Une juge fédérale californienne a suspendu, ce 20 juillet 2026, le rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount Skydance, valorisé à environ 110 milliards de dollars, estimant que l’opération pourrait porter un préjudice irréversible à la concurrence. Un nouveau coup de théâtre dans cette affaire aux lourdes conséquences.
L’une des plus grandes transactions de l’histoire des médias a été subitement suspendue par la décision d’une juge fédérale de Californie. Le rachat du groupe Warner Bros. Discovery (WBD) par son concurrent Paramount Skydance, d’une valeur d’environ 110 milliards de dollars, a été temporairement paralysé ce 20 juillet 2026 après une ordonnance d’Araceli Martínez-Olguín, juge du tribunal fédéral de première instance du district nord de Californie. Le sursis, prévu pour quatorze jours, a été prononcé à la demande d’une coalition de procureurs généraux de douze États américains emmenée par la Californie.
La suspension de l’opération financière négociée entre les deux géants des médias américains résulte de fortes inquiétudes concernant la libre concurrence dans le secteur. Craignant des « dommages irréversibles », Araceli Martínez-Olguín juge qu’il serait « difficile, sinon impossible » de revenir sur l’opération une fois celle-ci engagée, notamment en cas de partage d’informations sensibles, de réaffectation ou de licenciement de salariés. La juge a indiqué qu’elle examinerait, au cours d’une nouvelle audience prévue le 3 août prochain, la possibilité d’étendre la suspension pendant plusieurs mois.
La crainte d’un géant du cinéma indétrônable
Si le mariage entre Paramount et Warner Bros. a reçu le feu vert du ministère américain de la Justice à la mi-juin, les épousailles butent sur un dernier obstacle particulièrement imposant. La Californie, accompagnée d’onze autres États américains comme New York, le Colorado et le Massachusetts, s’est tournée vers la justice ce 13 juillet pour faire part de son inquiétude quant aux conséquences d’une telle union dans le secteur du cinéma. Une semaine plus tard, la juge fédérale Araceli Martínez-Olguín s’est montrée convaincue par les craintes exprimées par la coalition, selon laquelle la fusion contrôlerait 27 % du marché américain de la distribution des films bénéficiant d’une large sortie en salles.
« L’histoire montre ce qui se passe lorsque quelques personnes exercent un pouvoir considérable sur des marchés essentiels à la vie des Américains : moins d’opportunités pour un plus grand nombre, des produits et services de moins bonne qualité pour tous », s’est félicité le procureur général de Californie, Rob Bonta, dans un communiqué publié ce 20 juillet.
De fait, le rachat de Warner Bros. par Paramount réunirait sous une même coupole les services de streaming HBO Max et Paramount+, aux côtés de chaînes de télévision populaires comme CBS et CNN. De nombreuses franchises très populaires seraient également rassemblées, parmi lesquelles Harry Potter, Game of Thrones et l’univers DC. Netflix, qui avait lui aussi sorti les billets pour racheter Warner Bros., a finalement renoncé à surenchérir face à l’offre supérieure présentée par Paramount au début de l’année.
La suspension décrétée par Araceli Martínez-Olguín, prévue pour une durée de quatorze jours, pourrait être prolongée jusqu’à vingt-huit jours, laissant ainsi le temps aux États protestant contre l’opération de mieux préparer leurs arguments face aux tribunaux. Une audience concernant la demande d’injonction préliminaire des États, fixée au 3 août par le tribunal, doit déterminer si la suspension se poursuivra pendant toute la durée de la procédure. Ces reports s’avèrent particulièrement néfastes pour Paramount, laquelle a promis de verser environ 650 millions de dollars supplémentaires par trimestre si l’opération n’est pas finalisée après le 30 septembre, une somme calculée au jour le jour.
Paramount défend une fusion favorable à la concurrence
Si la Californie et ses onze alliés redoutent la naissance d’un géant des médias trop confortablement installé sur le trône du secteur, Paramount s’attache à réfuter les nombreuses contestations ciblant son opération. À rebours des discours pointant du doigt l’affaiblissement de la concurrence, Paramount défend au contraire un phénomène inverse permettant une concurrence accrue entre les services de streaming. « Cette fusion est conforme à la loi, favorise la concurrence et profitera aux consommateurs, aux créateurs, aux salariés et au secteur du divertissement », a déclaré une porte-parole de Paramount.
Les marchés financiers ont accueilli la décision sous de mauvais auspices pour les deux sociétés au cœur de cette opération financière. L’action de Warner Bros. Discovery a notamment reculé jusqu’à 4 % dans l’après-midi du 20 juillet. Ce, en dépit du soutien officiel du ministère américain de la Justice, qui, au terme d’une enquête de huit mois, a conclu en juin que le rachat ne risquait pas de nuire à la concurrence dans les secteurs du streaming, de la télévision et du cinéma.
La position de Paramount et du gouvernement américain n’est toutefois pas partagée par Araceli Martínez-Olguín, laquelle estime que les douze États américains ont « clairement démontré que l’opération réduirait considérablement la concurrence » sur le marché des films à grande diffusion. La coalition de procureurs redoute plusieurs conséquences durables dans le secteur, notamment une hausse des prix et une dégradation de la qualité des contenus.
Paramount, rachetée par Skydance l’année dernière, a commenté la décision de justice du 20 juillet en affirmant que les arguments des procureurs généraux étaient sans fondement et ne correspondaient pas aux réalités actuelles du marché. La société s’est récemment tournée vers l’expertise de Paul Clement, éminent avocat spécialisé dans les affaires portées devant la Cour suprême, afin de renforcer son équipe dans cette affaire aux nombreux retournements de situation.






