Ads

Édition française du magazine TIME – Abonnement 1 an 4 n°, 41 € (économisez 10%)

Pourquoi certaines stations de ski ferment-elles leurs portes ?

La fermeture des stations de ski, un sujet crucial pour toute une économie locale crédit@unsplash
Depuis les années 1950, plus de deux cents sites de ski ont fermé, en grande majorité des microstations de moyenne montagne. Quelles sont les causes de ces fermetures ?

Avec 54,8 millions de journées de ski pour l’hiver 2024-2025, la France est la deuxième destination mondiale de tourisme hivernal, juste derrière les États-Unis et devant l’Autriche. Malgré cela, chaque année de nouveaux sites de ski ferment leurs portes. À cause du réchauffement climatique ou de problèmes économiques, les remontées mécaniques sont démontées et les pistes désertées.

En 2018, Pierre-Alexandre Metral, docteur en géographie, a effectué sa thèse sur la situation de ces stations abandonnées. Au cours de son travail de recensement, qui s’est terminé en 2021, il a comptabilisé 186 sites disparus depuis les années 1950. « En ajoutant ceux qui ont fermé depuis, on est à 205 », précise-t-il. Quand ce spécialiste parle de site de ski « cela peut être très minimaliste, explique-t-il. Un parking et quelques remontées mécaniques, sans forcément de logements ou de prestataires de services touristiques. » Au total, il estime à environ 400 le nombre de sites de ski alpin en activité en France, dans 250 domaines skiables. « Pourquoi je fais cette différence entre le site et le domaine skiable ? C’est parce qu’il m’arrive d’être face à des domaines skiables avec plusieurs sites, ce qui est plutôt classique, et dont certains viennent à disparaître : les domaines skiables se rétractent. Il y a des portes d’entrée secondaires qui disparaissent, c’est donc pour comptabiliser ces sites que j’ai choisi cette définition. »

En termes de géographie, des sites ont fermé sur tous les massifs montagneux de l’Hexagone, sauf en Corse. « Là, on en retrouve le plus, poursuit le géographe, c’est plutôt dans le massif des Alpes, ce qui n’est pas étonnant puisqu’en termes de surface c’est le plus grand massif. C’est aussi là où il y a le plus de villages et le plus d’opportunités pour créer des domaines skiables. Cependant, ce qui est intéressant, c’est de regarder le taux de fermeture, c’est-à-dire le rapport entre le nombre de sites qui sont encore actifs aujourd’hui et ceux fermés. » Selon le chercheur, ce sont les massifs de moyenne montagne – le Massif central, le Jura et les Vosges – qui sont plutôt ciblés par ce phénomène de fermeture. Ainsi en moyenne, la France a perdu 31 % de ses domaines skiables, mais dans le Massif central ce chiffre grimpe à 60 %. « Dans ce massif, il y a plus de sites qui ont disparu que de sites encore actifs aujourd’hui. »

Mais à regarder plus près, la situation ne semble pas aussi dramatique. « Si on prend la superficie, précise Pierre-Alexandre Metral, la France a perdu environ 350 kilomètres de pistes. » À titre de comparaison, Les Trois Vallées comptent 600 kilomètres de pistes et Tignes 300 kilomètres. « Au total la France a perdu 3 % de son domaine skiable, traduit le chercheur, ce qui est très peu. Cela prouve que les domaines qui ont fermé sont des micro-domaines skiables. »

Des fermetures qui existent depuis les premières ouvertures

Contrairement aux croyances populaires, le phénomène de fermeture n’est pas récent. La première fermeture inventoriée en France date des années 1950 et le phénomène devient régulier dans le temps dès les années 1970. À partir de ce moment, au moins un site fermera chaque année. « Il n’y a pas d’augmentation globale du nombre de sites qui disparaissent, explique le géographe, ce chiffre est toujours resté assez stable. » En revanche, les sites qui ferment leurs portes ont changé de typologie au fur et à mesure des années. « De 1950 aux années 1980, raconte le chercheur, c’était surtout des centres de ski qui fermaient, c’est-à-dire un parking et quelques remontées mécaniques. À partir des années 1980, ce sont des stades de neige – c’est-à-dire quelques prestataires de service touristique en plus : bar, restaurants, location de ski, mais pas de logement – qui viennent à fermer. Et, depuis le début des années 2000, une nouvelle catégorie de sites ferme. Ce sont les petites stations touristiques, des domaines un petit peu plus importants où il commence à y avoir de l’hébergement touristique. » Ainsi, plus le temps passe, plus ce sont des sites à haute spécialisation économique dans le tourisme qui viennent à disparaître. Et les effets sur les territoires changent en conséquence. « Les centres de ski représentent à peu près sept sites fermés sur dix, les stades de neige, c’est deux sur dix et les stations, un sur dix », précise le chercheur. Les centres de ski ne comptaient pour rien dans l’économie territoriale et le fait qu’ils aient disparu n’a pas changé la face des villages, toutefois, aujourd’hui avec les fermetures des petites stations touristiques, on perd un équilibre économique pour le territoire. » Aujourd’hui la mise à l’arrêt de ces domaines touristiques a beaucoup plus d’incidences locales. Et à chaque fermeture, de plus en plus d’emplois sont menacés. En France, au total, 18 500 professionnels œuvrent tout l’hiver dans les stations de ski : conducteurs de remontées, pisteurs-secouristes, dameurs, nivoculteurs, hôtes de caisse et responsables d’exploitation. Les activités annexes liées aux stations (hébergement, restauration, location de matériel, leçons de ski, offices de tourisme, commerces) alimentent 120 000 emplois supplémentaires. Bien que la majorité de ces emplois restent pour l’instant en sécurité, la pression socio-économique des fermetures reste une question primordiale.

C’est le cas du Grand Puy, qui a éteint définitivement ses remontées mécaniques à l’automne 2024. Dans cette station, les loueurs de ski ont fermé leurs portes, revendant leur matériel avant de partir à la retraite, et les moniteurs de ski et les employés des remontées mécaniques se sont répartis dans les stations environnantes. Mais au Chalet, seul restaurant de la station, Sandie Bony et son mari ont décidé de rester ouverts malgré tout. « La station a vu son déficit se creuser d’année en année alors nous avons anticipé la fermeture de la station, explique la restauratrice. Nous avons fait des travaux, enlevé le self, changé tout notre mobilier. » Le personnel du restaurant est désormais plus restreint mais le chiffre d’affaires ne baisse pas. « Avant, nous étions une cafeteria, donc le panier moyen n’était pas le même, poursuit-elle. Aujourd’hui nous servons à table, c’est une autre offre, plus qualitative qui nous a permis de rebondir. »

De nouvelles têtes passent la porte de ce restaurant familial, ouvert depuis plus de 60 ans. « Certains viennent pour profiter du site, il y a des départs de randonnée pédestre, raquettes d’hiver ou vélo, explique Sandie Bony. Nous avons créé des animations comme un enquête game. Au-delà du restaurant, nous investissons sur le site même pour créer des animations sans neige, pour faire venir du monde. » Malgré le maintien de son activité, la restauratrice doit constamment communiquer sur l’ouverture de son restaurant et expliquer que, si la station de ski est fermée, le village ne l’est pas. « Aujourd’hui on se bat pour dire qu’on est là et qu’on est encore vivant. Il y a beaucoup de personnes qui pensent que comme la station a fermé, nous aussi. On doit se démener pour expliquer qu’il y a encore plein d’activités au Grand Puy. »

Une rentabilité de plus en plus faible

Mais que ce soit petits sites ou moyennes stations, quelles sont les raisons de fermetures de ces lieux de sports d’hiver ? Alors que le réchauffement de la planète est dans toutes les têtes, Pierre-Alexandre Metral devance les raccourcis : « on a tendance à être un peu aveuglé par le changement climatique, ce qui est logique car on voit qu’il y a moins de neige donc moins d’ouverture et on pense que c’est la raison directe pour laquelle les stations sont obligées de fermer. Mais ce n’est pas aussi simple que ça. » Selon le chercheur, il faut distinguer deux choses : les causes de fermeture et les facteurs de vulnérabilité.

D’après ses travaux, il existe trois causes de fermeture principales. « La première cause est très largement majoritaire, expose Pierre-Alexandre Metral, c’est le motif économique : les domaines skiables ferment parce qu’ils ne sont pas rentables. » Les deux autres causes, bien moins fréquentes aujourd’hui, ont été responsables de la disparition de petits sites au siècle dernier. « Dans le passé, des petits exploitants privés ont créé leur remontée mécanique pour diversifier leur activité, poursuit le géographe. C’était souvent des agriculteurs ou des hôteliers qui, au moment de vouloir prendre leur retraite ou s’ils venaient à décéder, n’avaient pas de repreneur, et tout s’arrêtait là. La troisième cause, ce sont des exploitants qui se lançaient dans l’aventure, créaient une remontée mécanique dans un champ voisin et puis se rendait compte au fur et à mesure que le site n’était pas du tout propice à l’exploitation du domaine skiable. » Les remontées mécaniques étaient alors déplacées vers des sites plus adaptés. Ce type de fermeture a eu lieu principalement dans les années 1960, alors que le recul sur la manière de créer un domaine skiable était encore limité.

« Ce qu’il faut retenir pour la cause de fermeture, c’est donc le motif économique, insiste Pierre-Alexandre Metral. Et cette cause est reliée à des facteurs de vulnérabilité, c’est-à-dire l’ensemble des éléments qui vont fragiliser les exploitations durant leur temps d’activité. » Ces facteurs sont multiples. En tête de liste se retrouve donc le changement climatique. « Les sites de ski étaient très dépendants de leurs conditions climatiques et nivologiques dès le moment de leur aménagement et les choses n’ont pas évolué dans le bon sens. » Autre facteur de vulnérabilité très important : les frais de maintenance des remontées mécaniques. « Il faut savoir qu’une remontée mécanique, plus elle est ancienne, plus elle coûte cher à être mise aux normes, notamment à partir de la trentième année d’exploitation », analyse le chercheur. Des contrôles réglementaires très onéreux doivent être faits et c’est souvent au regard de ces frais à venir que les domaines skiables appuient sur le bouton de fermeture. » Enfin, les études avancent également le problème du modèle économique de certains sites qui reposait sur un tourisme social lié aux classes de neige. En France, ce tourisme est entré en déclin à partir des années 1980 et les classes de neige sont largement en train de disparaître. « Pour résumer, il n’y a pas un seul facteur, conclut le chercheur, mais c’est un cumul qui va avoir un impact sur l’économie des sites et provoquer ces situations de non-rentabilité. »

Au-delà même des effets économiques que peut avoir la fermeture d’une station, c’est tout un pan culturel des territoires qui se voit attaqué. En effet, l’histoire de la montagne est marquée par un certain nombre de crises au début du XXᵉ siècle : une crise agricole, crise industrielle, puis une crise démographique avec beaucoup de jeunes qui partent à l’époque à la ville pour trouver du travail. « Avoir dans les communes ne serait-ce qu’un petit téléski, c’était une révolution et un motif de fierté, raconte Pierre-Alexandre Metral. Le ski a sorti les territoires de montagne de la crise. Cette activité était une manière de pouvoir garder des jeunes en montagne. Il y a donc un attachement qui est extrêmement fort des montagnards aux remontées mécaniques qui renferment toute une mémoire collective. Ce sont un peu des totems qui sont difficiles à retirer. »

À chaque cessation d’activité, l’émoi suscité semble toujours grand, malgré les problèmes économiques engendrés parfois par le maintien des sites de ski. « Tous les jeunes montagnards sont bercés dans un grand roman montagnard, un peu comme le grand roman français, où le ski est venu sauver la montagne, analyse Pierre-Alexandre Metral. Ce qui fait qu’il y a une sorte de dépendance au ski et que jusqu’au bout, on cherche à maintenir de toutes nos forces l’activité alors qu’elle est parfois très déficitaire, que les communes peuvent s’endetter énormément et qu’elle peut rendre plus difficiles tous les projets des territoires, notamment le maintien des services publics. »

Les grandes stations relativement épargnées

Les Arcs, Tignes, La Plagne… comparés aux petites stations, les grands domaines skiables ont moins de soucis à se faire pour l’instant. « Ce sont des sites qui sont économiquement très performants, c’est un peu des joyaux du tourisme en France, explique Pierre-Alexandre Metral. Pour des sites comme Val Thorens, où 99 % du domaine est au-dessus de 2000 mètres, la question du changement climatique existe mais l’urgence de trouver des réponses n’est pas la même que sur un site alpin dont l’altitude commence à 900 mètres d’altitude comme dans les Vosges. » À l’inverse de la tendance, ces grandes stations peuvent même parfois bénéficier du report des skieurs qui fréquentaient les stations de basse altitude.

Mais malgré tout, à long terme, la fermeture des petites stations pourrait bien impacter les grandes car ces sites de très petites surfaces avaient l’avantage non négligeable d’être adaptés aux débutants. « Ces micro-domaines skiables avaient une spécialisation, c’était l’apprentissage, explique Pierre-Alexandre Metral. C’était des centres de ski sociaux et des pépinières de skieurs. » Propices aux premiers pas à ski, les petites stations avaient aussi l’avantage de proposer des forfaits très accessibles. « Le phénomène de fermeture ne traduit donc pas forcément la fin du ski d’une manière générale, mais la fin d’une d’une forme de ski et d’une catégorie de domaines skiables, c’est la fin du ski social et d’apprentissage. » Ce type de ski est né dans les années 1960-1970, notamment en marge des Jeux olympiques de Grenoble en 1968 où l’engouement pour le ski alpin s’est créé. « On était aussi dans une période climatique qui était plutôt favorable au ski avec des hivers qui étaient bien enneigés même en moyenne montagne », rappelle le chercheur. Il y a eu une euphorie pour créer des petits domaines skiables dans les villages afin d’animer les territoires. » Dédiées à l’apprentissage, ces petites stations permettaient ainsi de développer la clientèle future des grands domaines. « Aujourd’hui se pose la question du renouvellement de la clientèle, alerte le chercheur. Pour apprendre à skier, les skieurs sont obligés de se diriger vers des stations qui sont à la fois plus éloignées géographiquement et moins accessibles financièrement. » L’avenir climatique et économique du tourisme de ski reste encore très incertain.

Partagez cet article : 

PEOPLE

Bérengère Krief.

Bérengère Krief

Niels Schneider. (Crédits: Nicolas Valois, Charlotte Studio)

Niels Schneider

Céline Dion. ( Crédits: Roy Rochlin via WireImage)

Céline Dion

Isabelle Adjani. (Crédits: Stéphane Feugère)

Isabelle Adjani

George Clooney assiste à la cérémonie des « Albies », organisée par la Fondation Clooney pour la justice, à la Bibliothèque publique de New York, le 28 septembre 2023, à New York. (Photo : Gotham/FilmMagic)

George Clooney

Bonnie Tyler. (Crédits: Aldara Zarraoa/Redferns)

Bonnie Tyler

Jeudi 11 juin, David Guetta a performé au Stade de France, un accomplissement qu’il considère comme « le moment le plus important de [sa] vie ». (Photo by Kristy Sparow/Getty Images)

David Guetta

L'acteur John Travolta, connu pour son rôle dans Pulp Fiction sera présent sur la Croisette pour présenter son premier long-métrage. (Crédit@ Amanda Edwards/[Getty Images pour ABA])

John Travolta