Alors que l'année 2026 pourrait battre des records de température extrêmes, scientifiques et agences internationales ont émis, ce 12 mai 2026, un nouvel avertissement concernant le réchauffement climatique, jugé trop souvent relégué au second plan par de nombreux gouvernements et entreprises à travers le globe.

Dans un article publié par Le Monde ce mardi 12 mai, scientifiques et organisations internationales partagent leurs inquiétudes. En dépit des températures toujours plus élevées et des catastrophes toujours plus dévastatrices sur l’ensemble de la planète, des chercheurs et experts liés notamment à l’Organisation météorologique mondiale, à l’Imperial College de Londres et au réseau World Weather Attribution se disent « très préoccupés » par le ralentissement du combat contre le réchauffement climatique.

Alors que 2026 risque de s’imposer comme l’une des années les plus extrêmes sur le plan climatique en raison du retour probable du phénomène El Niño, gouvernements comme entreprises empruntent une tendance néfaste. Les ambitions climatiques s’essoufflent et s’amenuisent à des vitesses parfois fulgurantes. L’arrivée au pouvoir d’un président ouvertement hostile à plusieurs politiques climatiques à la tête de la plus grande puissance du monde, les États-Unis, ajoute une pression supplémentaire à un moment pourtant critique dans le combat contre le dérèglement global.

2026, l’année de tous les records ?

Sur tous les continents, les voyants tournent au rouge. L’alerte lancée par les scientifiques et les organisations internationales veut rappeler à quel point le danger du réchauffement climatique est structurel et global. Celui-ci se traduit, en premier lieu, par des températures historiquement élevées, qui ont tantôt atteint 46°C en Inde, tantôt culminé à 40°C en Australie. Le Groenland a, de son côté, connu son mois de janvier le plus chaud de son histoire. Conséquence indissociable de ces chaleurs, les feux de forêt ont été particulièrement ravageurs, avec plus de 150 millions d’hectares de surface dévorés par les flammes à travers le monde entre janvier et avril. C’est environ 50 % de plus que la moyenne récente à cette période et 20 % au-dessus du précédent record, selon les données relayées par les chercheurs à partir du Global Wildfire Information System.

Le dérèglement climatique n’a pas manqué de cibler la France, dont l’hiver dernier a été marqué par une succession de tempêtes, de précipitations et de crues, des phénomènes dont l’intensité et la fréquence peuvent être aggravées par le réchauffement. Le mois de février a été, quant à lui, synonyme de records de chaleur, traduisant ainsi une perturbation inquiétante du cycle de l’eau.

L’année 2026 fait craindre un dérapage important des phénomènes climatiques, en particulier en raison du retour probable d’El Niño. Ce phénomène naturel, attendu à partir du milieu de l’année selon l’Organisation météorologique mondiale, avec une probabilité également relevée par la NOAA pour la période mai-juillet, se caractérise par une modification de la circulation atmosphérique mondiale. Couplé au réchauffement de long terme induit par les activités humaines, l’été 2026 pourrait même devenir le terrain de jeu d’un « super El Niño », comme le précise Météo France.

Les experts redoutent des « extrêmes climatiques sans précédent » qui devraient culminer entre décembre 2026 et janvier 2027, avant un reflux estimé vers le printemps 2027. Plusieurs projections évoquent un épisode potentiellement intense, si bien que 2026 pourrait s’ériger au rang de deuxième année la plus chaude jamais enregistrée, tandis que 2027 pourrait à son tour menacer les records.

La lutte climatique « reléguée au second plan »

Bien que l’inquiétude scientifique partagée ce 12 mai 2026 s’appuie sur tout un ensemble de sources vérifiées, les engagements portés pour combattre le réchauffement climatique perdent en vigueur. Si les effets du dérèglement climatique se font toujours plus sentir, les efforts visant à les atténuer sont loin d’être suffisants. Pire encore, les émissions liées aux énergies fossiles restent à des niveaux très élevés, tandis que la déforestation continue de peser sur le bilan climatique mondial. Si cette tendance se poursuit, la température moyenne de la planète risque d’augmenter de près de 3°C d’ici la fin du siècle, selon les projections du Programme des Nations unies pour l’environnement.

Les gouvernements suivent, malgré l’urgence climatique, une trajectoire de recul ou de ralentissement dans leurs politiques environnementales. Certaines figures s’attachent même à régulièrement décrédibiliser la lutte contre le dérèglement climatique. C’est le cas des États-Unis, dont les dérives climato-sceptiques pavent le second mandat de Donald Trump depuis son retour au pouvoir en janvier 2025. Celles-ci ont été dernièrement marquées par une sortie inédite de l’administrateur de l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA), qui a multiplié les attaques contre les politiques climatiques lors d’un discours livré début avril devant le Heartland Institute, organisation connue pour contester le consensus scientifique sur le climat. « Il est controversé que nous ne signions pas pour le scénario selon lequel le monde est sur le point de prendre fin », avait déclaré Lee Zeldin. Il s’était également moqué des administrations précédentes pour avoir tenu compte des avertissements des climatologues sur les dangers des émissions de gaz à effet de serre (GES)

Estimant que la lutte contre le réchauffement climatique a été « reléguée au second plan » par les gouvernements, les scientifiques appellent à agir pour réduire les émissions de GES. L’Organisation mondiale de la santé estime que le changement climatique pourrait provoquer environ 250 000 décès supplémentaires par an entre 2030 et 2050, liés notamment à la sous-nutrition, au paludisme, aux diarrhées et au stress thermique. En plus du coût humain, le dérèglement affecte durablement les sociétés. Parce que les catastrophes climatiques jouent sur le rendement agricole, elles peuvent alimenter l’insécurité alimentaire, le déplacement forcé de population, les maladies ou encore la mortalité. Au total, elles auraient engendré près de 224 milliards de dollars (190 milliards d’euros) de pertes économiques au cours de l’année 2025, selon Munich Re, réassureur allemand.

Le seul moyen de limiter l’impact des catastrophes climatiques, est de respecter les ambitions environnementales fixées par les pays du monde entier. Parmi les plus ambitieux se tient l’Accord de Paris, signé en 2015, qui prévoit une limitation du réchauffement climatique à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels. Un objectif qui se voit, chaque année, de plus en plus menacé par la réalité de l’implication environnementale dans tous les pays du monde.