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Arthur Person : «   Un mélange permanent entre business et créativité »

Alors que le secteur du textile subit d'importants bouleversements avec les conflits qui se répercutent sur le prix des matières, Arthur Person, directeur d’Octobre éditions, dévoile les contours de son métier.  

Diriger une marque, ça consiste surtout à ?
Cela commence par le produit : chaque pièce doit avoir le même niveau de qualité. Ensuite, il faut que ce produit soit mis en avant de la bonne manière : que les images soient belles, que les textes racontent bien le travail réalisé derrière chaque pièce.
Le vrai enjeu, c’est de faire évoluer l’image et l’offre sans jamais perdre cette identité. Le cœur de mon travail consiste à garder cet équilibre en permanence.

Une journée type ?
Il y a très peu de journées types. Récemment, j’étais en Écosse pour rencontrer un fournisseur de tweed. Là, nous reprenons les shootings hiver, donc je vais passer plusieurs journées entières à shooter avec mes équipes. Nous avons aussi les réunions d’achats où nous imaginons les collections. Ce qui est grisant, c’est ce mélange permanent entre business et créativité, et de réussir à faire le lien entre ces deux mondes. C’est un rôle de chef d’orchestre, il faut échanger avec un directeur financier le matin puis avec un styliste l’après-midi.

Un objet indispensable ?
Le téléphone, sans hésiter. Bien sûr pour les mails, mais aussi parce que je travaille énormément dessus. J’imagine encore beaucoup notre compte Instagram depuis mon téléphone. J’observe les commentaires, les questions que l’on nous pose, la façon dont les contenus sont perçus. Quand on dévoile une collection, il y a tellement de travail derrière que l’on a envie de voir si les gens comprennent ce que l’on a voulu faire. Le téléphone est devenu un moyen de garder un contact direct avec les clients et de prendre le pouls en permanence.

 

« C’est un rôle de chef d’orchestre. Il faut échanger avec un directeur financier le matin puis avec un styliste l’après-midi »

 

Le rapport des hommes à la mode a-t-il évolué ?
Énormément, mais dans le bon sens. Les hommes s’ouvrent beaucoup plus aujourd’hui. Ils osent davantage la couleur, les coupes, certaines formes. Quand nous avons lancé du bordeaux il y a dix ans, cela paraissait déjà audacieux. Aujourd’hui, nos clients achètent du rose ou des verts très marqués sans problème.
Il y a dix ans, on parlait encore du terme « métrosexuel » pour désigner un homme qui faisait attention à son style. Ce mot a complètement disparu. Désormais, il s’agit simplement d’un homme qui aime s’habiller.

« Le contexte international requiert beaucoup plus d’anticipation qu’avant : acheter les matières plus tôt, sécuriser certains volumes, travailler différemment avec nos fournisseurs »

 

La mode traverse une période paradoxale : inflation, baisse de la consommation, la présence d’ultra fast-fashion… et en même temps une quête croissante de qualité et de pièces durables.
C’est un énorme travail car il faut réussir à préserver la qualité malgré l’inflation, alors que cette qualité est justement au cœur de tout ce que nous faisons. Le contexte international requiert beaucoup plus d’anticipation qu’avant : acheter les matières plus tôt, sécuriser certains volumes, travailler différemment avec nos fournisseurs. Nous avons la chance de collaborer avec certains partenaires depuis dix ans et cette relation de confiance nous aide énormément.
Aujourd’hui, il y a des matières ou certains fournisseurs auxquels nous devons parfois renoncer parce que les coûts deviennent trop élevés. Cela a changé notre manière de travailler, mais nous refusons de sacrifier la qualité.

95 % de vos ateliers se situent en Europe, est-ce une exigence à laquelle vous tenez ?
C’était une volonté dès le départ et cela ne change pas. Nous travaillons avec certains ateliers depuis dix ans et nous avons construit une vraie relation de confiance avec eux.
Nous ouvrons aussi progressivement de nouvelles collaborations, notamment au Maroc ou en Tunisie, mais toujours avec la même logique : avancer doucement, construire une relation solide et ne pas mettre nos partenaires en difficulté.

Hormis votre implantation nationale, vous avez déjà ouvert des boutiques éphémères à Londres, Berlin ou New York. Comptez-vous vous y installer de manière pérenne ?
Oui, tout est possible. Nous avons déjà une présence à Londres avec une boutique partagée avec Sézane. Le retail pourra continuer à se développer, mais toujours de manière très raisonnée. Notre priorité reste le digital, qui représente la majorité de notre chiffre d’affaires et nous permet de maintenir notre positionnement prix. Les pop-ups permettent surtout d’aller à la rencontre des clients, de leur faire découvrir les matières, les coupes et notre univers. L’idée est que la relation se poursuive en ligne.

Vous venez de célébrer vos dix ans, quel est le défi majeur pour demain ?
Continuer, coûte que coûte, à préserver la qualité du produit. Cela paraît évident, mais c’est vraiment le cœur de tout. Ensuite, le grand enjeu sera de poursuivre notre développement à l’international tout en conservant cette proximité avec les clients et la maîtrise de notre croissance. Nous allons surtout continuer à nous développer aux États-Unis et en Europe. Nous n’avons pas envie de grandir n’importe comment. Nous préférons avancer progressivement, poser des briques les unes après les autres.

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