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Google écope de 890 millions d’euros d’amende : l’UE frappe fort avant l’orage avec Washington

(Crédits: Avishek Das/SOPA Images/LightRocket via Getty Images)
Bruxelles inflige au géant américain sa sanction la plus lourde depuis l’entrée en vigueur du règlement sur les marchés numériques. Une facture record qui risque d’alimenter les tensions avec Washington.

Deux amendes, un même message. L’Union européenne vient de taper là où ça fait mal : le porte-monnaie de Google. Ce 23 juillet, la Commission européenne a infligé au groupe américain un total de 890 millions d’euros de sanctions, pour deux manquements au règlement sur les marchés numériques liés à son moteur de recherche et à sa boutique d’applications Google Play. Une addition qui bat tous les records enregistrés jusqu’ici au titre du Digital Markets Act (DMA), le règlement européen censé dompter les géants de la tech.

Le calcul est simple à décomposer. 460 millions d’euros pour avoir mis en avant ses propres services dans les résultats de recherche, notamment dans les domaines du shopping, de l’hôtellerie, des transports ou du sport, au détriment des services concurrents. 430 millions d’euros supplémentaires pour avoir verrouillé le Play Store, en restreignant la possibilité pour les développeurs d’informer gratuitement leurs utilisateurs d’offres alternatives, souvent moins chères, proposées sur des sites ou des boutiques d’applications concurrents. Deux dossiers, deux enquêtes ouvertes en mars 2024, une même conclusion : selon la Commission, Google a systématiquement favorisé sa propre maison.

Bruxelles veut un « terrain de jeu équitable »

La Commission ne cache pas sa satisfaction. Henna Virkkunen, vice-présidente chargée du numérique, a qualifié la décision de particulièrement importante, estimant qu’elle devait garantir « davantage de concurrence » et permettre à d’autres entreprises d’innover. Sa collègue Teresa Ribera, en charge de la concurrence, a rappelé que les institutions européennes avaient le devoir de faire respecter leurs propres lois. « Notre devoir et notre obligation sont de veiller au plein respect de nos lois », a-t-elle déclaré. Un rappel qui sonne comme une mise en garde, adressée autant à Google qu’à ses soutiens politiques.

Car le contexte est explosif. Vingt-cinq élus républicains du Congrès ont écrit cette semaine à Donald Trump pour lui demander d’agir contre l’UE si celle-ci continuait, selon eux, à appliquer des règles discriminatoires envers les entreprises numériques américaines, DMA en tête. Ils lui suggèrent notamment d’ouvrir des enquêtes commerciales pouvant déboucher sur des droits de douane ou d’autres mesures de rétorsion. Une initiative qui illustre la tension grandissante entre Bruxelles et Washington sur ce dossier. L’administration Trump accuse depuis des mois la réglementation européenne de cibler injustement les champions technologiques du pays. Cette nouvelle sanction, tombée en pleine actualité diplomatique, ne devrait rien arranger.

Google, de son côté, ne compte pas se laisser faire sans réagir. Le groupe a indiqué qu’il pourrait saisir la justice européenne. Kent Walker, président des affaires mondiales de Google, a dénoncé une décision qui devrait selon lui contraindre l’entreprise à dégrader des fonctionnalités appréciées des utilisateurs européens : affichage des prix en temps réel, disponibilité immédiate des hôtels et des vols. Il évoque même des reculs en matière de sécurité sur le Play Store, si les correctifs imposés par Bruxelles devaient être appliqués à la lettre.

Google contre-attaque

Sur le fond, Google conteste entièrement le raisonnement de la Commission. Le groupe affirme que ses résultats de recherche enrichis répondent avant tout à une demande des internautes, et non à une volonté d’écraser la concurrence. Pour Kent Walker, « la réglementation devrait améliorer les produits, pas les rendre moins bons ». Une pique adressée directement aux autorités européennes, accusées de céder aux pressions d’un petit nombre d’acteurs concurrents.

Reste que l’entreprise n’a pas vraiment le choix. La Commission lui a accordé un délai de soixante jours pour se conformer à ses exigences. Des astreintes restent possibles en cas de non-respect persistant, mais Bruxelles a parallèlement salué le « dialogue constructif » engagé avec Google et les « progrès substantiels » déjà accomplis. Le groupe a notamment commencé à tester de nouvelles présentations de ses services de shopping, d’hôtellerie, de transport et de sport dans les résultats de recherche, ainsi qu’une modification des règles de redirection appliquées dans Google Play. La Commission doit encore évaluer ces changements.

L’affaire dépasse largement le seul cas Google. Elle interroge la capacité de l’Europe à faire appliquer ses propres règles face à des géants technologiques solidement implantés outre-Atlantique, et de plus en plus soutenus par leur administration.

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