Peu de choses lui résistent. Avec son empire et ses 75 maisons, le numéro un mondial du luxe, Bernard Arnault a pris l’habitude, au fil des années, d’obtenir tout ce qu’il désire, notamment quand il s’agit de renforcer son groupe à l’appétit sans limite.
Mais s’il y a bien une chose qui ne s’achète pas, c’est se faire une place quai Conti.
Le président-directeur général de LVMH en avait fait un objectif personnel et un an après son élection, Bernard Arnault a pu être intronisé à l’Académie des sciences morales et politiques, le 12 décembre, devant tout ce que Paris compte d’influents.
Le milliardaire a été nommé au fauteuil numéro un de la section « Economie politique, statistique et finances » occupé auparavant par Denis Kessler, ancien président du réassureur Scor et décédé en juin 2023. « Je prends le relais que par-delà la mort me tend mon ami Denis Kessler afin qu’au sein de cette Académie, mais aussi en dehors, j’apporte ma contribution à l’esprit de liberté, d’ambition, de générosité, d’intransigeance et de passion entrepreneuriale qu’il a illustré à la manière qui était la sienne », a détaillé Bernard Arnault lors de la cérémonie.
« L’imagination est plus importante que la connaissance »
Comme le veut la tradition, Bernard Arnault a endossé pour la première fois un habit vert brodé de rameaux d’olivier, symbole de l’Académie, dessiné par la maison Dior puis a présenté son épée dessinée par l’architecte Frank Gehry, décédé en décembre, à l’origine de la Fondation Louis Vuitton.
Une citation d’Albert Einstein « L’imagination est plus importante que la connaissance » a été gravée sur la lame que s’est chargé de lui remettre l’ancien ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, inspiré. « Vous êtes une lame en à peu près tout, la silhouette, le regard, l’intelligence et l’intuition », lui a glissé l’ancien locataire de Bercy.
Pour apprécier ce moment solennel, son épouse, la musicienne Hélène Mercier-Arnault ainsi que ses cinq enfants – Delphine, Antoine, Alexandre, Frédéric, Jean – étaient présents.
Au-delà du cercle familial, la Première dame, Brigitte Macron faisait partie des conviés parmi lesquels figuraient la ministre de la Culture, Rachida Dati, à quelques mètres de sa fidèle opposante, l’actuelle maire de Paris, Anne Hidalgo.
Les milliardaires Vincent Bolloré, Martin Bouygues, et Rodolphe Saadé avaient également répondu présents, tout comme Maurice Lévy, président d’honneur de Publicis, ou encore la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse et Thierry Breton.
Le chanteur et créateur Pharrell Williams, directeur artistique des collections homme de Louis Vuitton avait également fait le déplacement pour assister au sacre de son employeur.
Des visites auprès de chaque académicien
« S’agissant des grands entrepreneurs, je pense pouvoir vous démontrer que M. Arnault appartient bien à cette catégorie si l’on s’en tient seulement aux données objectives: importance de l’entreprise en France et dans le monde, contribution à la prospérité de l’économie française – et de l’économie européenne -, participation décisive à la diffusion et à la promotion de l’excellence française et européenne dans l’économie mondiale », a salué Jean-Claude Trichet, l’ancien président de la Banque centrale européenne dans son discours introductif.
L’Académie des sciences morales et politiques, dont fait désormais partie Bernard Arnault, comprend cinquante académiciens titulaires, élus par leurs pairs à la majorité absolue sur un fauteuil laissé vacant par le décès, l’absence prolongée ou la démission de leur prédécesseur.
Pour y parvenir, Bernard Arnault s’est employé à convaincre chaque membre de l’Académie de la pertinence de sa candidature lors de « visites » de plusieurs heures auprès de chacun, comme l’usage le veut, à la manière d’une campagne politique.
L’un des membres, que l’homme d’affaires a rencontré dans son petit appartement parisien, se souvient de Bernard Arnault se présentant avec une certaine humilité. « Il était d’une grande simplicité, connaissait tout mon parcours, nous avons parlé d’opéra pendant plusieurs heures, assis très modestement sur une chaise » confie à TIME France l’un de ses nouveaux condisciples de l’Académie. Cette campagne lui a permis de récolter 27 voix sur 40 au premier tour du scrutin, et d’accéder à son nouveau fauteuil. Un produit inestimable.






