Les histoires d’amour finissent mal en général. Un euphémisme quand on évoque celle entre le capitaine de l’équipe de France, Kylian Mbappé et le Paris Saint-Germain, qui aura duré sept ans.
Depuis l’été 2024, le natif de Bondy est parti enfiler sa nouvelle tunique madrilène, sans que cela suffise à diluer une rancœur tenace des deux côtés, qui se sont retrouvés le 17 novembre au conseil des prud’hommes de Paris pour le litige salarial qui les opposent.
Les avocats du joueur, dont Delphine Verheyden qui l’accompagne depuis le début de sa carrière, ont réclamé les salaires et primes impayés par le club au joueur lors de la saison 2023-2024 soit 55 millions d’euros, ainsi que différents dommages et intérêts qui font désormais grimper leur requête à près de 260 millions d’euros (la requalification du contrat du joueur de CDD à CDI, licenciement sans cause, travail dissimulé, prime à la signature, indemnités légales de licenciement).
Durant l’audience, Me Frédérique Cassereau, l’un des conseils de Kylian Mbappé a fustigé les « méthodes de voyou » du club qui lui rappellent celles « d’un film de Scorsese » où les joueurs seraient considérés comme des « marchandises ».
Une ambiance délétère où les flèches se sont répondu à un rythme soutenu.
440 millions d’euros réclamés par le club
Le club parisien a, pour sa part, réclamé près de 440 millions d’euros de dommages et intérêts pour le « préjudice d’image » subit et pour la « perte de chance du transfert » puisque le joueur avait quitté le Paris Saint-Germain, entièrement libre à l‘été 2024. Une fin redoutée par le club qui avait déboursé 180 millions d’euros sept ans plus tôt lors de son transfert en provenance de l’AS Monaco et qui s’estime floué par ce manque de retour sur investissement. « Ce n’est pas le premier joueur qui partira libre, ni le dernier. Cela fait 30 ans que cela existe », glisse à TIME France, Bruno Satin, agent de joueurs international, en référence à l’arrêt Bosman, cette décision de justice qui a profondément modifié les contours juridiques du football et qui permet à tout joueur en fin de contrat de s’engager où il le souhaite sans que son club puisse exiger d’indemnités de transfert.
Mais voilà, c’est sur ce point précis que la bataille fait rage. Le club parisien estime que le joueur a volontairement dissimulé durant la saison 2022-2023 sa volonté de ne pas prolonger son contrat, privant le club d’une indemnité de transfert conséquente : « Si M. Mbappé nous avait communiqué sa décision [de ne pas prolonger d’une saison] en juillet 2022, nous l’aurions peut-être vendu. Nous avons perdu une chance de le transférer à hauteur de 180 millions », a détaillé l’un des avocats.
Autre point avancé par la défense du club : un accord verbal entre les deux parties afin que le joueur renonce à certaines primes en fin de contrat dans l’hypothèse où il partirait libre, nié en bloc par le camp Mbappé. Un jeu de poker menteur. « Il y a une dimension d’égo jamais atteinte dans cette affaire, on est avec des gens qui sont très fiers d’eux-mêmes, chacun veut garder la tête haute », développe Bruno Satin qui pointe un mauvais choix sportif initial pour les deux camps, qui en paient les conséquences aujourd’hui. « C’était un caprice du Qatar de la garder, et un mauvais choix de la mère de Kylian de ne pas l’avoir laissé partir la première fois. Un mariage pour de mauvaises raisons, ça se termine souvent mal », glisse ce spécialiste, rompu aux transferts.
« Personne ne sortira grandi de cette affaire », un intime du club
À la sortie de l’audience, les avocats de Kylian Mbappé ont fustigé une somme « himalayesque » en référence aux 440 millions d’euros réclamés qui s’apparentent au « prix de la marchandise qu’ils n’ont pas réussi à avoir » selon eux. « Ces chiffres sont outranciers, c’est rabaissant pour les deux côtés, ça ne valorise pas le joueur ni le club. Personne ne sortira grandi de cette affaire », glisse un intime du club parisien. « On parle de protagonistes qui ont l’habitude de prendre les gens pour des imbéciles, voilà ce qui se passe comme quand il y a deux crocodiles dans un marigot », appuie avec ironie un connaisseur des deux clans.
Quant au principal intéressé qui réalise le meilleur début de saison de sa carrière, il observe les débats à distance. « Vous connaissez Kylian. Il est impliqué sur tout, dans ce qui concerne sa carrière de footballeur. C’est un dossier qui l’a énormément affecté pendant une grosse année. Même lorsqu’il a rejoint le Real Madrid, il a encore été affecté très longtemps. Après, je crois qu’aujourd’hui, il a confiance dans la justice de son pays. Il attend la décision sereinement », a précisé Delphine Verheyden à la sortie de l’audience.
Au travers d’un communiqué, le club a estimé avoir « tout mis en œuvre, pendant plus d’un an, pour parvenir à une solution amiable afin de permettre à toutes les parties d’avancer » avant d’asséner un dernier tacle à l’ancienne vedette du Parc des Princes : « M. Mbappé a continuellement attaqué le club à chaque occasion, y compris à travers la procédure engagée aujourd’hui. Une situation regrettable pour le joueur lui-même, comme pour le football français dans son ensemble ».
Le conseil des prud’hommes prononcera son verdict le 16 décembre. À quel prix ?





