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Plastic Detox : comment le plastique menace silencieusement notre capacité à avoir des enfants

Rosalie Mann est la présidente fondatrice de No More Plastic Foundation
Crédit @Netflix

Pour beaucoup de couples à travers le monde, le rêve de fonder une famille se transforme en une épreuve longue, coûteuse et profondément éprouvante.

Dans le documentaire Plastic Detox, disponible sur Netflix, l’histoire commence comme celle de millions de personnes. Darby et Jesse Nubbe, un couple de l’Idaho, tentent depuis deux ans d’avoir un enfant. Analyses sanguines hebdomadaires, échographies invasives, tests de fertilité, analyses génétiques, régimes stricts, compléments alimentaires coûteux, programmes sportifs intensifs, bains glacés quotidiens et une succession interminable de tests de grossesse. Au total, plus de 16 000 dollars dépensés pour un diagnostic aussi bref que dévastateur : « infertilité inexpliquée ». « Nous étions perdus », raconte Darby. « Avec plus de larmes que je ne voudrais m’en souvenir. »

Cette situation n’a malheureusement rien d’exceptionnel. Depuis cinquante ans, les scientifiques observent une chute spectaculaire du nombre de spermatozoïdes à l’échelle mondiale. Selon l’OMS, une personne sur six est aujourd’hui touchée par l’infertilité. Depuis la naissance du premier bébé issu de la fécondation in vitro en 1978, plus de 8 millions d’enfants sont nées grâce à ces techniques. Dans plusieurs pays européens, le recours à la procréation médicalement assistée ne cesse d’augmenter et représente désormais entre 3 % et près de 10% des naissances selon les pays.

De la difficulté de se « détoxiquer »

Comme tant de couples, Darby et Jesse pensaient sincèrement que la réponse se trouverait dans la médecine. Ils n’imaginaient pas qu’elle pouvait se cacher dans leur propre maison, dans les objets en plastique les plus ordinaires de leur quotidien : bouteilles d’eau, emballages alimentaires, cosmétiques, vêtements synthétiques. Ce documentaire, réalisé par l’oscarisé Louie Psihoyos et Josh Murphy, suit l’expérience menée par l’épidémiologiste de la reproduction Dr Shanna Swan, l’une des scientifiques les plus reconnues au monde sur la question de la fertilité.

Son hypothèse est aussi simple que dérangeante : les plastiques qui envahissent notre quotidien pourraient compromettre notre capacité à nous reproduire. Pour tester cette hypothèse, la Dre Swan a mené une expérience radicale. Pendant trois mois, six couples souffrant d’infertilité inexpliquée ont réduit au maximum leur exposition au plastique et aux substances chimiques qui y sont associées.

Les participants devaient éviter les aliments stockés dans du plastique, renoncer aux plats préparés et aux contenants jetables, abandonner les textiles synthétiques et remplacer les cosmétiques parfumés par des alternatives naturelles. L’un des conseils les plus surprenants consistait à refuser les tickets de caisse, souvent recouverts de bisphénols absorbables par la peau.

Se « détoxifier » du plastique et des perturbateurs endocriniens n’est pas simple. Ces substances ne se trouvent pas seulement dans les objets les plus évidents, bouteilles ou emballages alimentaires, mais aussi dans des produits inattendus comme le chewing-gum, les sachets de thé ou même certains livres. Des milliers de substances chimiques sont ajoutées aux plastiques issus de la pétrochimie, comme les phtalates et les bisphénols (BPA), connus pour être des perturbateurs endocriniens depuis des décennies. Ces molécules, qui donnent au plastique ses propriétés extraordinaires de résistance et de flexibilité, interfèrent avec le système hormonal humain, au cœur même du processus de reproduction. Ces substances pénètrent dans l’organisme de multiples façons : nous les ingérons, nous les inhalons et nous les absorbons à travers la peau.

Des effets concrets

Pour Eric Isaac et sa femme Julie, un autre couple participant au documentaire, la prise de conscience fut brutale. Lorsque la Dr Swan est venue examiner leur maison, les changements ont été immédiats : le garde-manger a été vidé, les produits ménagers remplacés, les cosmétiques éliminés. Même sa boisson préférée, l’eau pétillante aromatisée en canette, a dû disparaître car la plupart des canettes sont recouvertes d’une fine couche plastique contenant des perturbateurs endocriniens. L’expérience a révélé une triste réalité : éviter ces substances dans le monde moderne relève presque du défi, voire de l’impossible. Même les dîners chez des amis devenaient compliqués : cuisson dans des poêles antiadhésives, aliments stockés dans des contenants plastiques.

Malgré ces difficultés, les couples ayant participé à l’expérience ont constaté des effets inattendus de cette expérience. Les analyses ont montré une chute spectaculaire des niveaux de bisphénols dans leur organisme en seulement trois mois. La qualité du sperme de certains participants s’est également améliorée. Mais les bénéfices ne se limitaient pas à la fertilité. Plusieurs participants ont signalé un meilleur sommeil, plus d’énergie, une concentration accrue et même une perte de poids.

L’histoire racontée dans Plastic Detox dépasse pourtant largement celle de ces couples. Il s’agit d’un problème systémique mondial. Les perturbateurs endocriniens n’affectent pas seulement les adultes, ils influencent également le développement du fœtus, avec des conséquences qui se transmettent sur plusieurs générations. Dans mon livre No More Plastic : comment le plastique ruine notre santé (Éditions La Plage, 2024), j’ai rassemblé et analysé des décennies de recherches scientifiques pour démontrer preuves à l’appui que ce ne sont plus des théories, et que le plastique issu de la pétrochimie n’est plus seulement un problème environnemental : il constitue désormais une menace systémique pour la santé humaine, l’économie et le climat.

« Déplastifier notre société n’est plus une option. C’est devenu une nécessité pour l’humanité. »

Les recherches montrent aujourd’hui que les micro et nanoplastiques se retrouvent dans l’ensemble du corps humain : dans le sang, les poumons, le cerveau, le cœur, le sperme et le placenta. Autrement dit, tous les bébés naissent « pré-pollués ». De nombreuses études établissent désormais des liens avec des pathologies graves, comme l’infertilité, les maladies cardiovasculaires, les troubles neurologiques et certains cancers.

Le problème n’est pas technique. Il est sanitaire. Le véritable enjeu n’est donc pas de défendre le plastique, mais d’en redéfinir sa place : lui rendre ses lettres de noblesse en le réservant strictement aux usages où il est réellement indispensable, à son juste périmètre et à son vrai coût et de cesser de le banaliser dans des secteurs du quotidien où ses impacts sanitaires et biologiques sont désormais clairement établis et particulièrement préoccupants. Réduire le plastique n’est pas une posture idéologique. C’est refuser de transmettre un héritage toxique aux générations actuelles et futures. Déplastifier notre société n’est plus une option. C’est devenu une nécessité pour l’humanité.

 

Plastic Detox sera projeté en présence du réalisateur et du Dr Shaw le 31 mars dans le programme Film for Change de ChangeNOW au Grand Palais et sera suivi d’un débat.

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