Partout dans le monde, la baisse de la natalité sonne comme une alarme silencieuse. La France n’y échappe pas : nous enregistrons aujourd’hui le plus faible nombre de naissances depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais derrière ces chiffres se cache une question bien plus profonde que les équilibres démographiques ou le financement de la protection sociale : celle de la place que nos sociétés, et en particulier nos entreprises, accordent encore aux familles.
Nous parlons sans cesse d’« équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle ». Mais soyons lucides : nous parlons beaucoup moins d’équilibre entre vie professionnelle et vie parentale.
La parentalité reste le grand angle mort des politiques de ressources humaines. C’est la seule responsabilité à temps plein que l’on s’imagine pouvoir gérer… en marge d’une journée de travail.
Cela doit changer. Et cela doit changer maintenant.
En tant que Haute-commissaire à l’Enfance, j’appelle les employeurs, publics comme privés, des grands groupes internationaux aux petites entreprises locales, à reconnaître que soutenir les parents n’est pas un avantage accessoire. C’est une responsabilité stratégique. La parentalité n’est pas un frein à la productivité : elle est au cœur de notre avenir collectif.
De grandes entreprises engagées sur le sujet en France ont compris qu’en soutenant les parents, elles n’offrent pas un « plus » : elles investissent intelligemment. Elles attirent les talents. Elles les fidélisent. Elles créent des environnements où l’on n’a plus à choisir entre son enfant et sa carrière. Certaines offrent la possibilité d’aménager son temps de travail ou accompagnent le retour de congé de maternité, de paternité ou d’adoption. D’autres encore accordent des jours particuliers pour être auprès de son enfant ou proposent des temps d‘information sur des sujets tels que les besoins du jeune enfant ou les dangers des réseaux sociaux pour les adolescents.
Trop souvent encore, les parents cherchent à être des employés exemplaires comme s’ils n’avaient pas d’enfants, et des parents exemplaires comme s’ils n’avaient pas de travail.
Ce modèle n’est pas seulement irréaliste. Il est destructeur.
D’une part, car les politiques favorables aux parents influencent directement la natalité. Mais aussi, car elles influencent la santé mentale, l’innovation et l’égalité femmes-hommes. Dans le secteur privé, on sait que les femmes gagnent encore en moyenne 22% de moins que les hommes, qu’elles exercent plus souvent à temps partiel et dans des métiers moins bien rémunérés. Une société qui décourage la parentalité est une société qui s’épuise elle-même.
C’est pourquoi j’adresse ce message aux dirigeants, en France comme ailleurs :
Votre politique de parentalité est une politique publique.
Vos choix RH façonnent le monde dans lequel grandira la prochaine génération.
Vous n’êtes pas des acteurs secondaires, vous êtes des alliés décisifs.
Imaginons un monde où :
- la flexibilité n’est plus un privilège mais une évidence ;
- les solutions de garde font partie de la stratégie de rémunération ;
- le congé parental est accessible, encouragé, et sans impact sur la trajectoire professionnelle.
- les moments clés de l’enfance ne sont plus des problèmes logistiques, mais des temps reconnus et partagés ;
- les pères sont pleinement soutenus dans leur rôle, et non jugés lorsqu’ils le prennent au sérieux.
Soutenir les parents, ce n’est pas abaisser nos exigences. C’est élever notre vision.
Nous sommes à un carrefour. Certains continueront de commenter la baisse de la natalité comme un simple indicateur statistique. Je crois, au contraire, que c’est un révélateur. Celui de notre capacité, ou non, à faire société.
L’avenir des enfants n’est pas une affaire privée. Il est un projet commun.
Et les entreprises doivent être au premier rang de cette nouvelle révolution parentale.
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