Les tensions géopolitiques valent de l’or pour les majors pétrolières. TotalEnergies en apporte une nouvelle démonstration. En trois mois, le groupe a engrangé 5,4 milliards de dollars de bénéfice net. Deux fois plus qu’il y a un an. Le résultat net ajusté, l’indicateur privilégié par les analystes, grimpe, lui, à 6 milliards de dollars, en hausse de 12 % par rapport aux trois mois précédents. Sur l’ensemble du premier semestre, la note s’élève à 11,2 milliards de dollars de bénéfice net, en bond de 72 % sur un an, et à 11,4 milliards en version ajustée.
Ces résultats ont un déclencheur limpide : la reprise des hostilités entre les États-Unis, Israël et l’Iran, qui a fait s’envoler le prix du baril. Le Brent s’échangeait ce 23 juillet à plus de 96 dollars. Mécaniquement, les compagnies pétrolières en profitent. Le modèle dit « intégré » de TotalEnergies, qui couvre toute la chaîne, de l’extraction à la distribution, lui permet de bénéficier de la hausse des cours à plusieurs niveaux. Son PDG, Patrick Pouyanné, s’en félicite dans un communiqué, évoquant un groupe qui « tire parti de son modèle intégré et de la diversification de son portefeuille ».
Ce n’est pas une surprise. Dès le premier trimestre, TotalEnergies avait déjà vu son bénéfice net bondir de 51 % sur un an, soutenu par la flambée des prix du pétrole et du gaz ainsi que par ses activités de négoce. Sur six mois, le groupe cumule désormais 11,2 milliards de dollars de bénéfices. Un niveau qui reste toutefois nettement inférieur aux 20,5 milliards de dollars enregistrés sur l’ensemble de l’année 2022, marquée par le déclenchement de la guerre en Ukraine.
La guerre coûte aussi cher au groupe
Le tableau n’est pourtant pas uniformément flatteur. Le conflit ampute aussi la production du groupe au Moyen-Orient, à hauteur de 210 000 barils équivalent pétrole par jour en moyenne sur le trimestre. Les difficultés d’accès au détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour une bonne partie du pétrole mondial, empêchent une partie du brut extrait d’être livrée. La branche exploration-production, cœur de la rentabilité du groupe, dégage malgré tout un résultat opérationnel net ajusté de 3,2 milliards de dollars, porté par la montée en puissance de projets au Brésil, aux États-Unis et en Libye. Hors conséquences du conflit au Moyen-Orient, la croissance organique de la production dépasse 4 % sur un an. En les intégrant, la production totale recule cependant de 4 %.
Tous les voyants ne sont pas au vert. Le gaz naturel liquéfié, secteur pourtant présenté comme prioritaire par le groupe, accuse une baisse « significative », plombé par des activités de négoce moins performantes sur un marché européen jugé atone. Son résultat opérationnel net ajusté chute de 39 % par rapport au premier trimestre et de 22 % sur un an, à 807 millions de dollars. À l’inverse, l’ensemble des activités aval, qui regroupent le raffinage-chimie et la distribution, tire son épingle du jeu, avec un résultat opérationnel net ajusté en hausse de 24 % par rapport au trimestre précédent, à 2,3 milliards de dollars.
Des profits qui fâchent
Ces sommes vertigineuses ravivent un débat récurrent en France : celui de la taxation des « super-profits » pétroliers. Une coalition d’ONG, parmi lesquelles Greenpeace France et Oxfam France, dénonce des bénéfices « particulièrement indécents » alors que le pays enchaîne les épisodes de canicule liés au dérèglement climatique, dont l’industrie fossile porte une large responsabilité. Le gouvernement, lui, refuse de s’associer aux critiques. Sa porte-parole et ministre déléguée chargée de l’Énergie, Maud Bregeon, a réaffirmé jeudi son refus catégorique de céder au « Total bashing », saluant au contraire un groupe capable de sécuriser l’approvisionnement énergétique du pays et d’écarter le risque de pénurie.
Car TotalEnergies a de nouveau activé, ce 22 juillet, son mécanisme de plafonnement des carburants dans ses stations-service, une mesure directement liée à la reprise des tensions au Moyen-Orient. L’essence est plafonnée à 1,99 euro le litre et le diesel à 2,25 euros dans l’ensemble de ses stations en France hexagonale. Un geste commercial qui n’éteint pas la controverse, mais qui permet au groupe de répondre aux critiques sans toucher à sa politique actionnariale : les dividendes restent une priorité affichée, avec un deuxième acompte de 0,90 euro par action pour 2026, en hausse de 5,9 % sur un an. Le groupe maintient également jusqu’à 1,5 milliard de dollars de rachats d’actions au troisième trimestre.
Le débat sur une nouvelle taxe exceptionnelle revient en boucle depuis plusieurs années. La France avait déjà instauré une contribution temporaire de solidarité sur les bénéfices exceptionnels réalisés en 2022, mais celle-ci n’avait rapporté que 69 millions d’euros, très loin des recettes espérées.
La faiblesse de l’impôt sur les sociétés acquitté en France par le groupe, au regard de l’ampleur de ses bénéfices mondiaux, alimente notamment les critiques de la gauche et de plusieurs ONG. TotalEnergies n’en a ainsi pas payé en France au titre de 2025, invoquant une perte de 300 millions d’euros dans ses activités françaises de raffinage. Le groupe met de son côté en avant l’ensemble de ses contributions fiscales et sociales dans le pays. Une controverse qui ressurgit à chaque flambée des prix de l’énergie. Et alors que le conflit au Moyen-Orient continue d’alimenter les tensions sur les marchés, rien n’indique que le débat sur les « super-profits » s’éteindra de sitôt.





