L'ONG Global Footprint Network annonce que la France a atteint son « jour de dépassement » ce vendredi 24 avril. Le pays vit à présent sous « crédit écologique » pour le reste de l'année 2026, une date qui s’avance dans le temps chaque année.

La France a désormais dépassé sa capacité de ressources pour l’année 2026. L’ONG Global Footprint Network indique que la France a déjà épuisé sa capacité de régénération annuelle de ses écosystèmes ce vendredi 24 avril. La France vit donc à partir de ce jour, « à crédit écologique » pour le reste de l’année 2026, alerte l’ONG WWF France. Cette année comme chaque année, la date ne cesse d’être tôt dans l’année. En 2025, le « jour du dépassement » a eu lieu samedi 19 avril 2025 pour la France. Cette date correspond à la période à partir de laquelle l’écosystème de la France a consommé plus de ressources naturelles qu’il n’est en mesure de produire, tout en émettant plus de gaz à effet de serre dans l’atmosphère que ce que l’écosystème est capable d’absorber en une année.

La France épuise ses ressources plus vite que ses voisins

Une date butoir qui n’a pas encore été annoncée à l’échelle de la planète, ce qui signifie que « si tout le monde vivait comme en France, la biocapacité internationale serait dépassée à partir d’aujourd’hui », explique Mathis Wackernagel, cofondateur de l’organisation américaine Global Footprint Network auprès du Monde. Selon le Fonds mondial pour la nature (WWF), la France fait partie des pays les moins sobres de l’Europe, atteignant par bien plus tôt que les autres pays européens son « jour de dépassement ». WWF appelle donc à « une mobilisation immédiate » puisque chez les voisins de la France, la date butoir approche également : En Allemagne, la date est estimée au dimanche 10 mai prochain, pour le Royaume-Uni au vendredi 22 mai et pour l’Espagne au jeudi 4 juin 2026.

Cet écart entre la France et l’Allemagne est assez récent et date d’il y a seulement deux ans. Avant cela, les Allemands précédaient depuis une quinzaine d’années les Français de seulement quelques jours. Selon Mathis Wackernagel, il est souvent difficile de justifier cet écart car les calculs de l’ONG « ne regardent pas le pourquoi, mais le quoi », même si selon lui, la France boucle son cycle car elle possède plus de ressources : « plus il y a de ressources, plus on en consomme. Et [elle] en a beaucoup », estime-t-il toujours auprès du Monde.

Un retard sur les énergies renouvelables

En 2024, la France consommait quatre fois plus de produits de la mer que son voisin allemand d’après Global Footprint Network. Par conséquent, son empreinte écologique par habitant était plus importante : 0,24 hectares globaux par habitant contre 0,06 pour les Allemands. Pour le moment, l’ONG manque de données précises pour déterminer en 2026 les secteurs où l’écart entre les deux pays se creuse. WWF explique de son côté que cet écart de la France peut être dû à « plusieurs facteurs […] comme [sa] forte empreinte agricole et alimentaire, sa dépendance plus forte aux importations, ou ses plus faibles gains d’efficacité énergétique ». L’ONG indique tout de même « qu’il est important de ne pas tirer de conclusions trop vite ». Ces chiffres pour l’année 2026 sont en effet « nécessairement une projection, et devront être affinés à l’aune des consommations réelles », ajoute-t-elle.

« Pour le Luxembourg, cela tient à la faiblesse de ses ressources propres et à une population très riche qui consomme énormément », expliquait notamment Jean Burkard, directeur du plaidoyer du WWF France à Franceinfo. Dans le calcul du jour du dépassement, selon l’ONG, on retrouve les spécificités liées au territoire comme par exemple les ressources forestières ou maritimes. « Il faut se pencher sur le mix énergétique de nos voisins européens pour comprendre certaines différences » concernant ces dates butoirs, souligne Jean Burkard. D’autant plus que la France « accuse de plus en plus de retard dans le développement des énergies renouvelables », affirme le directeur du WWF France à Franceinfo.

Le « jour de dépassement » de la planète attendu en juin

Selon Inès Bouacida, chercheuse, spécialiste des questions liées au climat et à l’énergie à l’Institut du développement durable et des relations internationales : « L’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Espagne ont une part assez importante d’énergies renouvelables pour faire de l’électricité. La France en a un peu moins, et surtout elle a aussi des centrales nucléaires qui produisent de l’électricité », explique-t-elle à Franceinfo.

D’après un chargé de plaidoyer au sein du WWF répondant aux questions du Monde, « même si le chiffre est imparfait et répétitif, cela reste une manière concrète de parler de la pression humaine sur les écosystèmes ». En 2026, les limites planétaires face à la surproduction et à l’émission de gaz à effet de serre auraient été dépassées dès le mercredi 4 février dernier si la planète vivait en consommant comme le Qatar. Dans l’autre sens, au plus tard dans l’année, la planète aurait pu atteindre ses limites le vendredi 27 novembre en vivant comme le Honduras. Il est envisagé à ce stade que le « jour du dépassement » planétaire soit cette année au début du mois de juin. En 2025, il a eu lieu jeudi 24 juillet.