Après des années de coupes sombres, la déforestation au Brésil a atteint en 2025 son plus bas niveau depuis 2019. Un succès qui profite largement au président Luiz Inácio Lula da Silva, lequel a fait du retour de la police environnementale l’un des marqueurs de sa politique environnementale.

Après Jair Bolsonaro, dont le mandat à la tête du pays a été marqué par un démantèlement assumé des garde-fous écologiques, Luiz Inácio Lula da Silva a à son tour été appelé à la barre de la politique environnementale brésilienne. Le président de gauche, revenu au pouvoir en 2023, a dû faire face à l’attente immense de la communauté internationale concernant la sauvegarde de l’Amazonie. Lula, dont la réputation de défenseur du climat est au cœur de sa stratégie politique, s’inscrit à cinq mois d’un scrutin où il espère décrocher un quatrième mandat à la tête du Brésil.

S’il est aujourd’hui salué pour ses résultats encourageants sur le terrain, le chef de l’État brésilien traîne aussi une réputation plus ambiguë auprès des défenseurs de l’environnement et des chercheurs. Lors de la publication du dernier rapport du réseau de surveillance MapBiomas, le 27 mai 2026, les experts ont rappelé que les progrès sur la déforestation ne suffisent pas à effacer les contradictions d’une politique où les grandes déclarations écologistes se heurtent encore à la défense d’intérêts économiques puissants.

Le retour du gendarme environnemental

Les chiffres sont sans appel. Avec 985 000 hectares déboisés en 2025 dans la forêt amazonienne, le Brésil enregistre une chute de 20,6 % par rapport à l’année précédente. Pour la plus vaste forêt tropicale au monde, qui s’étale sur une superficie de plus de 5 millions de km², le recul de la déforestation s’élève même à 23,5 %, s’établissant à environ 290 000 hectares. Auprès de l’AFP, Marcos Rosa, coordinateur technique de MapBiomas, a répondu, formel :

« Nous avons constaté une hausse du contrôle et des sanctions […] qui ont une relation directe avec la baisse de la déforestation dans tous les biomes brésiliens ».

Ce changement de cap orchestré par les sphères du pouvoir brésiliennes présente un contraste saisissant avec l’ère Bolsonaro (2019-2023). En 2025, 65 % des zones visées par des alertes de déforestation ont fait l’objet d’actions concrètes des autorités, contre à peine 5 % en 2019. Le ralentissement du déboisement s’explique, en partie, par une politique de contrôle et de sanctions envers les actes de déforestation illégaux, nettement affaiblie lorsque Jair Bolsonaro était au pouvoir. En parallèle, le gouvernement Lula a conditionné l’octroi de crédits agricoles à l’absence de pratiques illégales.

Si les tronçonneuses reculent, l’Amazonie continue de perdre ses arbres. En 2024, le Brésil a vu plus de 30 millions d’hectares partir en fumée lors d’incendies records, exacerbés par le réchauffement climatique et l’action humaine. En dépit de la baisse globale de la coupe rase, MapBiomas déplore la disparition d’environ cinq arbres par seconde en Amazonie.

Lula : un président purement environnementaliste ?

Si la déforestation de l’Amazonie a été radicalement revue à la baisse depuis le début de son troisième mandat, Lula semble entretenir un rapport ambigu avec la protection de l’environnement. Une ambiguïté notamment trahie par le soutien du président brésilien à un immense projet d’exploration pétrolière au large de l’embouchure de l’Amazone. Autorisé deux semaines avant la COP30, ce projet, déploré par les défenseurs de l’environnement, demeure soutenu par le dirigeant de gauche. Le Brésil s’est imposé comme l’un des grands producteurs mondiaux de pétrole, avec une production appelée à atteindre 3,8 millions de barils par jour en 2025 selon l’EIA.

Les résultats actuels vis-à-vis du ralentissement de la déforestation en Amazonie ne relèvent pas, selon Jean-Louis Doucet, interrogé par la RTBF, du seul mérite gouvernemental. Le professeur de foresterie tropicale rappelle l’effet dissuasif de la pression internationale, portée notamment par le règlement européen sur la déforestation (RDUE), qui exigera que les produits mis sur le marché européen ou exportés depuis l’UE soient exempts de déforestation. Lula a néanmoins joué un rôle majeur en renforçant « les contrôles et la collaboration entre les autorités environnementales et les États fédérés ».

Si l’Amazonie souffle sous le mandat de Lula, le Cerrado souffre. Cette vaste savane riche en biodiversité a concentré à elle seule plus de la moitié de la déforestation nationale en 2025, malgré une baisse de 16,9 % sur un an. Derrière ces coupes se cache un ogre insatiable : l’expansion agricole et l’élevage, responsables de 99 % de la végétation native perdue l’an dernier.

Le soja, roi des exportations brésiliennes, pourrait d’ailleurs voir sa production stimulée par l’accord de libre-échange entre le Mercosur et l’Union européenne. Face à cela, Lula se trouve désarmé : dépourvu de majorité au Congrès, le président subit de plein fouet le lobbying acharné de l’agronégoce. Ce puissant groupe de pression a même réussi, la semaine précédente, à faire approuver par la Chambre des députés des lois visant à assouplir les contrôles environnementaux. La prochaine élection présidentielle du Brésil, dont le premier tour est fixé au 4 octobre 2026, pourrait chambouler les dernières avancées incarnées par Lula, lequel risque de se confronter à Flávio Bolsonaro, fils aîné de Jair Bolsonaro et allié revendiqué de Donald Trump.