a affirmé que son amitié avec Donald Trump « n’avait certainement pas aidé » à renforcer sa popularité au niveau national, qui, selon elle, dépend de sa capacité à défendre les intérêts nationaux de l’Italie. « Quoi qu’il en soit, ma popularité ne vous regarde pas », a-t-elle déclaré. « Je vous conseille de vous concentrer sur la vôtre. »
Les répercussions
Le changement dans les relations entre les deux dirigeants a commencé après que le gouvernement de Meloni a subi une perte lors d’un référendum sur la réforme de la justice en mars. Des observateurs ont noté que cette perte, qui a constitué un revers pour son emprise sur le pouvoir en Italie, était un baromètre de la façon dont les Italiens percevaient sa proximité avec le président américain et du nombre de ceux qui étaient préoccupés par les actions de Trump déstabilisant la situation mondiale.
Depuis lors, Giorgia Meloni a pris de plus en plus de distances avec Trump. Fin mars, son gouvernement a refusé à des avions militaires américains en route vers le Moyen-Orient l’autorisation d’atterrir à la base aérienne de Sigonella, en Sicile. Quelques jours plus tard, en avril, devant le Parlement italien, elle a énuméré les cas dans lesquels son gouvernement était en désaccord avec la Maison-Blanche. « Comme il est normal entre alliés, nous devons le dire clairement même lorsque nous ne sommes pas d’accord », a-t-elle déclaré.
La fracture entre les deux dirigeants est devenue plus visible lorsque Donald Trump a réprimandé le pape Léon XIV pour avoir condamné la guerre contre l’Iran en avril. Mme Meloni a qualifié cette attaque contre le pape d’« inacceptable », et M. Trump a rétorqué que c’était elle qui était « inacceptable », déclarant au journal italien Corriere della Sera à l’époque qu’elle n’était « plus la même personne ». Les deux dirigeants se sont rencontrés à plusieurs reprises lors du sommet du G7 de trois jours qui s’est tenu la semaine dernière dans la ville française d’Évian-les-Bains. Reuters a rapporté, citant une source diplomatique européenne, que Giorgia avait ouvertement contredit Donald Trump sur plusieurs points, défendu l’Europe et lui avait reproché d’avoir affirmé avoir été abandonné par ses alliés occidentaux. En marge d’une table ronde du G7, le président du Conseil européen, António Costa, avait plaisanté en disant que Meloni et Trump semblaient être « à nouveau amis », ce à quoi le second a répondu : « J’ai été abandonné. » La première s’est empressée de dire que ce n’était pas vrai.
La dernière insulte de Trump a toutefois suscité plusieurs réactions immédiates dans toute l’Italie. « Quiconque s’en prend à Giorgia Meloni s’en prend à nous tous », a écrit sur X le vice-premier ministre Matteo Salvini. Des voix de l’opposition politique se sont également rangées du côté de Mme Meloni : Filippo Sensi, sénateur du Parti démocrate (centre-gauche), a déclaré que « personne n’a le droit d’adopter un ton aussi arrogant envers la personne à la tête du gouvernement italien ».
- Article issu de TIME US - Traduction TIME France





