Bulles d’Histoire
On l’a longtemps surnommé « l’homme le plus détesté de France ». Pierre Cauchon est resté dans l’Histoire comme celui qui fit périr Jeanne d’Arc, immolée sur son bûcher le 30 mai 1431, au terme d’un procès truqué autant que politique. Cette nouvelle BD, magistralement illustrée par Joël Parnotte, revient sur l’étrange relation de l’évêque et de la bergère, qui s’était donné pour mission d’aider le pauvre roi Charles VII à « bouter l’Anglois hors de France ». Le temps des quelques semaines du procès, Cauchon apprend à connaître sa captive lors des interrogatoires du tribunal ecclésiastique qu’il préside. La cour se met à douter, tombe en partie sous le charme, mais sait bien qu’elle doit rendre des comptes aux Anglais, qui gouvernent depuis Rouen la plus grande partie du pays pendant cette phase de la guerre de Cent Ans. Une relation bien plus complexe qu’il n’y paraît se dessine alors, où l’admiration, la séduction et les élans mystiques semblent pouvoir l’emporter chez le prélat qui collabore avec l’occupant.
Cauchon… ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc, de Xavier Dorison et Louis-David Delahaye, dessin Joël Parnotte, Dargaud, 176 pages, 35 euros.

En vers et contre tout
C’est un étrange et séduisant roman que ce récit sous forme de soliloque, qui vient de remporter le prix Sciences Po Alumni 2026. Une femme raconte sa vie comme on scande une mélopée, depuis les rives de la Baltique jusqu’à Bruxelles, puis Paris sous l’Occupation, dans une Europe qui se ferme peu à peu aux Juifs. Ita est la fille d’un marchand de harengs qui emporte avec elle, de fuite en exil, un simple dé à coudre, talisman dérisoire que sa mère lui a confié pour survivre. Ecrivain venu du théâtre, Guillaume Viry choisit le vers libre et une langue sobre, presque nue, pour dire l’errance, l’angoisse, les humiliations et les minuscules éclats de lumière qui jalonnent ce parcours cabossé. La voix d’Ita avance par ressacs, refrains et silences, jusque sa rencontre avec « l’esprit de sel », lors de la rafle du Vel d’Hiv… Un texte court, intense et poétique, explorant l’antisémitisme et les persécutions d’une époque, mais qui, plus largement, donne à sentir le désarroi de l’exil et de la solitude que traverse l’individu pris dans les affres de l’Histoire.
L’Esprit de sel, de Guillaume Viry, Éditions du Canoë, 144 pages, 16 euros.

Truman Show 4.0
Vivons-nous dans un décor truqué, sans le savoir, comme des personnages de jeu vidéo manipulés à distance ? Telle est l’hypothèse vertigineuse que le journaliste Loïc Hecht a voulu explorer. Une enquête très sérieuse, qui part d’une brève parue dans le New Yorker– selon laquelle une pincée de milliardaires de la Silicon Valley aurait mandaté des scientifiques pour tester l’idée que notre réalité ne serait qu’un programme très sophistiqué… De San Francisco aux laboratoires de la côte Est en passant par les campus américains où s’inventent l’intelligence artificielle et la réalité virtuelle, Hecht met face à face physiciens, neuroscientifiques, ingénieurs, moines tibétains et spécialistes des états modifiés de conscience. Il explore la façon dont cette théorie de la simulation contamine à la fois la science, la pop culture et nos angoisses les plus contemporaines, à l’heure où nos existences s’insèrent de plus en plus dans les algorithmes et se projettent sur les écrans comme dans une nouvelle allégorie de la caverne.
La Simulation, de Loïc Hecht, Les Arènes, 384 pages, 22 euros.

Dans les coulisses d’un virus
Vous pensiez tout savoir du Covid ? Cette enquête très fouillée vous montrera, au contraire, combien vous n’en avez qu’une vision brouillée et fragmentaire. L’auteur, journaliste au Monde, reconstitue la chronologie souterraine de la pandémie, depuis les premières alertes ignorées jusqu’aux batailles diplomatiques autour de l’OMS en passant par les cafouillages des autorités sanitaires et les volte-face des gouvernements. Grâce à des milliers de documents désormais accessibles -notes d’agences de renseignement, mails de chercheurs, comptes rendus de réunions…-, le livre fait apparaître ce qui se jouait en coulisses pendant les confinements successifs. Il raconte comment se sont décidé les premières mesures sanitaires, les fermetures de frontières, la course aux vaccins, mais aussi comment une autre « épidémie », celle des rumeurs et de la désinformation, a parasité la réponse mondiale. Un récit qui pose en sourdine une question lancinante : sommes-nous réellement prêts pour la prochaine fois ?
Histoire mondiale du Covid, de William Audureau, Allary Éditions, 504 pages, 22,90 euros.







